3 mars 2007

François Bayrou et le gouvernement du "centre"...

François Bayrou
François Bayrou.
Si certaines des propositions de François Bayrou sont séduisantes, les moyens dont il dispose pour mettre en oeuvre «la troisième voie» semblent très limités, sachant que tous les députés et sénateurs UDF sont élus avec les voix de l’UMP, certains même ne trouvant pas de concurrents UMP en face d’eux dès le premier tour aux élections législatives...

Minoritaire au sein de la droite, il a fait le choix d'être plus visible en restant à l’extérieur plutôt qu’à l’intérieur d’un appareil construit avant tout pour servir un seul chef en la personne de Nicolas Sarkozy... 


Comme tous les dirigeants politiques depuis 1958, François Bayrou a construit sa carrière politique personnelle en évoluant dans les institutions monarchiques de la 5ème République.

Il appartient à une sorte de «France d’en haut», un monde qui ignore plutôt les fins de mois difficiles qui taraudent tant de Français pour lesquels les difficultés financières se présentent dès le début du mois. La fréquentation des allées du pouvoir a ainsi créé un sentiment d’appartenir à une élite et François Bayrou ne doute plus aujourd’hui que son tour est venu, que les institutions gaullistes, qu’ils dénoncent par ailleurs, sont peut-être faites pour lui et que la France peut se gouverner au «centre».

Aujourd’hui, certaines de ses propositions sont intéressantes :

- mise en place d’une 6ème République donnant plus de pouvoir au parlement

- nouvelle loi sur l’élection des députés, à raison de 50% d’élus au scrutin majoritaire dans les circonscriptions et 50% d’élus à la proportionnelle avec une barre à 5% pour pouvoir être représenté à l’assemblée nationale.

- modernisation de l’état avec notamment l’idée d’une réduction du nombre d’échelons administratifs (François Bayrou est pour l’instant le seul homme politique à avoir «osé» parler de la suppression éventuelle des départements et des conseils généraux dont l’utilité est plus que contestable et qui coûtent une véritable fortune aux contribuables)

- interdiction pour tout gouvernement de présenter un budget en déficit

- arrêt de la fuite en avant budgétaire qui consiste à faire financer de nouveaux projets par l’accroissement de la dette
- arrêt de la baisse des impôts sur le revenu faite par Nicolas Sarkozy et jugée irresponsable

- possibilité pour les entreprises de créer deux emplois sans charge

- loi de protection des PME leur garantissant notamment l’accès aux marchés publics

- augmentation de 50% en dix ans du budget de la recherche

- plafonnement progressif des niches fiscales

- taxation des énergies fossiles

- etc…

mais quelques petits rappels historiques permettent aussi de se souvenir de son positionnement politique passé :

De 1993 à 1997, François Bayrou a été ministre de l’Education Nationale et dès son arrivée, il a voulu faire aboutir en urgence un projet de révision de la loi Falloux en présentant, au nom du gouvernement RPR-UDF de l’époque, un texte comprenant cet article : "Les établissements privés sous contrat peuvent bénéficier d’une aide aux investissements. Les collectivités territoriales fixent librement les modalités de leur intervention».

Il voulait ainsi permettre aux collectivités territoriales de subventionner les établissements privés au-delà du seuil des 10 % prévu par la loi Falloux. Une puissante mobilisation citoyenne et la censure du Conseil constitutionnel avaient permis de faire échouer cette tentative.

Le 3 juillet 2002, il approuve la déclaration de politique générale de Jean-Pierre Raffarin, nommé 1er Ministre par Jacques Chirac.

Le 15 octobre, il approuve la loi Fillon sur les salaires, le temps de travail et le développement de l’emploi qui prévoit notamment de nouvelles exonérations de cotisations patronales.

Le 19 novembre, il vote le budget 2003 du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin.

Le 17 décembre, le groupe UDF approuve la loi sur les marchés et le service public de l’énergie.

