17 avril 2019

Notre-Dame de Paris : les vraies raisons du drame…

Incendie
La construction de Notre-Dame de Paris a commencé en 1163 pour se terminer au milieu du XIVe siècle. Durant plus de 800 ans, malgré la Révolution française et les deux guerres mondiales, ce chef d’œuvre de l’architecture a tenu bon et la charpente en bois de chêne n’a jamais brûlée.

Mais Notre-Dame n’aura pas survécu à l’amateurisme de la classe politique contemporaine, totalement incapable de préserver ce trésor de la nation, monument le plus visité d’Europe et classé au patrimoine mondial de l’Unesco…


Comble de l’absurdité, si Notre-Dame de Paris n’avait pas été en restauration, le drame du 15 avril n’aurait sans doute pas eu lieu. En effet, à en juger par la liste des monuments historiques déjà ravagés par des incendies durant des travaux de remise en état, cet événement est loin d’être un cas isolé :  
  • la cathédrale de Chartres. Elle est entièrement détruite par le feu le 4 juin 1836 à la suite d’une négligence de deux ouvriers plombiers. 
  • la cathédrale de Nantes. Des travaux de restauration sont presque achevés lorsque, le , se déclenche dans les combles un gigantesque incendie. 
  • l’hôtel de ville de La Rochelle. Une fumée épaisse se détache de la toiture le 28 juin  2013. Le feu se situe au second étage, au-dessus de la grande salle. Il se propage à l'ensemble des toitures de la partie historique du monument.
  • l’hôtel particulier Lambert de l’île Saint-Louis, à Paris. Un important incendie se déclare dans la nuit du 9 au 10 juillet 2013, faisant de nombreux dégâts notamment dans les derniers étages et le toit qui s'effondre. 
  • la cathédrale d’Auxerre. Un sinistre se déclare le 11 mars 2016 alors qu'un chantier d'urgence est en cours pour remplacer des tuiles et des linteaux vétustes par des bacs de tôle.
Le scénario est presque toujours le même : un fer à souder le plomb ou le zinc oublié sur la toiture ou un court-circuit électrique sur une installation de chantier ont suffi à déclencher la catastrophe.

Court-circuit monétaire

Malgré tous ces drames, les mesures de sécurité semblent avoir peu évolué. Les spécialistes du patrimoine se plaignent depuis longtemps des lacunes d’une réglementation qui reste muette sur ce genre de péril dans l’indifférente totale des pouvoirs publics qui n’ont jamais voulu daigné la modifier. Il faudrait notamment des détecteurs électroniques de chaleur obligatoires dans tous les monuments sensibles mais cela coûte cher !  
Pour l’entretien de tous les monuments qui lui appartiennent en propre (200 immeubles dont 86 cathédrales), l’Etat n’a prévu que 18,8 millions € de crédits de paiement pour 2019, soit moins de 100 000 € par bâtiment. Pour les chantiers de restauration, ce n’est guère plus brillant : 71,8 millions € pour les 14 100 édifices ou objets classés monuments historiques, qu’ils soient propriété publique ou privée. 
La mairie de Paris a bien annoncé le 16 avril qu’elle débloquait 50 millions € pour Notre-Dame mais certaines églises parisiennes, faute de crédits, se trouvent aujourd’hui en grand péril : celle de La Madeleine par exemple, comme en témoignent les photos d’installations électriques vétustes diffusées sur le site de « La Tribune de l’art ».
Sur l’île de la Cité également, d’autres monuments ne paraissent pas mieux lotis. C'est le cas de l’historique palais de justice, dont une bonne partie désertée depuis le départ du tribunal de grande instance pour le quartier des Batignolles, se retrouve ouverte aux quatre vents avec des empilements de meubles inflammables dans les couloirs et des circuits électriques en piteux état.   
Pour Notre-Dame de Paris, l’Etat joue les pingres depuis de nombreuses années. Le programme d’urgence lancé ces derniers mois en a fourni une preuve supplémentaire. Sur les 210 millions € de travaux prévus, le ministère de la Culture ne s’était engagé à n’en verser que 40 d’ici 2029 (4 millions € par an alors que la simple pose du seul échafaudage avait été estimé à 2 millions €). 
Des sommes dérisoires comparées aux cadeaux faits aux ultra-riches par le gouvernement d’Emmanuel Macron : suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (près de 5 milliards € de recettes fiscales en moins), la mise en place d’une taxe allégée sur les revenus financiers (près de 4 milliards €), la suppression de l'exit taxe qui était destinée à dissuader les Français d'installer leur foyer fiscal à l'étranger (800 millions €) pour ne citer que ces trois mesures. 
Et maintenant, grâce à la niche fiscale « mécénat d’entreprise » les grandes fortunes françaises se bousculent pour venir  en aide à la reconstruction de Notre-Dame, promettant de verser des sommes considérables avec la bénédiction du président de la République. François Pinault donne 100 millions €, Arnaud Lagardère donne 200 millions € ! 
L’argent coule à flot aussi pour d’autres projets. Ainsi le ministère de la culture prévoit toujours de dépenser 600 millions € d’ici aux JO de 2024 pour transformer le Grand Palais de Paris en un centre commercial et en salles d’exposition, alors que la majeure partie de ce monument a été récemment restauré ! 

Il y a moins de précipitation de la part du gouvernement ou des grands mécènes quand il s'agit de venir en aide aux SDF dont 566 sont morts dans les rues en 2018 ou aux paysans dont le mal-être n’est pas pris en compte avec un suicide d'agriculteur tous les 2 jours en France. 


Finalement, si la cathédrale Notre-Dame a pris feu, c’est parce que ceux qui devaient la protéger ont été incapables de le faire. L'Etat et la mairie de Paris n’ont pas pris toutes les mesures utiles pour éviter une telle catastrophe, notamment pendant le temps de la restauration. Combien y avait-il par exemple de personnes affectées en permanence, jour et nuit, dans l’édifice à la surveillance incendie ? Disposaient-ils de caméras thermiques ? Mystère…


Photo Creative Commons  


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