24 octobre 2008

Plan de crise financière : les copains d’abord…

Banquier
Banquier.
Le plan européen de sauvetage des banques reste d’une ambiguïté totale. On aide de manière considérable les établissements bancaires mais on cherche en vain les contreparties. 

La commission de Bruxelles et Nicolas Sarkozy, président en exercice de l'UE ont ainsi refusé, de toutes leurs forces, par pure idéologie, les véritables solutions à mettre en œuvre. Cette complaisance à l’égard du système est avant tout une faute économique car, comme l’a dit très bien Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, «une transfusion sanguine ne sert à rien si on ne guérit pas l’hémorragie interne»...


Rien sur les paradis fiscaux (48 au total dans le monde selon l'ONU dont plusieurs en plein coeur de l'Europe et de la France...), rien sur les chambres de compensation internationales (Euroclear ou Clearstream qui conservait dans ses coffres-forts électroniques en 2007 environ 10 000 milliards d'euros...), rien sur la vente à découvert, la titrisation, les produits dérivés, rien sur un prélèvement sur les revenus du capital ou une taxe sur les transactions boursières, rien sur la protection du pouvoir d’achat des salariés, presque rien sur la régulation effective des mécanismes de l’économie-casino !

Plus grave encore, les dirigeants européens prennent les citoyens pour des imbéciles. Comment peuvent-ils décemment nous expliquer que leur plan d’action ne coûtera rien aux contribuables ? Et comment osent-ils refuser tout plan de relance pour l’économie réelle ?

En vérité, ils sont capables d’investir des dizaines de milliards d’euros pour sauver le système bancaire sans vraiment le réformer mais rechignent toujours autant à dégager un milliard pour la protection de l’environnement, la santé ou l’industrie. Leur raisonnement est insoutenable.

Car les banques ont fait courir un danger mortel à l’économie mondiale et, loin d’être sanctionnées, l'Etat vient à leur secours et leur rachète (d’une façon ou d’une autre) leurs «créances pourries».

Comment croire, dans ces conditions, qu’elles ne recommenceront pas ? L’épisode de la perte de 600 millions d’euros par la Caisse d’Epargne dans une opération spéculative, alors même que les projecteurs étaient braqués sur les banques, devrait faire réfléchir, même les plus obtus des libéraux.

Les banques n’ont rien changé à leurs pratiques spéculatives et quelles que soient les réglementations qui pourraient sortir d’un «Bretton Woods» de la finance, elles feront tout pour les contourner et continuer leur quête du profit maximum.

La seule justification au plan de refinancement des banques, c’est leur nationalisation intégrale. L’argument, utilisé par Susan George, membre du Conseil scientifique d'Attac France, est imparable : puisque les banques sont «trop grandes pour faire faillite», elles sont aussi trop grandes pour faire partie du secteur privé ! Il n’est pas possible, en effet, de laisser aux mains du secteur privé, dont le seul objectif est la recherche du profit maximum, une arme aussi dangereuse pour l’ensemble de l’économie.

Et Nicolas Sarkozy, président de la République et président de l’UE, dit tout et fait le contraire de tout dans l’indifférence générale, la majorité présidentielle UMP et Nouveau centre entonnant les ritournelles changeantes de l’Elysée.

Le PS, quant à lui, à court d’idées une nouvelle fois, reste confit dans ses querelles internes en vue de son prochain congrès et n’a rien trouvé de mieux que l’abstention à l'Assemblée nationale (François Hollande ayant même envisagé un moment de voter pour le plan Sarkozy, on croit rêver… )

Seuls deux députés PS, Marc Dolez et Patrick Roy, tous deux élus du Nord, Christiane Taubira, députée PRG de Guyane et les députés PCF ont voté contre le plan de soutien aux banques.

Comment éviter le retour de la crise financière ? Comment éviter de nous retrouver, demain ou après-demain, dans la même situation qu’aujourd’hui ?

Invité par les signataires de la motion de la gauche du PS "Un monde d’avance" qui sera présentée par Benoît Hamon au prochain congrès de Reims, Frédéric Lordon décortique la crise financière actuelle et propose quelques mesures radicales pour remettre l'économie sur pieds.

Son exposé d’un haut niveau dure environ vingt minutes et reste passionnant du début à la fin. Après avoir regardé et écouté cette vidéo, on ne peut s’empêcher de penser à notre pauvre ministre des finances, Mme Lagarde. La comparaison est impitoyable pour elle…



 

Conférence sur la crise financière : Frédéric Lordon envoyé par unmondedavance 


La liste noire des paradis fiscaux établie par l’ONU :  
 
Afrique et Océan indien : Libéria, Maurice, Seychelles.
 
Asie, Pacifique et Moyen-Orient : Bahreïn, Doubaï, Iles Cook, Iles Marshall, Labuan, Liban, Macao, Mariannes, Nauru, Nioué, Région administrative spéciale de Hong Kong, Samoa, Singapour, Vanuatu.
 
Caraïbes : Anguilla, Antigua, Antilles néerlandaises, Aruba, Bahamas, Barbade, Belize, Bermudes, Costa Rica, Iles Caïmans, Iles Turques et Caïques, Iles Vierges britanniques, Panama, Sainte-Lucie, Saint-Kitts-et-Nevis, Saint-Vincent-et-les Grenadines.
 
