17 janvier 2018

Le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes enfin abandonné !

Non à l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes
Après quarante ans de tergiversations, l'État a tranché. Edouard Philippe a annoncé ce mercredi, à l'issue du conseil des ministres, l'abandon du projet contesté de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, en Loire-Atlantique.

Ce projet était devenu le symbole d’un monde en crise profonde : accaparement et bétonnage des terres, destruction du bocage, des zones humides et de la biodiversité, le tout orchestré au profit d’une multinationale, Vinci, devenue grand aménageur et assurant la confusion entre intérêts publics et privés…



« Le gouvernement a pris sa décision. Les conditions ne sont pas réunies pour mener à bien le projet. Un tel projet ne peut se faire dans un contexte d'opposition exacerbée entre deux parties presque égales de la population », a annoncé le Premier ministre Edouard Philippe. « Le projet sera donc abandonné. Cette décision est logique au regard de l'impasse dans laquelle se trouve le dossier ».
« L'aérogare sera modernisée et les abords de pistes seront élargis pour permettre à l'aéroport d'accueillir plus de passagers ». Le développement de l'aéroport de Rennes-Saint-Jacques sera également accéléré : « Pour les long-courriers, l'enjeu pour les Rennais et les Nantais, c'est de rallier directement les grands aéroports parisiens. Les liaisons directes seront fluidifiées ».
On ne peut que saluer, pour une fois, la décision du gouvernement d’Emmanuel Macron, prise contre l'avis des Républicains, de l'UDI, du PS et du PC. Projeté dès 1963, hors crise énergétique, hors crise climatique, hors crise alimentaire, hors crise financière, hors développement d’autres moyens de transport internes que l’avion, ce projet d'aéroport était en effet :
  • Inutile : alors que l'aéroport actuel de Nantes Métropole voit son trafic stagner depuis de nombreuses années, la construction d'un nouvel aéroport ne se justifiait pas. Les promoteurs de ce projet espéraient voir le trafic aérien doubler mais comme d'habitude, les hypothèses de trafic ont été surévaluées et ont servi à justifier un projet inutile. La prévision d’un trafic à 9 millions de passagers, seuil de saturation reconnu, ne se réaliserait qu’à l’horizon 2040 et non en 2030 comme l’affirment les partisans de NDDL. Ce projet était d'autant plus inacceptable qu'il y a déjà un aéroport à Nantes, un à Rennes, un à Angers et un à Saint-Nazaire. Quant au référendum, organisé en 2016 par François Hollande, il n’a été qu’une parodie de démocratie dans la mesure où il concernait curieusement qu'un seul département, la Loire atlantique (55,17% de Oui mais seulement 51% de votants), alors que la consultation aurait dû être régionale, voire nationale.
  • Nuisible : ce projet aurait infligé des nuisances graves à plus de 80 000 habitants de la banlieue nord de Nantes. Les diverses structures de raccordement nécessaires (routes, voies ferrées, pont sur la Loire) auraient causé également des nuisances à des milliers d'autres personnes, sans compter les problèmes graves liés aux expropriations nécessaires.
  • Coûteux : alors que les partenariats publics/privés se soldent systématiquement dans tous les pays du monde par une privatisation des bénéfices et une nationalisation des pertes, ce projet avait un coût colossal qui aurait pesé lourdement sur les impôts des habitants du département. Selon Vinci, en 2010, l’aéroport de NDDL devait coûter 561 millions d’euros, dont 43% aux frais de l’Etat et des collectivités locales. Mais l’ardoise, très sous-estimée, ne tenait pas compte des travaux d’aménagement supplémentaires à prévoir, le tram-train et les routes de desserte, faisant monter la facture à 920 millions d’euros.
  • Climaticide : le trafic aérien représente entre 3 et 5% des émissions globales de gaz à effet de serre. Chaque infrastructure supplémentaire crée donc un appel d'air, incitant les usagers à utiliser l'avion plutôt que d'autres modes de transport plus écologiques.
  • Dévastateur pour les espèces animales protégées : le projet menaçait 1600 hectares de terres agricoles bocagères d'une biodiversité exceptionnelle. Le secteur où devait être transféré l'aéroport de Nantes est un bocage humide, avec des haies sur talus,  d'une grande rareté en France. Pendant plus de 50 ans, du fait du projet d'aéroport, il a échappé à l'agriculture intensive, aux remembrements, aux engrais.  Des rivières y ont leurs sources. On y trouve des espèces  rares et menacées mais toutes ne figurent pas dans les inventaires du dossier environnemental de l'aéroport. Ainsi le  Triton de Blasius, d’intérêt national, découvert par Arthur de l'Isle du Dréneuf, près de Nantes en 1858, la musaraigne aquatique, très rare, ou encore  la loutre qui est pourtant protégée au niveau européen. Selon Loïc Marion, un chercheur CNRS en écologie, à Rennes, six espèces rares et protégées par la loi ne  sont pas dans l’étude préalable. Pour les insectes, des naturalistes ont compté 600 espèces, alors que seulement 71 figurent dans les dossiers officiels. Un nombre conséquent de plantes n’y est pas non plus. 
Alors que le dérèglement climatique est désormais incontestable, que le prix des carburants ne cesse d’augmenter, que la destruction des écosystèmes s’accélère, que l’artificialisation des terres agricoles se poursuit, il était déraisonnable d’investir autant d’argent public pour aider une multinationale à saccager notre environnement.
Aujourd'hui, au-delà de Notre-Dame-des-Landes, le combat doit se poursuivre partout en France pour éviter le gaspillage des terres, arrêter toutes les infrastructures stimulant les émissions de gaz à effet de serre et renouer avec une agriculture paysanne respectueuse de l’environnement et créatrice d’emplois…


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