17 novembre 2011

Est-il vraiment sain de confier l’Europe à des anciens banquiers de Goldman Sachs ?

Mario Monti
Mario Monti.
Recruter des banquiers comme pompiers de l’Europe, telle semble être la politique des dirigeants européens, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel en tête.

Mario Draghi nouveau président de la Banque centrale européenne (BCE), Loukas Papadimos nouveau 1er ministre grec et Mario Monti nouveau 1er ministre italien, trois financiers promus dont deux anciens responsables de la sulfureuse banque Goldman Sachs qui a aidé la Grèce à dissimuler des milliards d'euros d'emprunts d'Etat...


Mario Draghi, Loukas Papadimos, Mario Monti, trois banquiers formés initialement aux Etats-Unis, sans parler de l’économiste portugais Antonio Borges qui a été mis en place à la tête du département Europe du FMI par DSK ou de Paul Achieltner, conseiller du directeur général du Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF) président du géant allemand de l'assurance Allianz et qui a travaillé douze ans pour la banque d'affaires américaine Goldman Sachs...

Aujourd’hui, le rôle de ces braves gens va être sans doute de préserver les intérêts des banques dans l’actuelle crise européenne. Leur programme est tracé d'avance, quoi qu'en pensent les peuples, réduction des dépenses publiques, diminution des prestations sociales, réforme libérale de l'économie.

Mario Draghi a fait ses études chez les Jésuites. Il est licencié en économie et commerce à l'université de Rome "La Sapienza" en 1970 et diplômé du Massachussetts Institute of Technology (MIT). Il a été de 1991 à 2001 directeur général du Ministère du Trésor, chargé des privatisations. A ce titre, il a été membre du conseil d'administration de plusieurs banques et sociétés en phase de privatisation (Eni, IRI, Banca Nazionale del Lavoro-BNL et IMI). De 2002 à 2005 il est le vice-président pour l'Europe de Goldman Sachs, la quatrième banque d'affaires mondiale. Il est devenu gouverneur de la Banque d’Italie en 2006.

Loukas Papadimos est diplômé lui aussi du Massachussetts Institute of Technology. Il a été professeur à l’Université américaine de Columbia avant de devenir conseiller économique de la Banque de réserve fédérale de Boston. De 1994 à 2002, il a été gouverneur de la Banque de Grèce, poste qu’il occupait lorsque la Grèce s’est « qualifiée » pour l’euro, grâce à des comptes falsifiés par Goldman Sachs. Puis, il a été vice-président de la BCE. Il vient d’être nommé, sur pression de l’Union européenne et du G20, premier ministre de Grèce avec le soutien des deux partis dominants dont le parti socialiste grec (PASOK).

Mario Monti est diplôme de l’Université de Yale. Il a étudié le comportement des banques en régime de monopole. Puis il a été durant dix ans commissaire européen, de 1994 à 2004, d’abord « au marché intérieur et aux droits de douane » (ou plutôt à leur suppression…) puis à la concurrence. Membre de la Trilatérale et du groupe de Bilderberg - selon Wikipédia - il a été nommé conseiller international de Goldman Sachs en 2005. Il vient d’être nommé sénateur à vie et l’Union Européenne avec le G20 viennent de l’imposer comme président du conseil italien.

Un gouvernement Goldman Sachs aux commandes de l’Europe 

La banque Goldman Sachs est surnommée aux Etats-Unis « government Sachs » tant elle est influente sur le gouvernement américain. Le secrétaire au Trésor de Clinton, Robert Rubin, qui procéda à la dérégulation financière, venait de Goldman Sachs. Tout comme le secrétaire au Trésor de Bush, Hank Paulson, qui transféra aux Etats les dettes pourries des banques, lors de la crise financière.

L’actuel président de Goldman Sachs, Llyod Blankfein, aime à dire qu’il « fait le travail de dieu ». En fait, Goldman Sachs est au cœur de la prédation financière en étant impliquée dans de nombreux scandales financiers : celui des « subprimes », celui de la tromperie de ses clients (à qui elle recommandait d’acheter des produits financiers sur lesquels elle spéculait à la baisse), celui du maquillage des comptes grecs.

