30 janvier 2010

Lettre ouverte au Préfet de Vaucluse

La dérive répressive et sécuritaire du discours politique au plus haut niveau de l’état semble inciter de plus en plus à la haine raciale. Non seulement, on se trouve exposé aux violences policières qui se multiplient mais on risque en outre d’être poursuivi sous des prétextes divers.

Homicides, coups, sévices, mauvais traitements, injures xénophobes, selon Amnesty International, la situation continue de se détériorer dans l'Hexagone…

Velleron, décembre 2009


Monsieur le Préfet,


Mon activité professionnelle m’a récemment permis d’accéder malgré moi et de façon répétée à des informations que je ne peux garder pour moi ; elles sont bien entendu formellement protégées par le secret médical.

La première concerne un jeune homme, interpellé dans la rue, en possession de cannabis ; les policiers l’ont brutalement poussé à l’arrière d’un véhicule, obligé à s’allonger entre les deux sièges, puis se sont assis et l’ont bourré de coups de pieds durant tout le trajet jusqu’au poste. Il a finalement été condamné à une amende et une obligation de soins qui l’a amenée vers moi.

La seconde m’a été rapportée par un autre homme jeune ; contrôlé dans la rue avec des copains, il présente ses papiers (qui sont en règle) avec moins de rapidité que les autres et se retrouve donc au poste où il est entièrement déshabillé, fouillé au corps, dont un toucher anal (avec gants), insulté et frappé au niveau du ventre et des organes génitaux. Il est ensuite abandonné dans une rue, un peu l’écart, avec son tas de vêtements et ses blessures.

Le troisième est moins jeune, ouvrier agricole et père de deux enfants. Il sort d’un bar, sans doute alcoolisé mais il n’est ni violent, ni bruyant ; une patrouille de police passe par là, l’interpelle et le frappe. Devant l’importance des lésions et des saignements, les policiers l’emmènent aux urgences. Le bilan est lourd : fracture d’os de la face avec paralysie oculaire et de l’os temporal avec surdité et vertiges comme séquelles. L’alcoolémie est positive (dosée chez le patient !) ce qui déclenche une injonction thérapeutique (pour le patient) ; de toute façon il a besoin de soins pour quelques mois d’autant que le choc a décompensé une psychose imposant un suivi et un traitement psychiatrique dont le coût familial et humain est difficile à chiffrer à ce jour.

Ces trois patients ont certains points communs : ils sont « basanés », d’origine maghrébine. Les policiers en cause lors des interventions les ont menacés s’ils portaient plainte et ont eux-mêmes porté plainte pour outrage contre représentants de l’ordre public dans l’exercice de leurs fonctions.

Comme médecin, je me dois de vous informer de tels comportements qui menacent la sécurité des citoyens. Dans ces situations, les policiers n’avaient pas face à eux des personnes dangereuses ; ils ont nettement abusé de leur supériorité en nombre et surtout de leur pouvoir ; ils ont utilisé sans raison la violence risquant d’entraîner chez leurs « victimes » des comportements de frustration ou de vengeance, voire plus grave chez le dernier, mettant finalement en cause leur rôle sécurisant.

L’impunité totale des violences policières et la pénalisation de leurs victimes risquent de conforter nos concitoyens dans l’idée que la police n’est plus le garant de la tranquillité, mais un des vecteurs de la violence collective. Les dégâts secondaires à ces comportements concernent des familles, des jeunes et de nombreux professionnels du monde social, associatif, éducatif, etc… qui disent comprendre, voire accepter que police et justice ne soient plus les référents de la sécurité de tous.

Ces témoignages m’ont été confiés spontanément comme médecin, leur réalité est certaine, encore plus au regard des séquelles entraînées ; les conséquences individuelles sont très lourdes mais ce qu’ils révèlent concerne tout l’équilibre de notre société dont nous partageons tous la responsabilité.

Veuillez croire, Monsieur le Préfet, en mes salutations distinguées,

Dr Bernard SENET
84740 Velleron

- Copie à Mme le Procureur de la République
- Copie à Mr le Directeur de la Police



Photo Flickr-cc : un citoyen à terre par Roger Joly



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4 commentaires:

sauveur a dit…

«Les policiers ne sont pas là pour régler leurs comptes sur le terrain» dixit… les policiers !

Il ne faut pas oublier que ce sont des hommes dont les nerfs peuvent lâcher. Si les nerfs lâchent, ce n'est pas pour autant qu'on ne doit pas être sanctionné pour son comportement, dans tous les autres métiers on appelle ça «faute professionnelle».

Quand on choisit un métier, on en accepte toutes les conséquences !

Arrêtons de pleurer sur les policiers qui subissent de plus en plus de violence, c'est sans doute vrai dans beaucoup de cas, mais on ne peut pas dire par exemple qu'une "manif" d'une cinquantaine de personnes soit ingérable sans matraques !

Anonyme a dit…

Nul doute qu’il va falloir soutenir ce citoyen médecin courageux qui risque lui aussi d’être inculpé pour outrage et pourquoi pas accusé par ses pairs de non-respect du secret médical.

Jean a dit…

Je suis lycéen et je tiens à confirmer que ces événements ne sont pas isolés et que ces violences se multiplient de façon alarmante.

Plusieurs lycéens, étudiants, enseignants et parents ont été violentés récemment lors de venue de Monsieur Darcos en Picardie alors que nous défilions de façon totalement pacifique contre la politique d'éducation du gouvernement.

Ce genre d'attaques et de répliques musclées sont de réelles atteintes à notre liberté et à la démocratie…

Il nous faut réagir… et vite !

paul a dit…

En tant que médecin, je puis assurer que ce confrère n’a pas trahi le secret de ses patients dans la mesure où il rapporte des faits anonymes.

C’est même un devoir de dénoncer ces agressions pour tenter d’empêcher qu’elles ne se reproduisent.

Quant à sanctionner de telles dérives des comportements policiers, la suite nous montrera probablement que ce n’est pas à l’ordre du jour...