1 juillet 2009

L’affaire « Home » et le vrai visage de « Dany le Rouge »

Daniel Cohn-Bendit
D. Cohn-Bendit.
Depuis la diffusion du film de Yann Arthus-Bertrand, à la télévision publique, sur France 2, deux jours avant les élections européennes, l’affaire «Home», nous interroge de plus en plus.

Yann Arthus-Bertrand a affiché en effet son soutien à la liste Europe-écologie à la veille des élections. Un soutien dont s'est félicité immédiatement Daniel Cohn-Bendit.

Et Jean-Louis Borloo qui avait envoyé une lettre aux préfets de région pour diffuser le film "Home" avant les élections, ne cachait pas sa satisfaction sur les plateaux de télévision, lors de la soirée électorale, en déclarant sa connivence avec l’ancien leader de mai 68…


Dans son numéro du 22 juin 2009, le quotidien Le Monde a révélé qu'un ministre d’Etat du gouvernement, Jean-Louis Borloo, avait envoyé une lettre aux préfets de région, à la veille du début de la campagne officielle, leur prescrivant de diffuser le film produit par l'ami du Président de la République François Pinault : "un appel à la prise de conscience écologique en matière de réchauffement climatique".

La lettre a été envoyée aux préfets de région à la veille du début de la campagne officielle des élections européennes du 7 juin, qui astreint pourtant à une obligation de réserve les ministres et les agents publics. Une copie du film accompagnait le courrier…

Certains préfets se sont exécutés, organisant une projection du documentaire. C'est le cas, par exemple, en Moselle, où le préfet de région, Bernard Niquet, a largement invité, le 5 juin, les fonctionnaires à se rendre au Caméo-Ariel à Metz, pour assister à la diffusion du film. Dans une note envoyée aux différentes sous-directions de la préfecture, M. Niquet indique qu'il "serait souhaitable que les directions soient représentées par une vingtaine de personnes". Le préfet précise qu'il agit "à l'initiative du ministère de l'écologie".

D'autres préfets se sont montrés plus réticents. "Nous rentrions dans une période de réserve, raconte l'un d'eux. Il n'était pas question pour moi d'organiser une séance publique. Et je n'ai pas vu l'intérêt d'organiser une projection privée à la préfecture, alors que les gens pouvaient tranquillement regarder le film chez eux." "De ma carrière, je n'avais jamais reçu une telle demande à la veille d'une échéance électorale", commente un autre.

Dans le même temps, le président du groupe PPR, François Pinault, lançait une extraordinaire campagne de promotion du film qu’il venait de financer. Les premières images du film représentent les dizaines de marques de luxe et de grandes franchises du groupe PPR qui s’assemblent pour former le mot «Home».

Ce système reproduit, en plus puissant encore, le « Pacte Écologique » de l'animateur de TF1 Nicolas Hulot. Cette opération de propagande fonctionne à plein : sous couvert de protection de l'’environnement, l'idéologie que diffuse ce film en filigrane est destinée à légitimer les règles du capitalisme sous couvert d'application des lois naturelles.

Née de la volonté de citoyens de contester le modèle productiviste fondé sur la croissance, l’écologie est devenue pour les multinationales un moyen publicitaire de se refaire une virginité. Cela a très bien été décrit dans une récente émission de Daniel Mermet " Là-bas si j’y suis " sur France Inter.

Et les initiateurs des listes « Europe-écologie » se sont clairement affichés comme les prolongateurs du mouvement associatif environnementaliste qui avait contribué au Grenelle de l’environnement de Nicolas Sarkozy. Loin de remettre en cause le modèle productiviste lié aux multinationales, l’écologie défendue dans cette perspective est celle du "développement durable" et de la "croissance verte" destinée à tout «convertir au vert».

La victoire des listes de Daniel Cohn-Bendit, relance ainsi le débat entre les tenants d’une politique sociale véritable et les défenseurs d’un "socialisme moderne" et reprend une veille rhétorique connue du "modernisme" contre "l’archaïsme".

Mais sous des dehors de garçon rebelle à la mèche folle, «L'enfant chéri des médias» a été et reste un acteur de la construction de l’Europe du libre-marché. En accord, voire en avance, sur les thèses néolibérales, le député européen vert s’était déjà prononcé dans un livre paru en 1998 (Une envie de politique, aux Editions La Découverte) pour l’entrée des entreprises dans les écoles, le travail le dimanche, la privatisation des services publics ou le SMIC jeune...

Daniel Cohn-Bendit se déclare pour l’autonomie des établissements scolaires, pour qu’ils fassent sans l’État leurs propres choix de professeurs et d’enseignements. Il n’est pas opposé à l’appel aux fonds privés pour ces établissements afin de créer de «véritables joint-ventures avec les entreprises» et ajoute que "naturellement, l’industrie participerait aussi à la définition des contenus de l’enseignement, contrairement à ce que nous disions en 1968".

Alors que Sarkozy a dû lui-même reculer sur cette question fin 2008, Daniel Cohn-Bendit se déclare pour le travail le dimanche. «Il faut admettre que les machines travaillent sept jours sur sept, donc admettre le travail du week-end.»

