27 août 2014

Arnaud Montebourg, otage et alibi de François Hollande, finalement remplacé mais libéré

Plus de deux années auront donc été nécessaires à Arnaud Montebourg, initialement ministre du Redressement productif puis de l'Économie, du Redressement productif et du Numérique de l'éphémère premier gouvernement de Manuel Valls, pour ne plus supporter les choix économiques de François Hollande.

Arnaud Montebourg répétait souvent à propos du Parti Socialiste : « Il n’y a pas eu de changement, pas d'idées nouvelles ! Tenez, c'est bien simple, c'est comme s'il ne s'était rien passé depuis le 21 avril 2002, rien, nada » mais avant d’accepter un poste de ministre en 2012, il aurait été préférable de se souvenir que son Premier secrétaire, de 1997 à 2008, était un certain François Hollande…


Avocat à l’origine, il aura fallu moins de dix ans à Arnaud Montebourg pour se saisir de quelques affaires médiatisées : Carrefour du développement en 1992, les époux Villemin en 1995, l'appartement d'Alain Juppé ensuite. Député de 1997 à 2012, il s’est fait remarqué par son rapport sur les tribunaux de commerce, son enquête parlementaire avec Vincent Peillon sur le blanchiment de l'argent et, bien sûr, son grand projet avorté de faire traduire Jacques Chirac devant la Haute Cour de justice. 

Elu de Saône-et-Loire, il a su se constituer un fief avec un parrain en la personne de Pierre Joxe, dont il a repris, chaque année, fin août, le traditionnel rendez-vous de rentrée politique, à Frangy-en-Bresse. C’est son discours juste mais provocateur à cette dernière fête le 24 août dernier qui a précipité la chute du fondateur de la Convention de la VIe République (C6R).

Un pied dedans, un pied dehors et le regard tourné vers 2017… 

Se livrant à un cinglant réquisitoire contre la politique décidée par la commission de Bruxelles et appliquée par le gouvernement de François Hollande, Arnaud Montebourg a simplement dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Les chiffres catastrophiques du chômage et du déficit du commerce extérieur montrent bien que la politique menée depuis près de deux ans et demi ne donne pas les résultats escomptés (le nombre de chômeurs inscrits en France métropolitaine a augmenté en juillet de 26 100 en catégorie A, soit +0,8% sur un mois et +4,3% sur un an).

Après avoir tenté de relancer la politique industrielle, de réorienter la politique économique ou encore de protéger les intérêts français en lançant le Made in France, Arnaud Montebourg a finalement échoué.

En acceptant d’être ministre, Arnaud Montebourg n’a pas vu ou n’a pas voulu voir qu'en tant qu’héritier du social-libéralisme cher à Jacques Delors, François Hollande avait commis le péché originel dès le début de son quinquennat en ratifiant le traité « Merkozy » livrant de facto la souveraineté budgétaire de la France à la commission de Bruxelles.

François Hollande, se refusant à changer les règles du jeu européen pour s’attaquer aux vraies causes de l’effondrement industriel français (l’euro trop cher et le libre échange déloyal), a préféré faire semblant d'agir avec un pacte de responsabilité qui baisse légèrement le coût du travail alors que tous les grands pays du monde, à l'exception de ceux de la zone euro, ont dévalué massivement leur monnaie pour relancer leur économie.

Pour sauver l'euro qui tue la France et tous les pays du Sud de l’Europe à petit feu, François Hollande a préféré faire l’autruche. Au mépris des réalités, (la croissance repart partout sauf en zone euro) et contre l'avis des plus grands économistes du monde entier, le Président de la République s’obstine à mener une politique aussi injuste qu'inefficace, refusant un bras de fer pourtant indispensable avec la chancelière allemande.

Les critiques d'Arnaud Montebourg sont  donc pertinentes mais ce dernier n’est pas allé au bout de sa logique en proposant ce qui semble la seule voie possible pour redresser le pays : retrouver la maîtrise de la monnaie tout en mettant en place parallèlement une politique efficace d’assainissement des finances publiques afin de relancer les exportations.

Sans soutien du peuple français et faute de changer de politique en se libérant définitivement de la contrainte de l'euro, François Hollande n’aura pas d'autre choix que de dissoudre l’Assemblée nationale, démissionner en cours de mandat, ne pas se représenter en 2017 ou se résigner à n’être pas qualifié pour le second tour de la prochaine élection présidentielle...



Photo Creative Commons : Arnaud Montebourg par Yahoo Images



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22 août 2014

Front de Gauche et Euro : il est grand temps pour Jean-Luc Mélenchon de revoir sa copie...

