24 juillet 2011

Présidentielle 2012 : la gauche aurait tout intérêt à partir unie dès le premier tour...

Comme le disent les Chinois, il est des coups de massue qui rendent lucides : si la gauche veut remporter la prochaine élection présidentielle, il est préférable qu’elle parte unie au combat dès le premier tour.

En effet, croire qu’un candidat de gauche sera automatiquement présent au second tour avec une dispersion importante des voix au premier entre les différents partis, PS, Verts, FdG, voire le MRC, sans compter trois candidats trotskystes comme à l’accoutumée, est un pari dangereux. Mais c'est d’abord une illusion entretenue par des sondages dont on connaît la fiabilité…

 

Enterrer Nicolas Sarkozy trop vite est tout aussi illusoire car c’est un redoutable adversaire en campagne électorale, d'ores et déjà fortement polluée par l'affaire DSK / Nafissatou / Banon. Mais surtout, Marine Le Pen a de fortes chances d’être présente au second tour, nul besoin de sondages pour le craindre.

L’élection présidentielle de 2012 se gagnera donc au premier tour. Autrement dit, celui des deux candidats, de gauche ou de droite, qui aura le plus rassemblé son camp avant le scrutin aura de bonnes chances de l’emporter, soit parce qu’il sera face à Marine Le Pen, soit parce qu’il aura obtenu un score élevé au premier tour et aura donc créé une dynamique suffisante pour gagner le second.

C’est le bête et implacable raisonnement arithmétique qu’impose le scrutin majoritaire à deux tours depuis la création de la 5ème république en 1958, institutions à caractère monarchique voulues à l’époque par les gaullistes, le MRP, la SFIO et jamais remises en cause ensuite par la gauche au pouvoir. On peut regretter qu’il en soit ainsi mais c’est comme ça, François Mitterrand n'était pas Pierre Mendès France...

Cette réalité institutionnelle et électorale devrait conduire les partis politiques de gauche à agir en conséquence, c’est à dire à désigner un candidat commun qui rassemble le plus efficacement son camp dès le premier tour contre le candidat de droite sortant, Nicolas Sarkozy.

Inutile d’attendre le dernier moment pour bâcler un marchandage de circonstance, purement politicien, où le programme et les idées passeront à la trappe. Inutile encore de compter sur un accord entre les deux tours, vite fait bien fait, entre le PS, les Verts et les composantes du Front de Gauche.

Dans le premier cas, face à Le Pen, pourquoi le candidat du PS s’embarrasserait-il d’une négociation avec d’autres partis alors qu’il est pratiquement certain d’être élu ? 

Dans le second cas, face à Sarkozy, le spectacle de chefs de partis de gauche se rabibochant opportunément après une campagne qui les aura opposés sera d’un effet déplorable et ne peut que favoriser le candidat de la droite. On a déjà eu un petit aperçu de ce dernier scénario au lendemain du premier tour des élections cantonales quand Pierre Laurent, secrétaire national du PC, s’est empressé de monter sur la péniche de l’ex-gauche plurielle en vue du second tour…

Si c’est pour se rallier au candidat de gauche présent au second tour sans conditions précises, alors pourquoi prendre le risque d’un second tour en 2012 opposant Marine Le Pen à Nicolas Sarkozy ? Sauf si c'est pour mieux négocier ensuite quelques maroquins ministériels…

A-t-on le droit de prendre à nouveau ce risque face à la politique désastreuse menée par Nicolas Sarkozy caractérisée par une baisse de l'impôt sur le revenu pour les plus riches et une forte augmentation des impôts indirects pour tous ? Il est peut-être encore temps de ne plus avancer en ordre dispersé, avec des candidatures tactiques, providentielles ou fantaisistes. Bref, il est encore temps de prendre la mesure de cette nouvelle donne électorale et d’en tirer les conséquences. 

Travailler ensemble à une plate-forme commune et à la désignation d’un candidat unique pour toute la gauche ? En tout cas essayer d’aller dans ce sens dès maintenant sachant que ce seront surtout les élections législatives suivantes qui compteront et où chaque parti pourra aller à la bataille du premier tour sans grand risque.

Mais le principe de réalité oblige à considérer qu’un programme partagé minimum qui rassemblerait tous les partis de gauche est un défi quasi-irréalisable tant les positions néo-libérales du PS et de la majorité des Verts, restent largement incompatibles avec celles du Front de Gauche ou du MRC. La veille de la clôture des candidatures à la primaire, les parlementaires du PS ont approuvé la guerre en Libye lancée par Nicolas Sarkozy et BHL ! Auparavant, les dirigeants socialistes avaient soutenu le remplacement de Dominique Strauss-Kahn par Christine Lagarde au FMI ! 

Dans ce contexte, les candidatures de Jean-Luc Mélenchon, co-dirigeant du Front de Gauche avec Pierre Laurent, ou de Jean-Pierre Chevènement sont certes légitimes mais risquent de créer objectivement une situation comparable à celle du 21 avril 2002 avec un second tour opposant cette fois Nicolas Sarkozy à Marine Le Pen…

Car malgré les apparences savamment entretenues par l’UMP et les médias, Nicolas Sarkozy travaille étroitement avec Jean-Louis Borloo et Dominique de Villepin (reçus tous deux à de nombreuses reprises ces derniers mois à l’Elysée…), flirte aussi avec Nicolas Hulot, pour trouver la meilleure combinaison possible pour que le candidat de gauche arrive troisième au soir du premier tour de l’élection présidentielle.

De plus, avec les débats récents sur l’identité nationale, les Roms, l’insécurité, la montée des intégrismes et surtout le marasme économique dans lequel se trouve la France, il faut être complètement aveugle pour ne pas redouter que le Front national tire les marrons du feu et que Marine Le Pen soit très haute au soir du premier tour.

