Voilà qui est assez malin mais c’est
d’abord par simple souci budgétaire que le gouvernement a imaginé cette mesure qui
ne mettra pas fin à toutes les injustices du système…
L'ensemble des
prestations «familles» et «maternité», étendues depuis 1978 à l’ensemble de la
population, sans condition d’activité professionnelle, représentent des sommes
considérables, plus de 50 milliards € (2,7 % du PIB), versés par les Caisses
d’Allocations Familiales.
Les prestations
familiales légales, au nombre de 7, attribuées sans aucune condition de
ressources, constituent près de la moitié de l’ensemble des prestations. Parmi celles-ci,
les allocations familiales, destinées à compenser les charges de famille des
personnes physiques françaises ou étrangères, résidant en France, sont
attribuées à partir du deuxième enfant à charge :
-129,21 € pour 2 enfants
- 294,77 € pour 3 enfants
- 460,32 € pour 4 enfants
- 165,55 € par enfant supplémentaire
-129,21 € pour 2 enfants
- 294,77 € pour 3 enfants
- 460,32 € pour 4 enfants
- 165,55 € par enfant supplémentaire
Conséquence du
principe d’attribution sans condition de ressources, les familles modestes perçoivent
exactement les mêmes montants que les familles aisées vivant très
confortablement (cadres supérieurs, professions libérales ou autres privilégiés
faisant partie des 2 millions de millionnaires en euros que compte la France !
Lionel Jospin, ancien
1er Ministre, avait tenté de faire une réforme mais en fixant maladroitement un
plafond de ressources couperet au-delà duquel les familles n’avaient plus droit
aux allocations, ce qui déclencha à cause des effets de seuil, la réprobation
de nombreuses familles.
Plus subtilement,
en son temps, Alain Juppé avait proposé de continuer à les verser à toutes les
familles avec l’obligation de les intégrer ensuite dans la déclaration annuelle
de l’impôt sur le revenu. Ce projet de fiscalisation n'a jamais vu le jour mais
cette idée est reprise aujourd’hui par le député UMP de l’Eure, Bruno Le Maire.
Quant à François
Hollande, il a confirmé lors de sa dernière conférence de presse, que les
familles dont le revenu dépasse les 5 000 euros par mois verront leurs
allocations familiales baisser. Les allocations pourraient être divisées par deux
au-delà de ce plafond puis par quatre à partir de 7 000 euros de revenus
mensuels. 15% des Français devraient être concernés par cette réforme inspirée
par le rapport Fragonard qui a préconisé de réviser les montants des aides aux familles.
Avec cette future
mesure, François Hollande semble vouloir atténuer l’injustice du système actuel
qui, au nom d’une apparente égalité de traitement des familles, bafoue les
notions de solidarité et creuse chaque jour un peu plus les inégalités sociales.
Mais l’objectif principal de ce projet gouvernemental est avant tout financier
et budgétaire. Il s’agit d'économiser 1
milliard d'euros à partir de 2014, n’étant plus possible, selon le Président de
la République, de continuer à " assumer un déficit de 2 milliards d'euros
des prestations familiales ".
Et une vraie réforme
ayant comme objectif principal de réduire les inégalités sociales supposait de corriger
toutes les anomalies du système actuel.
Quid des
allocations familiales dès le premier enfant ?
Les allocations
familiales sont attribuées qu’à partir du deuxième enfant comme si les frais
occasionnés par un premier enfant étaient négligeables. Les jeunes couples
ayant un seul enfant à charge, venant de débuter dans la vie ou les couples en
difficulté financière dont l’un des conjoints est au chômage, en temps partiel
subi subissent ainsi de plein fouet cette injustice sociale !
Cela est d’autant
plus inacceptable qu’on compte aujourd’hui 8,6 millions de personnes pauvres
(14,1 % de la population), au sens des critères retenus par l’union européenne
(60% du revenu médian), qui vivent avec moins de 964 € mensuels. Sans compter
près de 3 millions de salariés payés au SMIC (soit 1 121 € nets mensuels
sur la base de la durée légale de 35 heures hebdomadaires au 1er
janvier 2013).
La France reste ainsi
avec cette vieille idée, non vérifiée sociologiquement
à ce jour, qui consiste à favoriser les naissances en ne donnant pas
d’allocations familiales aux familles dès le premier enfant. C’est le décret-loi
du 29 juillet 1939 qui a supprimé l’allocation au premier enfant au profit
d’une prime à la première naissance.
Mais nous avons
changé d’époque depuis la seconde guerre mondiale et aujourd’hui l’éducation
d’un enfant coûte aussi cher, sinon plus proportionnellement, que celle de deux
enfants et plus !