La nomination de ces trois hommes clarifie d’une certaine façon les choses. Avec la BCE notamment, ils défendent non pas l’intérêt des citoyens et contribuables européens, mais l’intérêt des banques. Une étude britannique citée récemment par le journal Les Echos a le mérite de quantifier nettement le processus en cours. Cette étude indique que grâce aux « plans de sauvetage » de la Grèce et au mécanisme européen de stabilité financière mis en place par la BCE, le FMI et l’UE, l’exposition de chaque foyer de la zone euro va passer de 535 € aujourd’hui à 1.450 € demain !

Le «sauvetage» de la Grèce et de l’Italie, est donc en fait une gigantesque opération de socialisation des pertes du système bancaire. Il s’agit de transférer l’essentiel de la dette grecque - mais aussi espagnole et irlandaise - des mains des banquiers vers celles des contribuables. Il sera ensuite possible de faire assumer les frais de l’inévitable restructuration de ces dettes par les budgets publics européens.

Comme le disent les Indignés espagnols, « ce n’est pas une crise, c’est une escroquerie ! ». Le Parlement européen a voté le « paquet gouvernance » qui réforme le pacte de stabilité en renforçant les contraintes sur les budgets nationaux et les sanctions contre les pays en infraction. Le Conseil européen a parachevé le travail par la suite. Enfin, avec l’accord européen du 26 octobre dernier, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, ont voulu faire croire à l’opinion publique européenne qu’on était sur la bonne voie.

Mais pour se donner enfin les moyens de résoudre durablement la crise, nous avons besoin d’un changement radical de tous les traités, d’une modification des statuts de la BCE, d’une « règle d’or » pour un minimum de niveau social, fiscal et environnemental en Europe.
 
Or, rien n’indique que nous allons dans ce sens. Une mesure pourtant simple et efficace n’a même pas été prise par les chefs d’Etat européens : que la BCE prête aux Etats à 1,25 % comme elle le fait aux banques privées qui, elles, prêtent ensuite à 18 % à la Grèce. Cette mesure ne cesse d’être refusée par l'Allemagne et par la BCE, qui se retranchent derrière le traité de Lisbonne qui l'interdit… 

Autre mesure renvoyée une nouvelle fois aux calendes grecques : une simple taxe sur les transactions financières, qui la plupart du temps sont purement spéculatives et n’apportent rien à l’économie réelle, suffirait à redresser les finances publiques de tous les états européens...

C’est pourquoi aujourd’hui, une avancée réelle pour obtenir une modification des traités allant dans le bon sens, ne peut advenir que si un gouvernement français futur montrait une vraie fermeté dans sa politique de récupération de souveraineté, en particulier monétaire, cette vraie fermeté consistant à être prêt si nécessaire à sortir de l'Union européenne…



Cet article publié sur AgoraVox a été repris par Yahoo France Actualités et vous pourrez prochainement le lire sur : http://fr.news.yahoo.com/agoravox.fr--toutes-les-sections/archive/



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10 commentaires:

Anonyme a dit…

i) vous répétez l'erreur de marc roche: le conseil des ministres des finances européens qui entérine l'entrée de la grèce dans la zone euro date de mi-2000 et les transactions de GS se font fin 2000 et mi 2001 ( facile à vérifier!)
ii) l'impact de ces transaction est de faire passer la dette grecque de 105,3% du PIB à 103,7%. je vous rappelle qu'à l'époque les critères maastricht sont un maximum de 60%
iii) enfin ces transactions ont été jugées légales par l'organisme européen chargé des statistiques: Eurostat.

sur le government sachs, et oui que voulez vous, les Etats unis n'ont pas l'inspection des finances, alors ils font avec les moyens du bord!

enfin, la traduction de ce que dit blankfein " i am doing God's work" n'est pas je fais le métier de Dieu, mais" je fais le travail de Dieu".

Albert a dit…

Merci de ces précisions mais concrètement, selon les presses allemande et américaine, en 2001, Goldman Sachs aurait aidé Athènes à masquer 1 milliard d'euros de dette en recourant à des swaps de devises.

La banque a permis au pays de lever de la dette en devises, ensuite convertie en euros à un taux de change avantageux, lui permettant d'obtenir plus de fonds qu'elle n'en inscrivait dans ses comptes.

La banque américaine était déjà accusée d'avoir fait fructifier le juteux marché des subprimes entre 2004 et 2006 avant de s'en retirer massivement puis de parier sur sa chute en 2007, gagnant au passage plusieurs milliards de dollars.

Quant à la légalité, chacun prend toujours des libertés avec cette notion, à commencer par la France qui a fait ratifier par le parlement le TCE, rejeté par les Français en mai 2005.

