15 septembre 2008

La République ne doit pas plier devant Benoît XVI

Après son discours de Latran sur les instituteurs incapables de «transmettre les valeurs de bien et de mal à nos enfants», après son discours exaltant de Riad : «Dieu qui n’asservit pas l’homme mais qui le libère», Nicolas Sarkozy continue de développer une inquiétante conception de la laïcité.

En recevant aujourd’hui le pape Benoît XVI en tant que chef d'Etat, le président de la République, chanoine de Latran, bafoue les principes de la loi de 1905 de séparation de l’église et de l’Etat. Le Vatican, État non membre de l'ONU où il a simplement le statut d'observateur, ne répond pas de plus aux critères démocratiques traditionnels : pas d’élections, pas de parlement, pas de pluripartisme.

Et en écornant ainsi le plus élémentaire devoir de réserve laïque et républicain dans une société plurireligieuse, Nicolas Sarkozy est à nouveau hors de sa mission de chef d’Etat car il ne revient à aucune autorité civile de trancher une question de conscience et de demander indirectement à la religion catholique de fonder la morale du pays…


Le pape a le droit de venir en France. Loin de nous l’idée de nous y opposer parce que nous sommes laïques. Mais cet accueil officiel, sur un mode révérenciel et sur fonds publics, ne va pas de soi.

En tant que chef d’un État, Benoît XVI ne mérite guère l’enthousiasme d’une démocratie laïque et égalitaire.

À la tête d’un petit État théocrate et patriarcal, il use essentiellement de son siège d’observateur permanent à l’ONU pour faire reculer tout programme en faveur de la planification familiale, des droits des femmes, de la lutte contre le sida, ou des minorités sexuelles. Souvent aux côtés des pires dictatures de l’Organisation de la Conférence islamique.

En tant que leader religieux, Benoît XVI est un pape ultraconservateur et liberticide. Sa vision du catholicisme, promue à travers des mouvements comme l’Opus Dei ou la Légion du Christ, est dogmatique, étroite, antiféministe, inégalitaire, hostile à un véritable œcuménisme et à l’esprit moderniste de Vatican II. Il n’y a vraiment pas là matière à révérence. Mais c’est l’affaire des croyants.

En tant que citoyens laïques, notre vigilance est ailleurs. Nous tenons à profiter de cette visite en France pour dire et redire notre refus de la «laïcité positive», un terme utilisé par Benoît XVI puis revendiqué par Nicolas Sarkozy, dans son livre «La République, les religions et l’espérance», et plus encore dans ses discours présidentiels de Latran et Ryad.

Comme l’immense majorité des Français, nous sommes attachés à la laïcité sans adjectif. C'est à dire à une laïcité qui distingue bien la sphère de la puissance publique de la société civile et de la sphère privée. Cette séparation tient sagement à distance le politique du religieux, dans l’intérêt des deux.

Nous refusons l’évolution de cette laïcité vers une religion civile à l’américaine, le subventionnement public des lieux de culte, ainsi que l’assouplissement de la vigilance envers les sectes.

Nous appelons au contraire à une vigilance vis-à-vis de tous les intégrismes. Cette vigilance passe par une revalorisation du lien social sur un mode laïque, un soutien aux associations de quartier luttant pour le vivre ensemble et la défense de l’école publique. Nous le disons sans détour : dans la transmission des principes de la République, le curé, le pasteur, le rabbin ou l’imam ne pourront jamais remplacer l’instituteur.

Nous ne pensons pas, comme le chef de l’État, que le plus grand mal des banlieues soit d’être devenues des «déserts spirituels», mais d’être devenues des ghettos souffrant d’un ascenseur social bloqué, de la flambée des prix immobiliers, du recul des services publics et du manque de mixité sociale.

Nous n’avons pas la prétention de croire, comme lui, que «Dieu est dans la pensée et dans le cœur de chaque homme». Mais nous sommes sûrs d’une chose, pour fondamentale qu’elle soit, la question spirituelle ne nous semble pas relever des missions du chef de l’État, dont le rôle est plutôt de s’occuper de la question sociale.