Europe : Andorre, Campione, Chypre, Gibraltar, Guernesey, Ile de Man, Irlande, Jersey, Liechtenstein, Luxembourg, Madère, Malte, Monaco, Sercq, Suisse.


 
Photo Creative Commons : C'est la crise par Alterfo1


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9 commentaires:

Anonyme a dit…

Une question que beaucoup de Français se posent : d'où sortent tous ces milliards qui viennent au secours des banques et que l'Europe distribue sans compter ?

Ces milliards sont empruntés par les Etats européens et la France aux fonds souverains étrangers (principalement chinois et aux monarchies du Golfe) sur les marchés financiers.

Nicolas Sarkozy et la ministre Lagarde croient avoir trouvé la poule aux oeufs d'or mais ce sont bien les Français qui devront rembourser, et plus grave encore, en accélérant notre dépendance, le gouvernement met toute l'économie française à la merci de fonds souverains étrangers qui pourront racheter nos entreprises et nos industries pour se faire rembourser, c'est de la folie pure !

Non seulement nous avions une dette publique de 2 500 milliards mais maintenant toute notre économie est en péril !

Albert a dit…

Quelques autres chiffres :

- 30 milliards de dollars permettraient de nourrir pendant un an les 925 millions de personnes qui souffrent de la faim dans le monde.

- Après les émeutes de la faim dans 40 pays en 2008, la communauté internationale a dépensé seulement 6,5 milliards de dollars pour relancer le système agricole de production.

- 3 019 milliards de dollars pour renflouer les banques privées !
Les Etats-Unis annoncent un plan de 700 milliards de dollars. Pour renflouer les banques privées, les pays européens annoncent un plan de 1 700 milliards d’euros, c’est-à-dire 2319 milliards de dollars.

Total : 700 + 2319 = 3019 milliards de dollars !

www.lesechos.fr/info/

alpo47 a dit…

Cette crise qui débute, permet à la majorité d’entre nous, de comprendre qui sont les PREDATEURS du système et de constater la part de vérité dans les discours de nos politiques.
Le masque tombe.
L’auteur décrypte, à mon sens fort bien, ces mécanismes et ce qu’ils ont d’abusifs. Notamment le fait que les citoyens/contribuables soient mis à contribution pour sauver ceux qui les affament.

Jusqu’où ? Combien de temps accepterons nous de subir le diktat, d’être "tondus" pour servir les intérêts d’une toute petite minorité ?

Des décisions qui vont modifier notre quotidien pour très longtemps sont en train d’être prises, au plus haut niveau, sans que les citoyens ne soient jamais consultés. Qui peut croire qu’elles vont aller dans le sens de nos intérêts.

Daniel a dit…

Les mesures à prendre pour un ré-équilibrage sont connues mais le blocage idéologique de la Commission mais surtout de la classe politique au pouvoir (des ultra-libéraux aux sociaux-démocrates inclus) interdit toute remise en question de la doctrine anglo-saxonne de la mondialisation sans entraves et de l’enrichissement indécent de classes dominantes.

fhefhe a dit…

Merci , Enfin des Explications Claires et Etayées par une vidéo qui sort des sentiers battus de la "LobotoVision"
Un article qui renforce mes convictions quant à t une Anarque bien orchestrée dés le Départ.....
Que l’on ne fasse pas croire que les Traders avec leur formation de Maths Sup n’ont pas envisagés la finalité de leur calculs....

Ils ont pour moi autant de Réflexion "Anticipative" qu’un joueur d’Echec de niveau Filo 200.....
Et dans leur parties nous sommes les "Pions " sacrifiés pour les Rois et Reines de ce monde !!!!

Tzecoatl a dit…

Les plans proposés se résument ainsi:

http://www.timesfreepress.com/...

cug a dit…

Excellente vidéo.

J’ai assisté à une conf de Lordon à la Sorbonne, il est toujours aussi percutant.

Lordon à Bruxelles !

impots-utiles.com a dit…

La crise financière planétaire prend une dimension particulière en France. Car elle s’ajoute à celle, endémique, de nos finances publiques...

http://www.impots-utiles.com/l...

philippe a dit…

Il est bien clair que le plan ( !) français, comme beaucoup d’autres, n’a pas pour but de venir au secours de l’économie mais de renflouer le secteur financier, et particulièrement les banques, alors même qu’elles sont totalement responsables de la crise par la mauvaise qualité (c’est une litote) de leurs placements.

Donc, dans une crise qui va se traduire par une sévère baisse de pouvoir d’achat des ménages et par une hausse importante du chômage, l’Etat sarkozien vole à l’aide de ses amis banquiers et brûle ainsi ses cartouches pourtant comptées: dans quelques mois il nous dira une fois encore que les caisses sont vides - et une fois encore ce sera lui qui les aura vidées - et qu’il ne peut rien faire pour aider les ménages les plus touchés.

C’est une démonstration supplémentaire de la mainmise de la haute finance sur le pouvoir politique dans notre pays.