Jean Luc Mélenchon s’est mis au vert depuis quelque temps. La crise du Front de Gauche y est pour beaucoup mais si le PCF est largement responsable de celle-ci, la responsabilité de JLM est également engagé car ce dernier aurait pu s’apercevoir de la stratégie ambiguë du PCF, et ce depuis le début du FdG.

D’une manière générale, lors des dernières élections municipales, le choix opportuniste, ville par ville, fait par le PCF était loin d’être anodin : un choix «à la carte» en fonction de la configuration électorale et destiné à sauvegarder le plus grand nombre de ses élus. Et à Paris, capitale de la France, faire liste commune avec le PS, dès le premier tour, a été particulièrement marquant et contre-productif : drôle de rassemblement en effet que celui qui divise son propre camp et aboutit à ce que des organisations membres du FdG soient sur des listes séparées et donc concurrentes. 

Que JLM s’en étonne, quoi de plus normal, mais ce choix du PCF pour les élections municipales a été à peu près le même que celui fait hier pour les élections régionales et cantonales et pour lequel JLM s'est montré très discret, occupé qu'il était par l'élection présidentielle...

Sur le plan européen également, JLM se montre naïf quand il prétend qu’il suffirait que la France tape fort du poing sur la table au conseil des chefs d’état et de gouvernement pour changer l’Europe. JLM n’a pas, semble-t-il, tirer toutes les leçons de son vote en faveur du Oui au traité de Maastricht en 1992, traité qui a marqué la fondation de l'Union européenne et lancé la création de l'euro qui est en train de tuer aujourd'hui tous les pays du sud de l’Europe au profit principalement de l'Allemagne.

L’Union européenne et l’euro n’ont pas été conçus pour protéger les peuples contres les influences dévastatrices de la mondialisation. L’UE est en réalité à l’avant garde d’un mouvement qui a défait les Etats au profit des grandes firmes multinationales et des grandes banques d’affaires. Elle n’est que l’héritière du projet américain conçu pendant la guerre froide et mis en œuvre par l’homme d’affaires Jean Monnet* et le catholique ultra conservateur Robert Schuman*.

Espérons que concernant le rassemblement de la gauche de gauche et la nécessité pour la France de sortir de l’euro, JLM reviendra dans quelque temps avec les idées plus claires…





Lettre ouverte à J.L. Mélenchon


Cher Jean-Luc Mélenchon,

Vous avez indiqué dans un interview au site hexagones.fr , qui a été largement repris dans la presse, votre volonté de prendre du champ après les cinq années frénétiques que vous avez passées à la tête du Front de Gauche et où vous avez donné ce que vous pensiez être le meilleur de vous même pour ce parti. C’est bien compréhensible. Vous avez été particulièrement exposé durant cette période, et l’on ne vous a pas ménagé les critiques injustes, voire scandaleuses, allant jusqu’à vous chercher des querelles d’allemands sur votre prétendu antisémitisme. Que vous ayez été blessé par ces attaques, ces insinuations, cette volonté constante de vous nuire, est bien normal et tout à fait naturel. Mais, telle est – hélas – la vie politique en France. A bout d’arguments, on n’hésite pas à inventer des polémiques odieuses. J’en ai fait l’expérience aussi, que ce soit de la part d’un certain Pierre Moscovici, qui se prétendait Ministre des Finances, mais aussi de celle – et c’est plus regrettable – d’Alexis Corbières du Front de Gauche.

Vous dénoncez le double jeu que joua le PCF, que ce soit en freinant l’expression politique du Front de Gauche lors des élections présidentielles ou en passant des compromis sans principes avec les « solfériniens », pour reprendre le joli terme dont vous avez affublé le parti dit « socialiste ». Ce double jeu a rendu la position du Front de Gauche largement illisible, et partant inaudible. Il ne fut pas pour rien dans le mauvais résultat enregistré lors des dernières élections européennes. Tout ceci est juste. Pourtant, tout ceci était aussi parfaitement prévisible. On connaît les pratiques de la direction du PCF, qui à bien des égards est un parti « zombi », un mort-vivant qui ne tire ses subsides et son importance que des quelques sièges et positions électorales qu’il peut maintenir justement grâce à des alliances avec les « solfériniens » Je sais qu’existent des militants, et même des responsables locaux et régionaux du PCF qui ne partagent en rien l’attitude de leur direction, d’un Pierre Laurent ou d’un Ian Brossat. Les courriers nombreux que j’ai reçus depuis dix-huit mois me le confirment. Mais, la direction du PCF s’est autonomisée de sa propre base, imitant de fait ce qui se passe au Parti dit « socialiste ».

