11 juin 2009

Elections européennes : victoire en trompe l'oeil de l'UMP et déroute du PS sur fond d’abstention record

Parlement européen
Parlement européen.
Quelque 388 millions d'électeurs étaient appelés aux urnes dans les 27 Etats européens. 

Le taux d'abstention qui continue d’augmenter depuis l'instauration du vote au suffrage universel en 1979, témoigne du désintérêt croissant des citoyens envers une institution qu'ils peinent à comprendre et qu'ils jugent éloignée de leurs préoccupations, même si les prérogatives du parlement se sont légèrement accrues ces dernières années.

Les européens ne croient plus à l'Europe et à son fonctionnement onéreux, privilégiant l’ultra-libéralisme et une commission dont les membres ne sont pas élus démocratiquement, creusant les inégalités entre pauvres de plus en plus pauvres et riches de plus en plus riches…



La Slovaquie, la Slovénie, la République Tchèque, la Roumanie et la Pologne ont enregistré les plus forts taux d'abstention, supérieurs à 70%.

Forte abstention également en Suède, où 65% des électeurs ont boudé les urnes, alors que ce pays va prendre la présidence tournante de l'UE le 1er juillet prochain…
La Hongrie (63,72%), le Portugal (63,52%), les Pays-Bas (63,5%), la Bulgarie (62,5%), l'Autriche (57,6%), la France (59,95%), l'Allemagne (57,8%) et l'Estonie (56,8%) terminent la liste des pays où l'abstention a été supérieure à la moyenne européenne.

En 1979, le taux d'abstention n'était que de 37% !

La fausse victoire de l'UMP

En dépit d’une mise en scène médiatique trompeuse et d'une UMP à 27,87 %, le total des voix de la majorité présidentielle est minoritaire en France. L’UMP est Isolée dans sa forteresse, sans alliés, sans soutiens autres qu’elle-même.

D’ailleurs, le total des voix de gauche est supérieur à celui des voix de droite, montrant que si la gauche se transformait un jour, elle serait à nouveau capable de proposer une alternative au pays.

Au sujet de ce résultat, on lit quelquefois dans la presse des commentaires surprenants. Ainsi, dans une dépêche Reuters : « Avec 28% des suffrages - seulement deux points de moins que Nicolas Sarkozy au premier tour de la présidentielle de 2007 - l'UMP et ses alliés du Nouveau centre réalisent le meilleur score d'un parti de droite au pouvoir depuis 30 ans. »

Ceci est faux. La liste menée par Simone Veil, en 1984 récoltait 43% des voix ! Par ailleurs, la "droite de gouvernement" a toujours été composée de plusieurs partis, notamment l’UDF sauf que pour cette élection, ce qui provient de l’UDF, le MODEM, se situe clairement dans l’opposition.

Objectivement et par rapport au nombre de voix obtenues par les différentes listes, il est probable que jamais aussi peu d’électeurs ont voté pour le parti au pouvoir. Jamais dans aucune élection, la «droite de gouvernement» n’a fait un aussi faible score.

A la dernière élection présidentielle, Nicolas Sarkozy faisait 18 938 000 voix, aux européennes, seulement 4 798 921. Plus de 14 millions de voix se sont volatilisées ! Où est le triomphe de l'omni président ? Où est sa "réserve" de voix pour les élections futures ?

Si l’on prend en compte les pourcentages de chaque liste par rapport aux électeurs inscrits, les chiffres sont encore plus édifiants :

- Abstention : 59,35 %
- UMP : 11,3 %
- Parti socialiste : 6,7 %
- Verts : 6,6 %
- MoDem : 3,4 %
- Front National : 2,6 %
- Front de gauche : 2,5 %
- NPA : 2,0 %
- Libertas : 2,0 %

En comptant les électeurs non-inscrits, cela fait encore moins...

Le succès des Verts et la déroute du PS

La liste des écologistes a connu un gros succès mais c’est un vote refuge (« Home »). L’écart entre le libéral-libertaire Daniel Cohn-Bendit et l’écologiste social de gauche José Bové, est très grand…A propos du référendum sur le TCE par exemple, pendant que Bové disait : «Pour moi, c’est Non ! Ce traité est dangereux et inacceptable" (Le Monde, novembre 2004) Cohn-Bendit répliquait : «Nous avons intérêt à faire campagne ensemble pour créer une dynamique du Oui, y compris avec l’UMP" (Libération mars 2005).

Et ce n’est pas la première fois qu’aux Européennes, il y a une percée d’une liste composite qui ne structure pas la vie politique ensuite. Les Européennes ont servi déjà à des échappatoires pour des votes éphémères. Cela laisse les écologistes entièrement devant leur choix face à la gauche demain et notamment aux alliances en vue des prochaines élections régionales.