Le 29 avril 2003, l’UDF vote la loi qui habilite le gouvernement Raffarin à légiférer par ordonnance pour «simplifier» la codification du droit.

Le 2 juillet, il refuse de voter une motion de censure du gouvernement Raffarin qui, par le projet de loi Fillon, s’attaque aux retraites par répartition en baissant notamment le montant des pensions.

Le 4 novembre, il vote le budget de la sécurité sociale pour 2004.

Le 5 avril 2004, il approuve la déclaration de politique générale de Jean-Pierre Raffarin.

Le 7 décembre, il approuve la loi Borloo, dite de «cohésion sociale»

Le 23 mai 2005, il approuve la loi de transposition des directives européennes sur l’ouverture des services postaux à la concurrence.

Le 15 novembre, il approuve l’application de la loi du 3 avril 1955 pour instaurer l’état d’urgence.

Le 6 décembre, il approuve la loi sur «le retour à l’emploi»

Le 30 mai 2006, il approuve encore la loi sur l’eau et les milieux aquatiques.

Depuis la rentrée politique de septembre 2006 et avec l’entrée dans la pré-campagne présidentielle, François Bayrou savait que s’il ne se démarquait pas de Nicolas Sarkozy, il serait complètement laminé par l’appareil UMP. 
Rester coller à Nicolas Sarkozy, c’était disparaître. S’en distinguer, c’était refaire surface d’autant plus facilement pour lui que l’UMP possède à elle seule la majorité absolue des sièges à l’assemblée nationale et que les 30 députés UDF devenaient même ridicules en servant inutilement d’appoint aux 360 députés UMP.

Aujourd'hui, la politique que l’UDF a suivie, notamment depuis 2002, nuit à la crédibilité de la "troisième voie" que François Bayrou entend suivre comme futur président de la République. Les positions de ce qu’il reste de l’UDF sont d’abord celles de la Démocratie Chrétienne qui s’est effondrée en France depuis la fin du MRP

Mais c’est avec une certain courage qu’il joue sans doute son avenir politique dans la qualification ou pas pour le second tour de l’élection présidentielle et qu'il annonce que le profil parfait du 1er Ministre qu’il désignera, s’il est élu président de la République, ressemblera comme un frère à un «Jacques Delors jeune»...



14 commentaires:

Charles a dit…

Les Bobos débarquent chez Bayrou !

Les bobos aiment la mode. Cette année la tendance printemps-été 2007 est à la tendance "Tracteur Béarnais" mais il ne faut pas oublier que la mode, ça ne fait que passer...

Et c’est tant mieux !

Céline a dit…

Bayrou est un trouble-fête à éliminer définitivement et le concept de parti centriste avec lui. S’il ne se qualifie pas pour le 2ème tour, il risque fort de disparaître !

Mais ne vous y trompez pas, sa côte de popularité ne va pas se dégonfler. Une majorité de français va continuer à le soutenir jusqu’à sa victoire.

Aux législatives, tout va continuer de plus belle puisqu’il va emporter avec son nouveau parti un maximum de députés.

Le peuple français va lui donner tous les moyens pour que sa troisième voie puisse réussir.

Ainsi va le monde car après tout où sont les différences entre lui et Ségolène ?

Au moins avec lui, on aura la proportionnelle et les petits partis seront enfin représentés à l’assemblée, ce que ne veulent pas le PS et l’UMP !

Alain a dit…

François BAYROU existe en politique française depuis aussi longtemps que Ségo et Sarko.

Non seulement, c’est un chrétien-démocrate comme son copain Jacques Delors mais c’est un fusil à un coup qui perdra toute audience dès qu’il aura choisi un des deux candidats au deuxième tour…

Roland a dit…

Je suis électeur de gauche et j’ai voté Non au TCE en 2005.

Le Non de gauche a révélé une véritable fracture qui aurait du se traduire politiquement par une scission entre une gauche réformiste et une gauche radicale.

Si celle-ci ne s’est pas faite avant les élections elle se fera après car on ne pourra pas continuer comme cela même avec un peu de " participative participation"...

