25 décembre 2007

Thon rouge : bientôt la fin...

Si la mondialisation met en péril les économies de nombreux pays, elle fait également des ravages en matière de protection des espèces animales.

Le thon rouge, ce gros poisson qui peut vivre jusqu’à 20 ans, atteindre 600 kilos et mesurer plus de 2 mètres, fait actuellement l'objet de grandes manœuvres économiques entre états riches et pays émergents.

L'assemblée annuelle de la Commission internationale de gestion des thonidés de l'Atlantique (ICCAT), réunie en novembre dernier à Antalya en Turquie, a bien pris quelques décisions mais elles ne répondent absolument pas à l'enjeu de la survie de cette espèce… 


Parmi les nombreuses menaces qui pèsent sur la Méditerranée, la pêche au thon rouge, faite au large, notamment par les flottes espagnoles, françaises et turques, relève souvent de pratiques illégales et dédaigne les réglementations.

Mais cette pêche entre flottes de thoniers-senneurs des pays riverains de la Méditerranée est aussi une histoire de gros sous entre grands cuisiniers japonais et fins gourmets…Car le thon rouge vaut de l’or au Japon et il est même préparé tout spécialement pour les restaurants japonais de Londres ! C’est ainsi que le morceau suprême, la ventrèche du thon, pourra atterrir dans certaines assiettes à 450 € le kilo et l’excellent cœur de filet à 230 € !

Début janvier 2007, à Tokyo, un spécimen de 214 kilos, long de plus de trois mètres, s'est vendu plus cher qu'une Ferrari 456 GT: 230 000 €, soit 1 074 € le kilo (7 045 F pour les nostalgiques du franc). Bien sûr, il s'agissait des traditionnelles enchères - sur médiatisées - pour le premier thon de l'année nouvelle. Mais, même avec la baisse actuelle des prix due à la récession, les amateurs sont prêts à faire des folies pour un sashimi gras à souhait. Le nec plus ultra des 500 000 tonnes de poisson cru que le Japon consomme chaque année. Un marché minuscule par les quantités (7 000 tonnes) mais un marché Majuscule pour sa valeur !

En Turquie, l’assemblée annuelle de la Commission internationale de gestion des thonidés de l'Atlantique, qui s’est terminée le 18 novembre dernier à Antalya, n’a pas voulu prendre les décisions qui s’imposaient devant l’effondrement du stock évoqué par les tous les scientifiques et les experts, plus palpable que jamais.

Les quantités prises par les thoniers-senneurs demeurent en effet très au-dessus des quotas alloués chaque année. L'IFREMER et le WWF estiment qu'on en pêche 52 000 tonnes pour les 32 000 autorisées et les 28 000 recommandées par les scientifiques !

Déjà, le plan adopté à Dubrovnik en 2006, qui a pourtant montré toutes ses limites et carences (sur pêche record des pays européens, pratiques illégales persistantes, pêche pirate) est reconduit à l'identique.

«Avec le plan de 2006, on allait droit dans le mur… En 2007, avec les non-décisions d'Antalya, on y va toujours, mais le sourire aux lèvres et la main sur le klaxon» s'indigne Stéphan Beaucher, responsable de la campagne Océans de Greenpeace France. « Ce qui s'est joué cette semaine en Turquie est inacceptable et nous oblige une fois de plus à mettre en cause les méthodes de travail des conférences de gestion des pêcheries. Celles-ci doivent être réformées de fond en comble ! »

Le total autorisé de captures (TAC) pour 2008 sera équivalent à celui de cette année (29 500 tonnes) alors qu'il devait baisser de 10%... Délégation américaine et organisations écologistes demandaient pour leur part un moratoire.

Le Japon a obtenu l'autorisation d'organiser en mars prochain une réunion parallèle réunissant tous les acteurs commerciaux du thon rouge. Ce type de démarche émanant d'un tel acteur aura pour seule conséquence de privatiser un peu plus encore une ressource emblématique des peuples méditerranéens. La bénédiction donnée par l'ICCAT au « Tuna business » mené par les autorités japonaises pour se substituer à l'autorité de gestion et de régulation est très préoccupante.

L'Europe restituera sa sur-pêche de cette année à raison de 1 400 tonnes par an à partir de 2009... La question de savoir quelle sera la base de calcul retenue (intégration des excès espagnols et italiens notamment) reste entière. Quant à la supposé « sous-pêche » déclarée par les pays du Maghreb pour les années 2005 et 2006, elle leur sera restituée à hauteur de 50%.

L’organisation Greenpeace demande un moratoire sur la pêche au thon rouge, afin de prendre le temps de procéder à une évaluation approfondie de l’état des stocks et propose de créer des réserves marines équivalentes à 40%de la surface des océans. C’est la seule solution pour protéger les écosystèmes marins et sauver des espèces qui, comme le thon, disparaissent.