Les marchés publics doivent être ouverts à la concurrence. «Des services comme le téléphone, la poste, l’électricité n’ont pas de raison de rester dans les mains de l’État. » Il insiste : « Il n’y a pas de raison qu’il existe un service public de télévision.»

L’ex-étudiant de Nanterre n’a rien non plus contre le fait que les jeunes soient payés moins que le SMIC «si en échange d’un salaire réduit pendant trois ou quatre ans, on leur donne la garantie d’accéder ensuite à un emploi ordinaire»…



Intervention de la journaliste Sophie Divry, du mensuel "La décroissance".
Enregistrement réalisé lors du second contre-grenelle de l'environnement à Lyon le 2 mai 2009. Mise en image après les élections du 7 juin 2009.



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6 commentaires:

Roland a dit…

Excellent article, même si je n’ai pas vu le film, je partage votre analyse !

Oui, je ne vois pas comment on pourrait faire quelque chose de correct avec le financement des multinationales, pas plus qu’il n’y a de liberté de rédaction quand on est "dépendant" de la pub...

Et je ne peux m’empêcher de penser à l’excellent documentaire "L’erreur Boréale" de l’artiste québécois Richard Desjardins.

Lui au moins son engagement ne fait aucun doute (suffit d’écouter sa chanson "Les Yankees" que je trouve magnifique).

L’erreur boréale date déjà de 10 ans, et quand je l’ai vu sur mon ordinateur il y a quelques années, j’en ai eu la larme à l’œil, tellement les images - aussi prises par avion - ,étaient fortes !

Il dénonce les ravages faits par l’industrie aux forêts du Nord. Le documentaire fait froid dans le dos...

http://www.dailymotion.com/relevance/search/Richard+Desjardins+/video/xjy6z_la-mort-de-la-foret-boreale_events

sauveur a dit…

Salut Roland,

Quelques précisions :

Les séquences vidéo du clip de la chanson de Richard Desjardins sont tirés du documentaire original "l'Erreur Boréale"
qui est un documentaire magnifique mais bien attristant réalisé en partie par le poète et chanteur Richard Desjardins mais qui s'étale en fait sur plusieurs extraits dont voici la liste :

http://www.dailymotion.com/relevance/search/l%27erreur+bor%C3%A9ale/video/x5wjud_lerreur-boreale-1_news

http://www.dailymotion.com/relevance/search/l%27erreur+bor%C3%A9ale/video/x5wjxy_lerreur-boreale-2_webcam

http://www.dailymotion.com/relevance/search/l%27erreur+bor%C3%A9ale/video/x5wklj_lerreurboreale-3_lifestyle

http://www.dailymotion.com/relevance/search/l%27erreur+bor%C3%A9ale/video/x5wkub_lerreur-boreale-4_news

http://www.dailymotion.com/relevance/search/l%27erreur+bor%C3%A9ale/video/x5wkzc_lerreur-boreale-5_webcam

http://www.dailymotion.com/relevance/search/l%27erreur+bor%C3%A9ale/video/x5wl1l_lerreur-boreale-6_lifestyle

http://www.dailymotion.com/relevance/search/l%27erreur+bor%C3%A9ale/video/x5wl43_lerreur-boreale-7_creation

10 ans avant Yann Arthus-Bertrand,il y avait déjà des militants de l'écologie qui filmaient, vu du ciel, la destruction de la forêt boréale et qui alertaient l'opinion.

Mais comme ils ne faisaient pas cela pour de l'argent et n'étaient pas financés par les amis du président de la République, ils n'avaient pas l'honneur d'être diffusés à la télé publique...

roger a dit…

De quelle droit peut-on critiquer les hommes qui ont une admiration pour la beauté du monde et qui ont la grâce d’essayer de nous la faire partager et par la même nous informer ?

Ces hommes on eu l’opportunité d’observer les équilibres, les interactions et la beauté de la nature d‘un angle de vue nettement supérieure à leur taille, ce qui les mets dans une situation d’observation nettement privilégiée et ils nous montrent la beauté que l’on est en train de perdre.

Si l’on supprime, Cousteau, Nicolas Hulot, Yann Arthus Bertrand, Alain Hubert, le Jardin extraordinaire… que reste t-il ?

Profiter de l’argent des riches pour partager une réalité scientifique avec les pauvres est-ce condamnable ou est-ce simplement une magnifique contrepartie ?

La seule critique que l’on pourrait lui faire c’est d’avoir omis ou occulté l’impacte environnemental de l’énergie nucléaire.

delacroix a dit…

Merci pour votre article, les bobos écolos commencent à m’asphyxier un peu trop.

Et Monsieur Pinault qui se permet par le biais de ce film de nous faire la leçon, lui qui est aux commande de l’hyper-consomation.

enzo d'aviolo a dit…

excellent article
La force de Sarko et de tous les libéraux, c'est de pouvoir compter à gauche sur des cautions consentantes pour affaiblir les véritables propositions de changement.
cohn bendit et sa clique ne sont qu'un leurre pro capitaliste de plus.

Albert a dit…

Merci Enzo

Et tu as finalement tout résumé...

A+
Albert