Il faut donc affronter aussi des réalités plus déplaisantes : pourquoi en France le Front national explose-t-il au niveau électoral alors que le Front de Gauche stagne ? Vous n’esquivez pas ce problème, cher Jean-Luc Mélenchon, et c’est tout à votre honneur. Mais l’argument sur le « talent » de Marine le Pen est un peu court et il ne peut convaincre. La véritable réponse se trouve dans la difficulté, pour des raisons électoralistes pour certains (le PCF) et pour des raisons idéologiques chez d’autres, à assumer le caractère radical de la souveraineté. Il y a de cela plusieurs années, j’avais répondu à un journaliste du monde en paraphrasant Lénine : la haine de la Nation est l’internationalisme des imbéciles. En un sens, tout est dit. L’obsession de « revivre les années trente » pousse un certain nombre d’esprits mal avisés à refuser de dire publiquement des choses qu’ils pensent pourtant, de peur d’être assimilés au Front national, un parti qu’ils assimilent – très à tort d’ailleurs – au NSDAP. Ceci les conduit, par étapes successives à rejeter l’idée de Nation au prétexte qu’elle pourrait donner naissance au nationalisme.

Votre responsabilité à vous, Jean-Luc Mélenchon, dirigeant emblématique et charismatique du Front de Gauche, est à cet égard lourdement engagée. Plus le Front de Gauche tardera en la matière, plus il minaudera sur des questions qui impliquent pourtant des solutions claires et précises, comme sur celle d’une sortie de l’Euro, et plus il accumulera du retard face au Front National. La crise de société que nous connaissons a aussi la dimension d’une crise de l’alternative. Incapable de s’opposer, si ce n’est en discours, à la politique du pouvoir, rusant quand il faudrait une rupture franche, le Front de Gauche devient pour le coup parfaitement inaudible. Ceci, et c’est en un sens une dimension du drame français, laisse le champ libre à la politique réactionnaire de Hollande et de ces gouvernements, mais aussi au développement du Front National comme seule alternative. Les militants du Front de Gauche, quelle que soit leur origine, qu’ils viennent du PCF, du Parti de Gauche ou d’autres composantes du Front de Gauche doivent se faire entendre. Car, ce qui est entre leur main dépasse de loin la question de l’avenir électoral d’un parti.

La remise en cause de la souveraineté et de la démocratie porte atteinte au plus profond de la nature de la société française. Certes, il peut y avoir des Etats souverains qui ne sont pas démocratiques ; mais on n’a jamais vus d’Etat démocratique qui ne soit pas souverain. Ce sont donc les fruits amers, mais sommes tout logiques, du processus de mondialisation et de construction de l’Union européenne. Prétendre que l’Union européenne, et l’Euro, auraient été conçus, peu ou prou, pour protéger les peuples contres les influences de la mondialisation est un mensonge éhonté. L’UE a été en réalité à l’avant garde du mouvement qui défait les Etats au profit des grandes firmes multinationales. Elle n’est que l’héritière du projet américain conçu dans la guerre froide. Elle se construit sur ce que Stathis Kouvelakis va, en se référant à un ouvrage relativement récent de Perry Anderson, pour décrire comme « ...une mise à distance de toute forme de contrôle démocratique et de responsabilité devant les peuples est un principe constitutif du réseau complexe d’agences technocratiques et autres collèges d’experts qui forme la colonne vertébrale des institutions de l’UE. Ce qu’on a appelé par euphémisme le « déficit de démocratie » est en fait un déni de démocratie ». On peut en dire autant de l’Euro, qui bien sur n’est pas responsable de tous nos maux, mais qui concentre en lui-même toute la charge négative de la financiarisation et de la dépossession de la souveraineté populaire.

Il faut donc le répéter, il ne peut y avoir de sortie de cette crise que nous vivons que par un retour à la souveraineté et à la démocratie. Mais l’urgence de ce retour s’impose de manière désormais tragique. L’approfondissement de cette crise nous conduit sur les chemins de l’anomie ou de l’éclatement dans des replis communautaristes. Dès lors, il nous faut penser ce que pourrait être, et tactiquement et stratégiquement, le bloc historique qui sera capable de penser et de porter la nécessaire réappropriation de la souveraineté et de la démocratie. Si, prenant du champ par rapport aux contraintes de la direction du Front de Gauche, vous pouviez nous revenir dés la rentrée avec un projet cohérent sur ce point, alors cela prouverait que vous avez su tirer les leçons des errements de ces deux dernières années.

Et, en attendant, permettez-moi de vous souhaiter bon repos avant les échéances qui s’annoncent.




Photo Creative Commons : Jean-Luc Mélenchon par Yahoo Images


* Qui étaient en réalité les pères fondateurs de l’Europe ?


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