Autre anomalie curieuse,
si les allocations familiales sont attribuées à partir du deuxième enfant en
métropole, elles sont versées dès le premier enfant dans les DOM, comme s’il y
avait un principe à géométrie variable et deux catégories de Français !
Quid de
l’indexation des allocations sur le coût de la vie ?
Le montant des
allocations est fixé en fonction d’un certain pourcentage de la base mensuelle
de calcul des allocations familiales (BMAF). C'est ainsi que l'allocation pour
2 enfants est égale à 32% de la BMAF, pour 3 enfants à 73%, pour 4 enfants à
114%, et ce pour l’ensemble des différentes prestations familiales.
Cette BMAF est
revalorisée au 1er avril de chaque année mais sans tenir compte du
taux d’inflation réel. Ainsi, son montant de 399 € au 1er avril 2012
est passé à 403,79 € au 1er avril 2013, soit une augmentation de
1,01 % seulement alors que le taux d'inflation était de 2 % pour l’année 2012 !
Sous le
gouvernement de François Fillon, la mécanique était la même : le montant
de la BMAF était de 395,04 € au 1er
janvier 2011, elle est passé à 399 € au 1er avril 2012, soit une
augmentation de 1 % alors que le taux d'inflation était de 2,1% pour l’année
2011 !
Cette indexation
incomplète du montant des allocations sur le coût de la vie (c’est aussi le cas
pour les salaires depuis le tournant de la rigueur en 1983…) conduit à en fait
une baisse continue du pouvoir d’achat des familles et ce, dans l’indifférence
générale des pouvoirs publics.
Il en est de même
généralement des autres prestations de Sécurité sociale (pensions de retraite,
d’invalidité, rentes accidents de travail, indemnités journalières, etc.). Et comble
de l’hypocrisie, la plupart des médias «bien-pensants» nous présentent chaque
année ces revalorisations inférieures au coût de la vie comme de bonnes
nouvelles pour les allocataires, les assurés sociaux ou les pensionnés !
De plus, comme il n’y a pas de petites économies, dit le proverbe, le législateur a eu
la bonne idée de grignoter encore quelques euros sur le dos des allocataires
grâce à une retenue de 0,50 % opéré au titre de la contribution au recouvrement
de la dette sociale (CRDS). Les montants nets réellement perçus par les allocataires
sont en réalité :
- 128,57 € pour 2 enfants
- 293,30 € pour 3 enfants
- 458,02 € pour 4 enfants
- 164,73 € par enfant supplémentaire.
- 128,57 € pour 2 enfants
- 293,30 € pour 3 enfants
- 458,02 € pour 4 enfants
- 164,73 € par enfant supplémentaire.
Quelle vraie
réforme faire ? La solution la plus équitable consisterait à reprendre
l’idée d’allocations différenciées en fonction des revenus mais selon un nouveau
barème dégressif et régulier au fur à mesure que les revenus de la famille
augmentent. Cette solution aurait l’avantage de
concilier le maintien des allocations à toutes les familles, le montant pour la tranche de revenus la plus élevée étant bloqué à
son niveau actuel jusqu’à l’existence d’un barème cohérent et complet.
Différents montants d’allocations pouvant être alors fixés, sur une échelle de 1 à 5 par exemple (100%, 80%, 60%, 40%, 20%), en fonction d'une échelle de revenus correspondants à déterminer (par exemple 0 à 2 smic nets, 2 à 4 smic, 4 à 6 smic, 6 à 8 smic, au-delà de 8 smic), en les attribuant dès le premier enfant et en indexant correctement chaque année la BMAF sur le taux réel d’inflation.
Différents montants d’allocations pouvant être alors fixés, sur une échelle de 1 à 5 par exemple (100%, 80%, 60%, 40%, 20%), en fonction d'une échelle de revenus correspondants à déterminer (par exemple 0 à 2 smic nets, 2 à 4 smic, 4 à 6 smic, 6 à 8 smic, au-delà de 8 smic), en les attribuant dès le premier enfant et en indexant correctement chaque année la BMAF sur le taux réel d’inflation.
Ce combat devrait
être mené prioritairement par les associations familiales avec beaucoup plus de
force car jusqu’à présent elles se contentent trop souvent d’une timide et
rituelle dénonciation annuelle du décret de revalorisation de la BMAF.
Quant au
Président de la République, soucieux de faire des économies budgétaires et de trouver
des ressources financières nouvelles, l'on pourrait lui rappeler qu'il existe d’autres moyens pour réduire les déficits publics comme la lutte contre la fraude fiscale ou la réduction
drastique des niches fiscales qui coûtent au pays respectivement de 60 à 80 milliards d'euros annuels pour l'une et 70 milliards d'euros pour l'autre...
Photo Creative Commons : Caisse d'Allocations Familiales (http://www.flickr.com/photos/20546789@N00/2892958508/)
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