Si le catholicisme fait incontestablement partie du patrimoine culturel de la France, la France n’est plus la «fille aînée de l’Église» depuis quelques siècles déjà, mais une République séparée des Églises. Son objectif n’est pas de veiller à ce qu’un plus grand nombre de Français croient mais vivent mieux, toujours plus libres et plus égaux, ensemble. Telle devrait être la mission que se fixe un président de la République. Telle est notre espérance.


> Signer l'appel ICI

Premiers signataires :

André Bellon, ancien Président de la Commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale - Gilles BON-MAURY, Président d'HES (Homosexualités et Socialisme) - Olivia CATTAN, Présidente de Paroles de Femmes - Martine Cerf, Présidente d'Egale - Chahla CHAFIQ, Écrivaine - Antoine Détourné, Président du Mouvement des Jeunes Socialistes - Caroline Fourest, journaliste et essayiste - Christophe Girard, maire adjoint, Paris - Bernard Graber, Secrétaire général de l'Union rationaliste - Catherine Kintzler, Philosophe, mezetulle.net - Safia Lebdi, Présidente 'Les Insoumis-es' - Jacques Miquel, responsable du CCMM Roger Ikor - Patrick Pelloux, président de l'Association des Médecins Urgentistes de France - Henri PENA-RUIZ, Philosophe, écrivain, ancien, membre de la Commission Stasi - Marie Perret, Philosophe - Yves Pras, Président d'Europe et laïcité - Jean-Baptiste Prévost, Président de l'UNEF - Louis ROGER, président de l'Union mondiale des Libres Penseurs - Françoise SELIGMANN, Présidente d’honneur de la Ligue des Droits de l’Homme - Bernard Teper, président de l'UFAL - Monique Vézinet, Secrétaire nationale de l'UFAL - Arlette ZILBERG, Laïcité Ecologie Association

Organisations signataires :

ProChoix - Union des FAmilles Laïques (UFAL) - Laïcité Ecologie Association, Paroles de femme - Les Insoumis-es - CCMM Roger Ikor - Fédération française des Centres LGBT - Comité IDAHO (International Day Against Homophobia) - An Nou Allé (association des noirs LGBT de France) - Quazar, cultures et libertés homosexuelles - Planning familial des Bouches du Rhône - TJENBÉ RÈD ! Mouvement civique pour l'action & la réflexion sur les questions noires, métisses & LGBT - Couleurs Gaies, le Centre LGBT de Lorraine Nord 



Photo Creative Commons par Yahoo Images




4 commentaires:

sauveur a dit…

inadmissible !

C'est du délire !

Pour qui se prend ce président de la République ? Il crache sur tous les français et leur diversité philosophique, culturelle, religieuse, politique.

Et où sont les députés de gauche et les socialistes?

N´y a t-il pas un seul député pour lui faire ravaler son hostie?

william a dit…

Déjà EDVIGE, et maintenant ça ?

Il compte faire quoi Nicolas ? Supprimer la laïcité...non, la modifier, nous dira-til.

On enseignera aux enfants comment il faut être, on leur fera un petit lavage de cerveau, et leur ferons croire à une entité omnipotente qui les regarde...

Il veut supprimer la seule liberté que l'on a vraiment, celle de penser par nous-mêmes.

Déjà, je ne peux plus regarder les journaux télévisés suintant de mensonges, mais maintenant quelle honte !

Que veut Sarko ? Que le pays soit de nouveau totalement soumis aux règles et à la "morale" chrétienne ?

georges a dit…

D'après Benoit XVI, "Les valeurs chrétiennes sont fondamentales pour la construction de l’Etat et de la société"

Ainsi toutes les formes d’oppressions exercées sur les salariés en bas de l'échelle sociale, retraités, immigrés, etc. sont-elles de formidables valeurs chrétiennes !

Il en va de même pour cette apologie permanente de l’argent roi, ce culte des idoles de tout poil, cette mise à l’index permanente de certaines catégories de Français...etc

On pourrait en rire...

yolande a dit…

Par les temps qui courent, ce cher Benoît ferait bien de pas trop copiner avec notre Nicolas national car il pourrait très bien lui inventer une nouvelle taxe les quêtes et les dons !