Comme il vaut mieux choisir parmi un candidat qui a des chances pour le 2ème tour (ils sont quatre : Ségo, Sarko, Bayrou et Le Pen), je choisis Bayrou.

Bayrou arrive "à point nommer" car il faut faire "un grand parti démocratique" et surtout pas cette cuisine traditionnelle avec les éléphants qui nous ont fait perdre déjà beaucoup de temps et qui ne feront pas demain ce qu’ils n’ont pas fait hier…

Yannick a dit…

C'est pas un peu faux-cul comme argument ça ? Et dans le cas où un député UDF serait opposé à un UMP, ne serait-il pas élu avec les voix du PS ?

La social-économie, c'est pas ma tasse de thé, pas plus que la social-démocratie tendance social-libéralisme, mais dans un cas comme dans l'autre, je voterai sans doute pour leur candidat opposé à Sarkosy au 2ème tour. Sachant fort bien que si c'est Bayrou, il aura toutes les voix du PS dans sa poche (la belle affaire !).

@+
Yannick

Pierre a dit…

Bayrou s’effondrera tout seul après le salon de l’agriculture…

Christophe a dit…

Il y a un profond ras le bol de l’alternance PS-UMP qui débouche constamment sur un immobilisme dans tous les domaines.

En tout cas Bayrou incarne ce ras le bol et pour moi qui ai toujours voté à gauche, j’en ai rien à secouer que Bayrou soit le messie ou non.

C’est, en tout cas, le seul à ne pas promettre n’importe quoi et lui au moins, contrairement à beaucoup d’autres politiques, ne va pas à la gamelle.

Hier encore j’hésitai, mais aujourd’hui, il faudrait qu’il fasse une énorme gaffe pour me faire changer d’avis.

Bertrand a dit…

Le phénomène Bayrou indique qu’il y a un très fort besoin de changement et que vous avez mal mesuré le désir de changement de la part des électeurs français.

Le score actuel dans les sondages de François Bayrou reflète avant tout cette attente.

Quant à l’adhésion à son projet de gouvernement, je crois que les gens ne se posent pas cette question.

Ils veulent simplement montrer qu’il faut du changement. Sarko est au pouvoir depuis 5 ans et les éléphants y étaient 5 ans avant !

Si Bayrou dépasse les 20 % dans les prochains sondages, il va y avoir du sport.

Et c’est pas plus mal car il rend ainsi service à la démocratie.

Michel a dit…

La qualification pour le deuxième tour se fera dans un mouchoir de poche pour les quatre candidats principaux.

Que restera-t-il du phénomène Bayrou dans 3 mois ?

Tout est possible mais il était nécessaire de rappeler quelques bonnes vérités sur l’homme qui est monté sur son tracteur que pour les caméras…

Très bon billet ! Albert

Damien a dit…

L’UMP et le PS n’en finissent plus de traîner des casseroles.

Pourquoi ne pas voter pour un autre parti ?

Les gens ne semblent pas vouloir de Sarkozy ni de Royal.

La politique du moins pire, c’est de n’avoir ni l’un ni l’autre et ça vaut peut-être le coup d’essayer.

Et les gens qui le disent démago et populiste puis qui encensent Sarkozy ou Royal, les pauvres, ils me font bien rire…

Denise a dit…

L’UDF fut fondé à l’origine en 1978 sur l’idée de Jean Lecanuet et Jean-Jacques Servan-Schreiber pour aider le président Valéry Giscard d’Estaing à disposer d’un parti le soutenant lors des élections législatives.

C’était une confédération de divers partis du centre et de la droite non gaulliste.

Aujourd’hui, les responsables et autres élus UDF en tout genre sont des gens habitués à collaborer avec la droite (ne serait-ce pour sauvegarder leurs sièges) et les positions critiques de Bayrou vis-à-vis du gouvernement de Dominique de Villepin ne sont pas faites pour les rassurer.

