3 mai 2018

Quand la politique agricole commune finance la pollution…

Ferme industrielle
La Politique agricole commune (PAC) est critiquée depuis longtemps en raison de la difficulté à stabiliser son budget, des problèmes de fonctionnement posés par l’élargissement de l’Europe à vingt-huit pays et de l’inégalité des aides qui profitent aux pays producteurs et aux propriétaires d’importantes exploitations agricoles.

Non seulement, les aides sont proportionnelles aux surfaces de l'exploitation mais d’après une enquête de Mark Lee Hunter, journaliste d’investigation, les exploitations qui polluent le plus reçoivent le plus de subventions européennes… 


 
Afin d’arriver à cette conclusion, Mark Lee Hunter a croisé deux jeux de données : la liste des bénéficiaires des aides de la PAC et les montants alloués d’une part et la liste qui répertorie les émissions d’ammoniac par exploitation d’autre part (seule pollution qui soit suivie à l’échelle des exploitations).

L’ammoniac qui provient principalement des activités agricoles est un composé chimique dont l’odeur âcre est caractéristique. Il peut impacter sévèrement la santé humaine et la vie sauvage lorsqu’il est relâché dans l’environnement.

Mais le système de suivi des émissions d’ammoniac est loin d’être sérieux et suffisant. A peine 3% des émissions d’ammoniac liées à l’élevage sont répertoriées dans cette base de données, alors que l’élevage représente 64% des émissions d’ammoniac en France. Par ailleurs, alors qu’il existe 31 000 fermes porcines et/ou avicoles, seules 727 d’entre elles figurent dans la base de données ! Sans compter que les fermes bovines n’y figurent même pas alors qu’elles sont de grosses contributrices... 

Un système qui pousse à l’intensification de l’élevage

En 2015, les 20 premières fermes ont touché plus de 115 000 euros chacune en moyenne de la part de la PAC. Ces montants très importants par rapport aux standards de la PAC fait que ceux qui déclarent le plus de pollutions reçoivent énormément de subventions.

D’après Christophe, gérant d’une exploitation porcine : «  C’est simple, les prix des porcs sont bas, donc on doit en produire beaucoup pour s’y retrouver, et la PAC aide uniquement les agriculteurs sur le critère de la tailles des terres ».

C’est en effet essentiellement sur la base du nombre d’hectares de terres cultivables que sont calculées les subventions qui sont versées aux exploitants. Cela incite donc à agrandir la taille de sa ferme en cultivant davantage d’hectares. Cela pousse aussi à intensifier les productions qui se font sur des petites surfaces comme les cochons et les poulets.

Par exemple, les éleveurs de cochons en Bretagne possèdent deux fois plus de bêtes qu’il y a 10 ans, soit environ 1 500 porcs pour une exploitation moyenne. C’est énorme et seule une vraie politique de réduction du nombre d’animaux pourrait permettre d’agir réellement sur la pollution à l’ammoniac liée à l’élevage.

Concernant le suivi des pollutions environnementales, le minimum n’est même pas respecté. Il faudrait plus de transparence et un suivi digne de ce nom. Les seuils à partir desquels les fermes déclarent les pollutions de leur élevage devraient être abaissés et il serait bien sûr nécessaire de suivre d’autres polluants que l’ammoniac !

La PAC devrait encourager à respecter l’environnement et non pousser les agriculteurs à toujours plus d’intensification. Pour cela, il faudrait plafonner toutes les aides pour favoriser la création de valeur ajoutée et non l’agrandissement systématique des fermes puis fixer un seuil à partir duquel les agriculteurs ne pourraient pas toucher de subventions s’ils possèdent plus d’un certain nombre d’animaux par hectare.

Prévue pour 2021, les négociations pour la prochaine PAC ont déjà démarré. D’ici la fin du premier semestre 2018, la Commission européenne devrait avoir remis ses premières propositions et les budgets de la politique agricole et des régions devraient diminuer, de l'ordre de 5%.

Un projet qui inquiète la France qui a déjà fait savoir qu'elle était opposée à cette baisse des subventions mais Emmanuel Macron ainsi que Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, se gardent bien de proposer une autre proportionnalité des aides. Pour l’instant donc, avec ou sans baisse prochaine des aides, l’argent du contribuable continue à être utilisé pour financer les grosses exploitations et la pollution des terres…


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