Mais sans mesure concrète de contrôle et de régulation, la ressource en thon rouge aura bientôt été pillée et la disparition du prédateur majeur de la Méditerranée risque de provoquer un chaos écosystémique sur l'ensemble du bassin méditerranéen dont personne n'est en mesure d'évaluer l'ampleur, sans compter la perte d'un formidable trésor économique mais aussi culturel…


11 commentaires:

le chat a dit…

Ici ça fait 3 ans qu’il y a nib de nib aux concours de pêche au gros à Fos sur Mer et à Port de Bouc .

Les pêcheurs locaux sont tellement cons qu’ils ont empêché le bâteau de Green Peace de venir dans le port de Marseille rappeler l’évidence, trop de pêche au thon fait disparaitre le thon !

Et dire qu’il y a dix ans , on voyait encore des pièces de 2 à 300 kilos ...

Michel a dit…

Mais qu'est-ce qu'ils attendent Greepeace, et autres Robin des Bois pour provoquer un boycott mondial de tout ce qui est japonais ?

Beaucoup de gens suivront !

Et ainsi touchés au porte feuille, leur gouvernement agira !

pépin le bref a dit…

Notre ministre de la pêche soutient les pêcheurs en disant : "il y a une forte demande de la part des consommateurs pour le thon rouge et ce serait stupide de ne pas y répondre"

Quelle démagogie électorale !

Richard a dit…

Il faut cesser de consommer du thon rouge! D'ailleurs, je ne mange plus japonais...

Difficile de convaincre les aficionados du thon rouge... mais ils n'en mangeront plus de toute façon parce qu'il n'y en aura plus ...

Désespérant...

Roland a dit…

Si le thon rouge est raflé industriellement dans des proportions croissantes, c'est à cause de la vogue massive des restaurants de sushis en Europe.

Petit détail ironique : les plus fervents amateurs de sushis sont les bobos, qui par ailleurs se déclarent « écologiquement conscients ».

Les voilà obligés maintenant de choisir entre leurs goûts et la réalité...

actias a dit…

J'en connais un paquet qui pense que c'est scandaleux la surpêche etc ... mais qui prennent leur salade de thon à midi sans se poser plus de questions que ça.

Les animaux sauvages ne sont pas une ressource inépuisables bonne à servir la voracité d'une humanité folle et perverse. Laissez les vivre, vous n'en mourrirez pas.

ro01 a dit…

Un désastre sans précedent pour les fans de sushi :-|

voltaire a dit…

Tous les thons ne sont pas menacés... Seule la situation du thon rouge est aussi dramatique. On peut donc continuer à manger sa salade au thon albacore tranquillement, du moment que la pêche accidentelle de quelques
milliers de dauphins et autre requins pris dans les filets dérivants servant à la pêche au thon du pacifique ne choque pas (je précise que les dauphins ne sont pas en voie de disparition, mais bon, c'est quand même
moyennement sympathique, même si, je l'avoue, moi aussi je mange du
thon...).

diego a dit…

Cette espèce est en disparition comme beaucoup d"autre. Notre "bien-être" ne s'applique qu'aux hommes, et ce n'est surtout pas la bio-diversité qui en
profite...

Plusieurs optiques :

Soit nous continuons comme cela et dans ce cas les espèces sauvage
disparaissent et toute vie régie par la fécondation n'est plus que gérée par l'homme y compris sa reproduction vu les perspectives

Soit l'homme disparait aussi dans sa folie.

Soit des efforts gigantesques sont faits très rapidement suite à la prise de conscience et à la demande du peuple. Et cela sera il suffisant ?

J'essaie de positiver et d'y croire mais je pense que c'est de l'utopie. Je pencherai plutôt pour la 2ème possibilité.

Si vous avez d'autres perspectives à proposer n'hésitez pas. Remontez- moi le moral !

renaud a dit…

La mafia italienne a fortement investi dans la pêche du thon rouge et pêche directement dans les frayères ce qui révulse les pêcheurs dont ils détruisent le gagne-pain.

A la question : " que ferez-vous lorsqu'il n'y aura plus de thon ? la réponse a été toute simple : " nous mettrons notre argent ailleurs ".

Bruxelles le sait, et laisse faire.

On ne lutte pas contre la mafia...

varsass a dit…

Le monde entier a regardé l'extermination des dauphins baiji sans réagir, tout ce qui était fait était un comptage annuel pour voir combien il en restait... jusqu'à l'année ou on en a compté zéro. Pourtant tout le monde
était au courant.

Et vous croyez que la disparition du thon rouge va nous faire prendre
conscience de la catastrophe actuelle ?

Il faudra un évènement nettement plus violent et traumatisant pour qu'homo sapiens se remette une fois pour toute en question. Et à mon avis,c'est pas encore pour tout de suite ...