14 septembre 2010

Réforme des retraites et action syndicale : l’ambiguïté de la CGT…

Bernard Thibault
Bernard Thibault.
Pourquoi appeler à une nouvelle grève simplement le 23 septembre, alors que le projet de réforme des retraites passe devant l’Assemblée nationale le 15 ? 

A la suite de la forte mobilisation du mardi 7 septembre, ne fallait-il pas battre le fer quand il est chaud ? Certainement, si c’est bien le retrait du projet gouvernemental que l’on veut ! 

Et si la position débonnaire de la CFDT n’est pas surprenante, l’ambiguïté de la CGT sur le fond et la forme de ce dossier est plus étonnante…


Après le succès de la journée d’action du 7 septembre dernier, les quelques concessions faites par de Nicolas Sarkozy sont évidemment loin de rendre acceptable un projet qui demeure inique, ainsi que le dénonce toute la gauche et les syndicats de salariés.

Mais c’est encore trop pour certains ! Ainsi pour le journal Les Echos : « Une autre salve de critiques, qui gênera beaucoup moins l’exécutif, est venue des organisations patronales : elles sont montées au créneau hier pour dénoncer à l’inverse l’élargissement de la prise en compte de la pénibilité ». « Il y a là un risque non négligeable sur le bénéfice financier attendu de cette réforme », affirme la CGPME.

Du côté syndical, Bernard Thibault règle rapidement leur sort aux quelques concessions lâchées par Nicolas Sarkozy : « ce qu’il a annoncé est à la marge au regard des désaccords de fond. Le dispositif de la pénibilité reste subordonné à des critères médicaux et individuels. Le renvoi à des négociations de branches n’oblige à aucun résultat alors que le patronat y est hostile. Les aménagements sur les carrières longues restent flous et la réforme reste fondamentalement injuste. »

Dans ce contexte, comment organiser la riposte et forcer le gouvernement à reculer ? Il y a d’abord les discours officiels : « Plus l’intransigeance dominera, plus l’idée de grèves reconductibles gagnera les esprits », prévient le secrétaire général de la CGT, dans un entretien accordé au Monde, titré « Nous n’avons pas l’intention de lâcher ». D’où sa mise en garde : « on peut aller vers un blocage, une crise sociale d’ampleur. »

Et il y a le communiqué commun signé par la CGT, CFDT, CFE/CGC, CFTC, FSU et UNSA : « Fortes de la réussite exceptionnelle du 7 septembre les organisations syndicales considèrent que les annonces du président de la République, qui se voulaient une réponse aux mobilisations, ne modifient pas le caractère injuste et inacceptable de la réforme proposée. Réunies le 8 septembre 2010 elles décident de poursuivre et d’amplifier le processus de mobilisation pour obtenir des mesures justes et efficaces afin d’assurer la pérennité du système de retraites par répartition. Elles appellent à faire du mercredi 15 septembre, jour du vote par les députés du projet de loi, une journée forte d’initiatives et d’interpellations des députés, des membres du gouvernement et du Président de la République dans les départements et les circonscriptions. Avant le débat au Sénat elles décident de faire du jeudi 23 septembre une grande journée de grèves et de manifestations dans tout le pays. »

Sur la question de la date de la prochaine journée d’action, Daniel Schneidermann sur @rrêt sur images, a réagi sainement à la date du 23 septembre : « Pourquoi pas plus tôt ? Deux millions et demi de personnes dans la rue, ça donnait de l’élan. Vu de loin, très humblement, il me semble que la seule action qui soit de nature à faire reculer le gouvernement, à le faire renoncer à ce report de l’âge légal de la retraite que chacun (…) juge suprêmement injuste, puisqu’il vise à faire payer par les ouvriers les retraites des cadres, la seule chose, c’est une grève générale reconductible, comme en 95. Avec blocage général de l’économie, pas de métros, trains à l’arrêt, et apoplexie quotidienne pour Jean-Pierre Pernaut. Hors de cette épreuve de force majeure, on est dans l’ajustement, le dosage, l’homéopathie. Donc, autant dire que les 60 ans (et 65 ans à taux plein), les syndicats font une croix dessus. »

Pour ces raisons, ni FO, ni Solidaires n’ont signé le communiqué commun des autres organisations syndicales. Explication dans le journal La Tribune : « Force Ouvrière et Solidaires ont confirmé ce jeudi leur participation à la nouvelle journée de grèves et de manifestations du 23 septembre contre la réforme des retraites décidée par six syndicats mercredi (…). Les deux centrales syndicales n’avaient pas signé l’appel de l’intersyndicale, souhaitant initialement ne pas attendre cette date pour manifester à nouveau ».