Si François Bayrou n’est pas élu président de la République, il aura du mal à les retenir...

Denis a dit…

L’UDF existe car c’est dans l’intérêt de l’UMP d’avoir pour allié sur sa gauche un parti de centre-droit. Il en est de même pour le PS qui tente de sauver le PCF à sa gauche.

Mais en se séparant de l’UMP, l’UDF se condamne soit à passer dans l’autre camp soit à créer son propre camp.

La 2eme option implique une victoire de Bayrou. S’il ne gagne pas, l’UDF devra à nouveau se "vassaliser" ou mourir.

Anonyme a dit…

Effectivement François Bayrou n'est pas novice en politique mais il reprend dans son livre, Projet d'espoir (p100) l'idée de regrouper les conseils généraux et les conseils régionaux. Nous croyons que c'est une réforme qui rendra la décentralisation plus efficace et plus lisible pour nos concitoyens.
OCRE milite pour une nouvelle décentralisation : un transfert des compétences des conseils généraux vers la Région dans le cadre d'une République unitaire et un Etat-Nation. Ce transfert sera débattu à l'occasion d'un débat national dans chaque région et sanctionné par un référendum. Nous croyons que ce transfert entraînera trois dynamiques :

* LA CLARTE, le citoyen ne sait plus aujourd'hui qui a compétence de quoi car des décisions, le plus souvent unilatérale, de la part de l'Etat modifient régulièrement les attributions de telle ou telle collectivité et leur ressources. Ce transfert entraînera la clarté des compétences grâce à une transparence des décisions, la clarté des ressources grâce à une meilleure visibilité de l'utilisation de l'impôt et la clarté des politiques menées grâce à un comité d'évaluation régionale. Ce comité sera composé par moitié de membres de la cour régionale des comptes et par moitié de citoyens tirés au sort sur les listes électorales pour une durée de deux ans. La CLARTE de la décentralisation permettra l'optimisation des politiques menées dans l'intérêt de tous et de chacun.


* LA FORCE, le contexte économique, politique et social est tourné vers plus de déréglementations et plus de concurrence. Opposé ou pas à cette direction c'est un fait. Dès lors deux attitudes sont possibles : soit s'arc bouter sur des positions figées et défendre des positions partisanes, soit se mobiliser pour apporter des réponses concrètes qui contrebalanceront les effets néfastes du libéralisme. C'est la protection citoyenne et qui mieux que la décentralisation avec cette nouvelle Région, en coordination avec l'Etat pour assurer cette solidarité dont nous avons tant besoin. Nous devrons mettre en place un véritable "Code Social" qui ferait office de cordon sanitaire pour limiter les dégats du libéralisme.


* LA COHERENCE, refonder la décentralisation, c'est aussi et surtout, lutter contre les inégalités qui pourraient voir le jour d'un territoire à l'autre. Pour éviter cela, nous avons besoin de collectivités autonomes institutionnellement grâce à des compétences claires, autonomes politiquement grâce à des assemblées élues au suffrage universel et dégageant des majorités claires tout en reflétant les différentes sensibilités , autonomes fiscalement grâce à des ressources propres et connues de chacun. Ces collectivités autonomes doivent évoluer dans le cadre d'un Etat juste, cohérent et mutuel, recentré sur ses missions régaliennes ( acquisition, diffusion et approfondissement du savoir, accès pour tous à la santé et la solidarité, veiller à l'indépendance de la justice et du respect des libertés de chacun et de tous) et vigilant à maintenir, grâce à la péréquation, la cohésion territoriale. La cohérence permettra une décentralisation claire, adaptée aux réalités de proximité, de géographie et d'unité voulues par nos concitoyens.

www.ocre-nouvelleregion.com

Céline a dit…

Dernier sondage pour le deuxième tour :

Sarko 45%
Bayrou 55%
ou
Ségo 48%
Sarko 52%

Alors si l’on veut battre Sarko, une seule solution : voter Bayrou au premier tour.