7 décembre 2006

Ségolène Royal séduira-t-elle les classes populaires?


Ségolène Royal
Ségolène Royal.
Ségolène Royal a gagné l’investiture du PS en remportant la majorité des voix des adhérents socialistes. Comme prévu à l’origine par ses initiateurs, François Hollande et François Rebsamen, l’opération «nouvelles adhésions» au cours de l’année 2006, a bien porté ses fruits puisque ces nouveaux adhérents «soldés à 20 €» ont choisi largement Ségolène.

Ses deux challengers, Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn, qui ont déjà exercé de hautes fonctions ministérielles (1er Ministre pour l’un et Ministre des finances pour les deux), n’ont pu finalement résister à l’attrait de la nouveauté et de la féminité.

Ségolène va devoir gagner maintenant les voix de tous les électeurs socialistes, notamment les partisans du Non au TCE le 29 mai 2005, afin d'assurer sa présence au second tour de l'élection présidentielle puis d’affronter son adversaire dans les meilleures conditions possibles.

Mais si l’exercice est périlleux, sa popularité conjuguée à la division entre sarkozystes et chiraquiens, pourrait éventuellement lui faciliter la tâche pour accéder à la Présidence de la République.
 

Remarquée à l’origine par Jacques Attali, Ségolène est conseillère technique au secrétariat général de la Présidence de la République de 1982 à 1988, chargée d'abord de la jeunesse et des sports puis des affaires sociales.

En 1988, elle est "parachutée" par François Mitterrand dans les Deux-Sèvres et élue députée de la 2ème circonscription de Saint-Maixent-l'École.

Plusieurs fois ministre, de l’Environnement puis des Affaires scolaires et de la Famille, présidente de région depuis 2004, il n’est pas étonnant, qu’après un tel parcours, elle se soit lancée dans la campagne présidentielle en créant sa propre association, Désirs d’Avenir, en marge du PS. Mais il est difficile de croire qu'elle apporte aujourd’hui un renouvellement réel d’un système politique verrouillé depuis tant d’années.

En avançant notamment l’idée de «jurys de citoyens», Ségolène Royal a passé sous silence l’absence de vraie représentation des citoyens au parlement et la nécessaire réforme des institutions de la 5ème République et de ses différents échelons administratifs.

La France est en effet un des rares pays à fonctionner avec autant de structures administratives superposées tels que commune, communauté de communes, pays et enclaves, département, région, conseils municipaux, conseils intercommunaux, conseils généraux, conseils régionaux, sans oublier le découpage contestable des circonscriptions pour les élections législatives, grandes circonscriptions pour les élections européennes, secteurs ou arrondissements pour les élections municipales, cantons pour les élections cantonales, collège de 150 000 grands électeurs pour l’élection des sénateurs, etc. 


Au lieu de penser à faire contrôler les élus par des jurys populaires, il conviendrait mieux de modifier en profondeur toutes ces structures et découpages de toute sorte, souvent séculaires, dont les lourdeurs nuisent à la vie démocratique et à la mise en œuvre rapide des décisions économiques ou sociales.

Pendant toute la durée de la campagne interne au PS, Ségolène n’a pas non plus rappelé solennellement que la diversité des opinions des citoyens, même les plus extrêmes, devait être représentée dans les deux chambres parlementaires de la République, grâce à la proportionnelle, au plus grand profit du débat démocratique et du contrôle démocratique des élus.

Par contre, sur le plan sociétal, Ségolène a toujours apporté une attention particulière aux problèmes des jeunes : souci de la qualité de la nourriture dans les établissements scolaires, de la protection des enfants devant la violence de certains programmes télé, pilule du lendemain pour les adolescentes, etc.

Mais si un certain nombre de ses initiatives passées allaient dans le bon sens, il n’en est pas de même de sa dernière proposition d’encadrement militaire pour les jeunes délinquants et de la notion «d’ordre juste», mis un peu à toutes les sauces…

Hormis que cette notion est plutôt de droite, comme le disait Bourdieu dans une vidéo récente sur internet, c’est surtout une idée religieuse, pas une idée politique ; c’est en fait une expression dont l’origine remonte à une encyclique du pape Benoît XVI.

L’ordre juste, c’était notamment les enfants dans les maisons de redressement et les pauvres placés sous contrôle, en fait les idées les plus banales de la bonne société du 19ème siècle…

De tels centres ont de plus existé de 1986 à 2004 et un rapport parlementaire en a dressé un bilan catastrophique, sous la plume notamment d’un de ses soutiens, en la personne du sénateur de la Moselle Jean-Pierre Masseret ! Sur 5 800 jeunes, plus d’un tiers s’évadaient ou étaient expulsés. Pour les autres, moins d’un sur deux échappaient finalement à la criminalité !

Ségolène a cru bon d’y ajouter de surcroît la suppression des allocations familiales pour les plus démunis, reprenant en cela les propositions de Nicolas Sarkozy.

il est indécent de présenter la mise sous tutelle des allocations familiales comme une mesure pour «aider les pauvres» sans parler du vrai scandale consistant à attribuer ces allocations sans aucune condition de ressources, aux riches comme aux pauvres, aux millionnaires en euros comme aux smicards, sans compter les familles avec un seul enfant qui n’en bénéficient même pas…

Sur le plan international, Ségolène a un penchant pour le «blairisme» qui serait globalement positif...On cherche en vain où est l’action positive de Tony blair après son soutien inconditionnel à la politique de Bush en Irak, sa proposition d’allongement à 68 ans de l’âge légal de départ à la retraite ou son projet de privatisation des écoles publiques ?