FO, dirigée par Jean-Claude Mailly, a précisé qu’elle défilera « sur son propre mot d’ordre », à savoir l’exigence d’un retrait du texte gouvernemental. La centrale a également indiqué que ses syndicats mèneront des actions le 15 septembre, jour du vote du projet de loi à l’Assemblée nationale, en première lecture. C’est également ce qu’a annoncé l’intersyndicale. 

De son côté, Solidaires a confirmé sa position de ne pas signer le communiqué commun. « Nous ne sommes pas d’accord sur la stratégie d’action qui consiste à reporter au 23 les suites du 7 » a expliqué à Reuters Thierry Lescant, membre du secrétariat général. « Il faut inscrire un mouvement dans la durée, impulser un rythme, une montée en puissance. Le 23 doit être suivi du 24, du 25, du 26 »

De plus, dans le communiqué commun signé par la CGT, CFDT, CFE/CGC, CFTC, FSU et UNSA, rien n’est dit sur un élément important de ce dossier qui n’est pas seulement l’âge de départ à la retraite mais aussi le nombre d’annuités qui sera nécessaire pour avoir droit à une pension à taux plein. C’est ce dernier point qui compte avant tout car tous les salariés qui n’auront pas les 41,5 annuités prévues par la réforme seront obligés de partir après 60 ans sous peine d’avoir une décote de leur pension. Et on comprend mieux la position conciliante de la CFDT quand on sait qu’elle avait déjà avalisé en 2003 la réforme Fillon et le principe d’allongement de la durée de cotisation au-delà de 40 annuités pour avoir droit à une retraite à taux plein…

Rien n’est dit également sur l’abrogation nécessaire de la loi Balladur de 1993, passée complètement inaperçue des organisations syndicales à l’été 1993 et responsables aujourd’hui de près de 20% de baisse du montant des pensions :

- Passage du nombre d’années de cotisations progressivement de 37,5 à 40 annuités pour le secteur privé.

- Salaire annuel moyen (SAM), calculé jusqu’en 1993 sur les 10 meilleures années de salaire, calculé maintenant sur les 25 meilleures années.

- Indexation annuelle automatique des pensions, initialement calculée à partir de l’indice d’augmentation du salaire moyen, basée aujourd’hui sur l’indice officiel des prix, datant de 1946 et ne reflétant pas, loin s’en faut, la réalité de l’évolution des prix. Cela entraîne chaque année une seconde dévalorisation du montant des pensions, déjà amputées de la CSG et de la CRDS.

Aujourd’hui donc, ne pas parler du retrait de ce projet, ne pas demander l’abrogation de la loi Balladur, revient à vouloir négocier à partir de très mauvaises bases, pour aboutir quoi qu’il advienne, à un résultat catastrophique pour les salariés. 

Hélas, les directions syndicales CFDT et CGT semblent avoir choisi, en se gardant bien de le dire, la voie d’une certaine complicité avec le gouvernement pour empêcher que le fond du dossier soit abordé et que la contestation ne prenne trop d’ampleur…


Merci à Olivier Bonnet pour sa contribution à cet article



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3 commentaires:

sauveur a dit…

Merci pour toutes les précisions de l’article.

Ce report au 23 est totalement insupportable mais c'est sans surprise que l'on constate ce genre de manipulations qui a lieu depuis plusieurs années, en clair depuis que Bernard Thibaut mène le bateau de la CGT...

Anonyme a dit…

Il ne faut rien attendre du tandem Chéréque-Thibault plus près du pouvoir que du monde du travail.

Il faudrait que la mobilisation se poursuive et s’amplifie et que ceux des salariés qui sympathisaient avec le 7 septembre sans y participer rejoignent l’action à leur tour.

Et il faudrait bien sûr revenir sur toutes les mesures prises depuis Balladur, c’est-à-dire revenir à la retraite à taux plein à 60 ans, et 37,5 annuités de cotisation.

Même à l’époque, tous les retraités étaient loin d'avoir les 37,5 annuités et de toucher une pension décente.

éliane a dit…

En France, compte tenu du faible taux de syndicalisation, une grève générale n'a jamais pu être décrétée par les syndicats.

Toutes les grèves générales , d'ailleurs de moins en moins générales, sont toujours parties de la base (1936,1953, 1968, 1995) sont toujours parties de la base, et les syndicats ont ensuite pris le train en marche...