Mais si la confrontation de fond pour répondre à l’immense crise du système financier, entre une Europe de droite, libérale et une Europe de gauche, sociale, n’a pas eu lieu, c’est avant tout la faute du PS, de son programme trop timoré et hésitant et à l’immense hypocrisie de Martine Aubry.

En effet, comment le Parti Socialiste Français pouvait-il se désolidariser des choix économiques européens faits depuis 25 ans ? N’a-t-il pas majoritairement soutenu l’Acte Unique, le traité de Maastricht, le traité de Nice, le Traité Constitutionnel Européen puis le traité de Lisbonne ? Tous ces traités ont obtenu une très large majorité des suffrages des élus du PS. 

Et ce sont ces traités qui ont fait avancer la déréglementation dans tous les domaines, qui ont rendu le pouvoir monétaire indépendant des politiques. Ce sont ces traités qui ont tenté de faire de la « concurrence libre et non faussée » un objectif de l’Union Européenne.

Ce sont ces mêmes socialistes qui ont accepté la libéralisation des anciens services publics sous Lionel Jospin. Bref, les socialistes sont largement co-responsables du bilan calamiteux de l’Europe.

Et pour s’en prendre à la fois à Barroso et à Sarkozy, ce qui était la bonne orientation, le PS ne devait pas avoir les pieds pris dans le tapis du PSE et les mains liés sur l’opt out par Gordon Brown et sur Barroso par le SPD.

Il fallait au moins un candidat du PSE pour la présidence de la commission. Le lien étroit avec le PSE que Martine Aubry avait plaisir à souligner pendant la campagne, n’a pas fait gagner de voix au PS mais lui en a fait perdre au contraire 2 000 000 par rapport à 2004.

Le PSE a été un boulet et d’ailleurs partout en Europe les sociaux-démocrates ont perdu faute d’offrir une alternative à la crise.

En essayant de faire croire qu’en votant socialiste, les Français pourraient changer la direction de l'Europe, les arguments du PS étaient largement cousus de fil blanc…En réaction, une forte proportion d'électeurs socialistes a voté pour les listes d’Europe-Ecologie, une petite minorité ayant voté pour le Front de Gauche.

Pour analyser ces résultats et faire des propositions pour l’avenir, Martine Aubry a proposé de tenir rapidement un Conseil national, dès le mardi et non le week-end suivant afin d'essayer de réduire le plus possible le nombre de participants et d'empêcher toute coordination éventuelle des militants critiques à son égard.

Placé sous le signe d'une xième "refondation", ce conseil national a décidé de réunir un comité des sages et de convoquer de nouvelles conventions thématiques dans les six mois qui viennent. Une veille recette utilisée maintes fois par tous les premiers secrétaires pour surmonter les périodes de crise et faire diminuer la pression mais qui risque d'être à nouveau insuffisante pour redonner au PS une crédibilité gouvernementale qu'il a perdu depuis longtemps...



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7 commentaires:

dominique a dit…

Les médias ne retiennent que la première place de l'UMP mais à mon avis, les Régionales de l'an prochain vont nous montrer autre chose, même si le PS risque fort de reculer car ils ont presque toutes les régions (et on a vu à quel point ça leur a été utile...)

voltaire a dit…

Bonne analyse.

La majorité présidentielle n’a pas gagné cette élection, mais elle a quand même gagné, par défaut.
Avec à peine 28%, la majorité présidentielle (et non l’UMP...) fait le plus mauvais score jamais réalisé par une majorité au pouvoir. Dans le passé, cette majorité était représentée par plusieurs listes qui s’en réclamaient. Ici, comme l’auteur le souligne, cette liste était seule. Pire, étant donné le taux d’abstention très élevé qui favorise mécaniquement la droite (en raison du vote des personnes âgées), ce score est encore plus faible par rapport à la population entière.

Néanmoins, sur le plan médiatique, elle peut crier victoire. Car ses deux rivaux principaux, PS et MoDem, sont défaits. Or, tel était bien l’objectif de la majorité : écarter ses rivaux immédiats. C’est la raison pour laquelle elle a tant soutenu la liste écologique, qui ne représentait aucun danger au niveau national, et ne mordait pas sur son électorat.

Reste qu’il est bien difficile d’extrapoler ce résultat pour les élections suivantes : minoritaire, la majorité présidentielle aura bien plus de mal à triompher dans un scrutin à deux tours. Aux régionales, la machine socialiste, bien implantée, devrait être plus efficace et bénéficier de l’apport des Verts au premier tour. Et le MoDem, qui représente une alternative pour les modérés, reviendra à son niveau normal (autour de 12%). Si ces listes s’accordent au second tour, le résultat de la majorité présidentielle risque d’être très décevant.
Quant à 2012, c’est encore loin...

fergus a dit…

Je pense, comme Voltaire, qu’il est difficile, au vu de ces résultats, de se faire une idée de ce que seront les prochains scrutins, et notamment les régionales à 2 tours qui obéissent à une mécanique électorale très différente.