La gauche aurait tout intérêt à en prendre conscience le plus tôt possible et sortir des logiques partisanes. Avec un socle de valeurs communes : écologie, services publics, société solidaire, emploi pour tous, fiscalité redistributive, laïcité, régulation de la finance, éducation, innovation, recherche, etc., un programme unitaire pour ceux qui font de la politique à gauche et veulent changer les choses, ce n’est pas une utopie, c’est une nécessité…




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12 commentaires:

Oncl'H a dit…

La Gauche ???? celle qui est pour le capital (PS, PRG, PRC etc.. ou le Front de Gauche ??!!!!
La Gauche, ça ne veut rien dire !!!!

Bernard a dit…

On connait la chanson.

Tous derrière le PS, blablabla ...

Joaquim a dit…

Toute la question, c'est unie derrière qui et sur quel programme ? Si c'est pour prêcher la résignation derrière les socialos, je ne crois pas que la gauche y ait intérêt.
On peut toujours rêver de l'unité mais il y a quand même de très bonnes raisons et très profondes pour lesquelles on n'est pas tous derrière une candidature. Ce n'est pas juste un problème de logiques partisanes.
Le problème de la gauche, c'est que le PS qui est à l'extrême droite de la gauche n'est pas capable de rassembler et qu'on s'évertue à nous le présenter comme le seul apte à le faire. C'est le vote utile notre vraie plaie. Sans vote utile, on aurait tout de suite une vue claire de qui doit porter le rassemblement de la gauche.

Albert a dit…

Le FdG et notamment le PC se rallieront-ils sans conditions au PS au second tour de l'élection présidentielle et participeront-ils à un gouvernement de gauche comme l'ont fait hier MGB et JLM dans le gouvernement Jospin ? Le FdG élude actuellement cette question cruciale...

Gavroche a dit…

Assez d’accord avec votre article, mais de grâce n’incluez pas le PS dans la gauche, il s’est déjà dissous dans l’UMP, dont il n’est que le recto de la même pièce.

Robert Gil a dit…

Quand les salariés auront compris que le PS n’est pas a gauche se sera une avancée :

http://2ccr.unblog.fr/2011/06/10/rigolo-socialo-ecolo-bobo/

Pingveno a dit…

Bon sang, mais combien de temps encore va-t-on répéter que le 21 avril est dû au trop plein de candidats à gauche ?
Que je sache il y avait autant de candidats à droite cette année-là et pourtant un candidat de droite est arrivé au second tour, non ?

Rappelons quand même que si Jospin n’a pas été qualifié, c’est parce qu’il n’a quasiment pas fait campagne, ne cessant de répéter que c’était inutile avant le second tour, au point que quand Karl Zéro évoque devant lui, une semaine avant, le scénario Chirac/LePen il répond "mon imagination a des limites"...

A part ça je passe rapidement sur le fait de compter le PS parmi les partis de gauche...

Jpm a dit…

Un emploi pour tous... ou un revenu decent pour tous... car ce n´est pas le tout d´avoir un emploi...il faut qu´il soit suffisamment paye... et surtout tout le monde n´est pas apte a travailler.

Alors meme si je me reconnais dans l´ensemble de vos propositions finales, je remplacerais emploi pour tous par revenus pour tous.. et j´ajouterais l´introduction d´un Revenu Universel (RU) distribue a tous sans conditions et refinance par un augmentation de l´imposition appliquee a tous les revenus... y compris les revenus du patrimoine et la suppression des niches fiscales. Ca serait encore la meilleure maniere de lutter efficacement contre la misere et l´exclusion... et cela redonnerait de la confiance aux gens qui seraient assures d´avoir de quoi vivre quoiqu´il arrive.

JL a dit…

Présidentielle 2012 : la gauche aurait tout intérêt à partir unie dès le premier tour...

Oui, mais unie derrière qui ?

Traroth a dit…

Vous ne dites pas franchement le fond de votre pensée. Vu le rapport de force à gauche (pour simplifier le propos, je donnerais ici à ce mot le même sens que vous), une gauche qui part unie au premier tour, c’est tout simplement le renoncement des autres candidats de gauche au profit de celui du PS.

La logique du PS, c’est d’attendre tranquillement que les électeurs en aient marre d’en prendre la gueule avec la droite et qu’ils reviennent voter pour eux, en mouvement de balancier confortablement automatique, ce qui leur éviter de changer quoi que ce soit.

Avoir de multiples candidats de gauche au premier tour, c’est introduire un risque dans cette logique : le PS pourrait très bien se faire doubler à gauche par un autre candidat, et terminer alors aux oubliettes. Ce risque est le meilleur (peut-être le seul) levier de changement au PS. Personnellement, je refuse d’y renoncer, et je voterais donc Mélenchon au premier tour.

Albert a dit…

Voter FdG au premier tour, c'est bien et séduisant mais il y a un gros MAIS...

- JLM peut-il arriver en tête de la gauche au premier tour ?Je ne le pense pas

- JLM et Pierre Laurent accepteront-ils (ou d'autres de leur parti respectif) d'être ministres dans un gouvernement dirigé par le PS ? Je le pense

- Si c’est pour se rallier au candidat de gauche présent au second tour sans conditions précises, alors pourquoi prendre le risque d’un second tour en 2012 opposant Marine Le Pen à Nicolas Sarkozy ?

CQFD

Le Chat a dit…

@TRAROTH

Pour une fois je suis d’accord avec toi. Il faut voter d’abord selon son coeur et ses convictions ! j'aimai bien l’attitude d’Arlette qui refusait de donner des consignes au second tour entre la peste et le choléra , c’est plus digne !