Enfin, pour la traduction "i am doing God's work", correction faite dans l'article.

Aldous a dit…

La réponse à la question est évidemment non.

Mais ils l’ont fait quand même.

Idiots ou vendus ?

Jean Valjean a dit…

A présent plus la peine de faire mumuse à voter pour les pantins du bipartisme, fini la plaisanterie, c’est Goldman Sachs qui nomme directement les premiers ministres !
On peut tout à fait dire qu’il s’agit de la fin de la démocratie ou de l’illusion démocratique Européenne, à présent ils assument au grand jour la dictature totale des banques.

A ce rythme là il y a de quoi s’inquiéter pour ce qui nous restait de libertés, seront nous privés de notre petit théâtre électoral en 2012 ?

Qui sera le technocrate parachuté par la secte Goldman Sachs pour remplacer le Pantin Sarko ?

Vont-ils verrouiller le net (hostile aux sectes bancaires) comme en chine ?

Seul point positif : Les masques sont définitivement tombés et l’illusion démocratique aussi.
L’ennemi est à présent clairement identifié et la lutte va pouvoir commencer.

Richard Schneider a dit…

L’auteur a l’immense mérite de mettre les points sur les "i".
Dire qu’il y a encore des gens de bonne foi qui ne voient pas la vaste manipulation des grands groupes et des grandes banques qui mène les peuples aux enfers ! que l’Europe telle qu’elle est est une véritable escroquerie financière !
Les Grecs, les Espagnols, les Italiens etc ... et bientôt les Français sont emprisonnés dans une nasse, de laquelle ils auront beaucoup de mal à se dépêtrer.
Demain, les Espagnols vont donner une largue majorité aux conservateurs qui ont déjà promis d’amplifier les coupes dans tous les budgets. Les électeurs ibériques croient que plus il feront de sacrifices plus vite ils retrouveront un niveau de vie acceptable ! Le matraquage médiatique a fait son œuvre de destruction massive dans les têtes. Comme le laisse entendre l’auteur de l’article, les pauvres électeurs-manipulés ne se posent même pas la question à qui profitent ces sacrifices.
Le jour où nous, électeurs-citoyens, verrons un parti politique être assez puissant pour redonner à la POLITIQUE toute sa dimension face aux marchés et aux banques, je crois que les poules auront des dents ...

sylvie a dit…

Je suis stupéfaite d’entendre l'immmense silence à cet événement !

bigglop a dit…

Bonsoir Albert,

Si tout se déroule "comme prévu", nous allons voter en 2012 pour des prunes.

Je vous copie des adresses mails dans les liens et beaucoup de courage dans ce qui sera :

PEUT-ETRE LE DERNIER COMBAT

Après nous être fait avoir, à l’insu de notre plein gré, par le vote en Congrès du Parlement qui a adopté, en 2008, le traité de Lisbonne et grâce au vote d’abstention du Parti Socialiste :

Votants : 893 Suffrages exprimés : 740 Majorité : 444 (740 x 3/5)

Pour : 559 Contre : 181 Abstention : 153 Non-votants : 14

Abstention du PS : 142

Encore mieux !!!

Pour ne pas recourir à un référendum européen sur la transformation du FESF et du MES et sa Banque en institutions à durée illimitée, lisez l’extrait Wiki, très édifiant, qui suit :

Afin de résoudre le problème du fondement juridique, le gouvernement allemand indiqua qu’un amendement au traité serait nécessaire. Cependant, après la ratification difficile du traité de Lisbonne, certains États et hommes d’État se sont opposés à une modification du traité, notamment le gouvernement britannique qui s’opposait à des changements affectant le Royaume-Uni[1],[2]. C’est finalement avec le soutien du président français que l’Allemagne obtint l’aval du Conseil européen d’octobre 2010[3].

La proposition allemande demandait une modification minimale visant à renforcer les sanctions et à créer un mécanisme permanent de sauvetage. Cette modification minimale ne répondant toutefois pas à l’exigence allemande de sanctionner les manquements des États par la suspension du droit de vote. En effet, une telle exigence nécessiterait une modification plus importante du traité.

Le 16 décembre 2010, le Conseil européen trouva un accord pour un amendement de deux lignes au traité, ce qui permet d’éviter la tenue de référendums. En effet, le Président du Conseil européen Herman Van Rompuy a prévu d’examiner les changements à travers la procédure de révision simplifiée (article 48 TFUE)[4]. La modification change simplement le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne pour permettre l’instauration d’un mécanisme permanent[5].