Enfin, concernant plus particulièrement l’Europe, Ségolène a participé activement à la campagne "naïve" du PS en faveur du Oui au TCE en 2005.

Et c’est sans doute ce dernier point qui constitue sa principale faiblesse. Avoir défendu une conception libérale de l’Europe, largement responsable des dégâts qu’elle dénonce par ailleurs et notamment des salaires tirant vers le bas, ne semble pas la meilleure façon de gagner toutes les voix de l’ensemble des électeurs de gauche.

Face vraisemblablement au candidat de l’UMP, partisan lui aussi du Oui au TCE, il ne suffira pas de s’habiller en tailleur blanc, il faudra aussi convaincre celles et ceux qui ont dit Non à ce traité libéral, écrit sous l’égide de Valéry Giscard d’Estaing…



Résultats du vote interne lors de la primaire interne au PS :
Inscrits : 220 269 / Votants : 180 558 (81,97%) / Nuls et blancs : 1 145 (0,63%)

Ségolène Royal : 108 807 (60,65%)
 
Dominique Strauss-kahn : 37 118 (20,69%)

Laurent Fabius : 33 487 (18,66%)









8 commentaires:

Damien a dit…

Je suis gay et je ne voterai pas pour elle, mais pour Sarkozy.

La question du mariage et de l'adoption pour les homosexuel(le)s est évidemmment importante, mais l'élection présidentielle ne se résume pas à ça, qu'on soit homo, bi, hétéro ou je ne sais quoi.

Jésus a dit…

Je vous salue, Marie-Ségolène pleine de grâce, le seigneur est avec vous.

Vous êtes bénie entre toutes les femmes et le fruit de vos entrailles est béni aussi.

Sainte Marie-Ségolène, mère de toutes les souffrances, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort en mai 2007..

Laurence a dit…

Petite interrogation : quelle est la priorité pour la Gauche ?
Gagner les prochaines élections présidentielle et législative et écarter la droite du pouvoir pour faire en sorte que la France aille mieux. Erreur, car ça, les socialistes en choisissant Ségo l'ont oublié...dommage.

Pierre a dit…

Je voterais pour Ségolène dès le premier tour. Je n'ai pas voté Jospin en 2002 et j'en ai assez de l'UMP. Ce gouvernement est responsable de la plus grande casse sociale depuis la libération.

Il ne faut pas se leurrer : Ségo, Sarko, Le Pen seront dans le tiercé de tête mais bien malin celui qui pourra dire dans quel ordre. En ce qui me concerne, chat échaudé craint l’eau froide… je ne referais pas la même erreur qu'en 2002. Tant pis pour les petits candidats.

Charles a dit…

Si seulement elle avait quelques points communs avec Thatcher a part son sexe et son conservatisme.

Ce n'est malheureusement pas Sélogène Thatcher, c'est Ségolène Chirac. Une louche de compassion complaisante, des mots creux et du conservatisme étatique.

Nous avons besoin de libéralisme, pas de socialo-conservatisme modèle PS ou de conservato-socialisme modèle UMP.

Edouard a dit…

J'ai été assez surpris de constater l'âge moyen des nouveaux adhérents = 43 ans qui ont voté massivement pour Ségolène Royal.

Si l'on ajoute les valeurs "conservatrices" du programme et les figures emblématiques du PS qui soutiennent Ségolène pour se "punir" d'avoir désigné Jospin en 2002, c'est plutôt pitoyable...

Christophe a dit…

Un petit commentaire sur Ségolène Royal publié par son oncle.

Voici un article que le général de brigade Pierre Royal a fait paraître dans son bulletin de promotion en mai 1992.

"Suite aux nombreuses questions qui me sont posées quotidiennement concernant mes liens de parenté avec Ségolène Royal, le nouveau ministre de l’Environnement, je tiens à effectuer la mise au point suivante.

Ségolène Royale est ma nièce, fille de mon frère aîné Jacques, qui a terminé sa carrière militaire avec le grade de lieutenant-colonel dans l’artillerie de Marine.

Si je ne partage en aucune façon ses options politiques, l’esprit démocratique me contraint à les supporter. Par contre, je ne puis admettre que, pour construire sa carrière politique, elle ait sali de façon outrageante la mémoire de son père.

Lors de la sortie de son livre « Le printemps des Grands-parents », titre très cocasse quand on saura qu’elle a été particulièrement odieuse avec mes parents (ses grands-parents), elle a accordé un certain nombre d’interviews d’où il ressortait qu’elle avait eu une enfance très dure du fait de son père, militaire rigide et borné qui la brimait.

Par contre, au moment de la guerre du Golfe, dans une interview du journal « La nouvelle République du Centre », elle disait son soutien aux soldats français, évoquant avec émotion le souvenir du départ de son père pour l’Algérie et sa mort au combat (en réalité, mon frère est mort d’un cancer en 1981) !

En conséquence, je n’ai aucune relation avec cette jeune femme, résolument mythomane et j’ai honte de voir le nom de ma famille ainsi galvaudé".

Franck a dit…

Salut Christophe,

Tout çà ne m’étonne pas. De toute façon, au PS, les jeux étaient faits depuis longtemps dans le dos des militants.

Déjà au début 2006, le PS a payé le déplacement de Ségolène Royal au Chili.

DSK et Fafa, n’étaient en présence que pour nous faire croire en la démocratie.

Les militants à 20€ : de la poudre aux yeux...