A cet égard, et pour bien montrer à quel point ce vote est peu significatif, il est particulièrement intéressant de noter que le nombre total des votants aux européennes a été en France à peine plus élevé (environ 2 millions d’électeurs) que celui des seuls partisans du NON lors du référendum sur le traité de Lisbonne...

civis1 a dit…

Meilleure analyse sur le sujet publiée sur Agoravox...

victoire en trompe l’oeil de l’UMP = oui.

Le total des voix de gauche est supérieur à celui des voix de droite = oui et c’est la droite qui va exercer le pouvoir.

Le PS accepte les termes du traité de Lisbonne et se fait l’allié de la droite libérale pour une « concurrence libre et non faussée » un objectif de l’Union Européenne ? Sauf que la concurrence étant libre tous les coups son permis (concurrence faussée par les lobbies) et dans les mains de l’ingénierie financière la monnaie ne peut pas jouer le rôle régulateur au niveau de l’économie réelle.

L’enjeu était d’une importance capitale : une Europe de droite, libérale et une Europe de gauche, sociale. Aucun parti n’apparaît vraiment sous cet enjeu là : des erreurs de communication et le mot « gauche » qui a perdu de sa symbolique.

Europe-écologie est une liste composite qui ne structure pas la vie politique = oui. On peut s’attendre au niveau politique à un arbitrage « désordre » face aux tentatives de récupération qui ont déjà commencé. Mais la question d’un développement durable reste la question prioritaire.

Au PS avec ce sondage en live, le réveil est dur ? Croyaient-ils encore faire illusion en laissant notre république laïque et solidaire aux mains de la voyoucratie internationale ?

Ils viennent de payer le choix politique qui était le leur :
1) La collaboration au niveau de l’union européenne à une constitution sans Europe Poltique ni Europe Sociale.

2) Un non dit : Laisser , au niveau national, gouverner la droite pour mieux utiliser le vote militant et l’emporter dans les autres élections. Le choix politique du PS qui était d’entretenir au niveau régional et départemental une classe politique importante ( des caciques qui utilisent la grogne sociale pour s’y approprier le pouvoir) a vécu.

L’image politique du PS risque d’être entamée durablement... et comme pour l’élection présidentielle précédente, les médias alignés ne se priveront pas de choisir , en le faisant mousser, le challenger de gauche sur le critère du meilleur perdant crédible.

Le message est clair : la France n’est plus le pays démocratique qu’elle était. Tout est vérrouillé : au niveau médiatique, politique, syndical et économique. Plus de séparation des pouvoirs les électeurs le savent et ne sont pas allés voté dimanche" dernier.

croa a dit…

Cette « analyse » faussement contestataire est en fait dans le ton... Un peu à l’image de la gauche peut-être ?

Ce n’est pas la peine d’écrire sur Internet, Albert, vu que tu aurais ta place à Libé ou sur Arte. (Quoique il soit nécessaire d’entrer.)

On y parle des partis autorisés, les autres n’existant tout simplement pas.

ferocias a dit…

En 1989, un certain Antoine Waechter dépassait les 10 %. Une nouvelle donne apparaissait, incontournable. Ah?!

En 1994, un certain Bernard Tapie bouleversait le paysage politique. Le MRG devenait une force politique incontournable. Ah?!

En 1999, un certain Nicolas Sarkozy était battu dans son camp par une liste dissidente (incontournable bien sûr). Tout était fini pour lui. Ah?!

Je crois que si les élections européennes reflètent un état de l'opinion, elles ne permettent pas de tirer des enseignements pour l'avenir. La participation est trop faible pour pouvoir pronostiquer les prochaines échéances.

abel a dit…

Il serait peut-être intéressant de savoir qui a financé la campagne d’Europe-Ecologie (déplacements, affichage, tracts…) et d’où sont venus ses militants en si peu de temps !

Quand à ce pauvre Bayrou, il a raté une belle occasion de déstabiliser Cohn-Bendit . Il fallait souligner le fait que ce dernier a toujours défendu cette Europe capitaliste dont les intérêts vont à l’encontre des préoccupations écologiques ! mais comme lui aussi l’a soutenue, ça devenait gênant .

Quant au PS, il a amorcé sa descente en crédibilité et donc en influence . Ne tirons pas sur l’ambulance, mais essayons plutôt d’aider son électorat à sortir de l’ornière .