Le 11 mars 2011, lors du sommet européen de la zone euro, les représentants des États ont trouvé un accord pour signer traité séparé[6] visant à doter ce mécanisme d’une capacité d’intervention de 500 milliards d’euro[7

Notre dernier combat sera celui de mettre en échec la mise en place du MES et de sa Banque

Nos députés et sénateurs vont devoir, avant la 31 décembre 2011, voter les modifications législatives de mise en place du MES notamment.

Il faut agir par des pétitions, des mails auprès des députés, sénateurs, partis, médias que ce soit individuellement ou collectivement et manifester

Voici des liens utiles :

MES et mails des députés

http://www.courtfool.info/fr_MES_le_nouveau_dictateur_Europeen.htm

Mails députés européens

http://www.cdca.asso.fr/cdcaeurope/cdcaeurope-mail_deputes_europeens.htm

http://www.finance-watch.org/?lang=fr

Pour triompher, le Mal n’a besoin que de l’inaction des gens de bien (H. BURKE)

parkway a dit…

je pense que les députés italiens sont des vendus : 280 ont voté pour Monti !

Ne me dîtes pas qu’ils ne connaissaient pas Goldman Sachs !!!

Jason a dit…

@ l’auteur,

Je suis dans l’ensemble d’accord avec vous. Mais je vais quand même me faire l’avocat du diable.

Vous dites : "Aujourd’hui, leur rôle va être sans doute de préserver les intérêts des banques dans l’actuelle crise européenne. Leur programme est tracé d’avance, quoi qu’en pensent les peuples, réduction des dépenses publiques, diminution des prestations sociales, réforme libérale de l’économie."

Mais si ces très-bien-intentionnés messieurs voulaient favoriser leurs anciens employeurs, ils continueraient à pousser aux dépenses et aux emprunts. En limitant les dépenses publiques, il y aura moins de revenus pour l'Etat et la dette sera plus difficile à rembourser. Et peut-être que si la purge est trop forte, le patient risque de crever (défaut de paiement par manque de revenus).

Je ne saisis pas leur stratégie. A moins qu’ils ne soient à la manoeuvre que pour sauver les meubles, càd. tirer tout ce qu’ils peuvent obtenir dès maintenant. Et peut-être pour accepter des taux nouveaux élevés basés sur des courants d’air (voir plus bas).

L’argent des dettes a été dépensé (parfois très mal, c’est vrai) par les Etats. Il semble logique qu’il soit remboursé, même si on n’aime pas ça. Difficile d’échapper à la facture ! A moins de ne plus jamais emprunter. Très peu probable.

Par contre, ce qui me gêne vraiment, c’est la façon dont sont établis les taux des nouveaux emprunts.
Les Etats empruntent, par exemple, à 3,5% aujourd’hui (ou plus en Grèce). Mais les obligations ne seront remboursables que dans 10, 20, ou 30 ans. Et le monde de la finance décide aujourd’hui d’un risque qui ne se produira que dans ces périodes lointaines ?

C’est de l’escroquerie pure et simple. Car, soit ils parient sur le fait que ces Etats n’existeront plus (risque 100%), soit que ces Etats auront des difficultés à rembourser. Mais qu’en savent-ils ? C’est de la boule de cristal pur. !

Enfin en ce qui concerne ces messieurs les transfuges, les Etats utilisaient souvent des faussaires expérimentés pour détecter les monnaies contrefaites. Rien de tel qu’un gangster pour connaître la pègre. Toutes proportions gardées, bien sûr (sic).

lambda a dit…

La rapidité d’exécution des non élus de Bruxelles à installer les hommes de Goldmna Sachs à la tête des états interpelle

J’ai tendance à penser que l’expiration du bail de la FED qui était de 99ans, signé le 23 décembre 1913 et qui arrive à terme le 22/12/2012 en est la raison

A partir de cette date, quelles sont les conditons d’un renouvellement sachant que la création de la FED a été l’oeuvre d’un complot ?

A partir de cette, il serait impossible à la FED (n’existant plus) de battre monnaie
Il est donc vital pour des mastodondes comme Goldman Sachs de Gouverner l’Europe
http://www.morpheus.fr/spip.php?article175

http://www.llsdc.org/attachments/files/105/FRA-LH-PL63-43.pdf

Ce point concernant le bail de la FED est très peu connu et peut être une raison importante à la dictature financière imposée aux populations