10 novembre 2011

Impôts et prélèvements : les idées fausses de Nicolas Sarkozy

fausses nouvelles
Avec l’annonce d’un nouveau durcissement de la politique de rigueur de son gouvernement, Nicolas Sarkozy n’en finit pas de tenir des propos marqués par des erreurs et des idées fausses qui continuent à structurer des choix politiques particulièrement injustes en matière fiscale.

Pour le Président de la République, il faut davantage d'impôts proportionnels ou de taxes que d'impôts progressifs, au risque de faire peser la charge fiscale principalement sur les classes moyennes et modestes…


Le pays a besoin de justice sociale et fiscale mais le gouvernement préfère durcir encore la réforme des retraites, augmenter la TVA en touchant au taux réduit, baisser les allocations familiales et les allocations logement puisqu'elles seront moins réévaluées que le taux d'inflation, etc. Quant à l’annonce du gel de la rémunération des ministres et du président de la république qui s’est augmenté de 172% en début de mandat, elle est l’arbre qui cache la forêt de l’iniquité.

Il en est de même de l'argument d'un Etat trop dispendieux sans cesse avancé pour justifier cette politique de rigueur. Car ce ne sont pas les dépenses publiques, et leur supposée croissance non maîtrisée, qui sont responsables du déséquilibre des déficits publics mais bel et bien la volonté de limiter le rôle de l'impôt progressif sur le revenu qui représente désormais plus que 18 % des recettes budgétaires de l’Etat contre 82% pour les impôts indirects !

Et dans ces maigres 18%, le taux est très faiblement progressif jusqu’au niveau des « classes moyennes » puis devient franchement régressif au sein des 5% les plus riches (soit 2,5 millions de personnes sur 50,4 millions), et surtout à l’intérieur des 1% les plus riches (soit 0,5 million de personnes).

Les Français travailleraient pour l’État du 1er janvier au 1er juillet = Faux

En déclarant que les Français travaillaient pour l’État du 1er janvier au 1er juillet, Nicolas Sarkozy reprend une idée véhiculée par des courants d'inspiration poujadistes qui suggèrent que les dépenses publiques, financées notamment par les prélèvements publics, disparaissent dans un trou noir et sont par nature économiquement inefficaces. Ce faisant, il commet une double erreur :

- Tous les prélèvements publics (impôts et cotisations sociales) ne vont pas à l’État. Ces prélèvements représentent près de 42% du produit intérieur brut, parmi lesquels 15% vont à l’État, 6% aux collectivités locales et 21% à la Sécurité sociale.

- Ces prélèvements sont réinjectés dans l'économie sous forme de : pensions de retraites, remboursements de dépenses de santé, indemnisations chômage (ces différentes formes de la redistribution sociale représentent 30% du revenu des ménages), services publics gratuits (écoles), dépenses d’investissement (réseaux de transport), subventions et aides...

Les fonctionnaires ne vivraient pas la crise = Faux

Selon Nicolas Sarkozy, les fonctionnaires ne subissent pas la crise. Or, les fonctionnaires ne vivent pas dans une bulle. Dans l'exercice de leurs fonctions ils sont au contact direct de la crise notamment lorsque les suppressions d’emplois dégradent leurs conditions de travail.

Au sein de la Direction générale des finances publiques par exemple, la très forte augmentation de l'accueil s'explique largement par la crise : les contribuables viennent demander en nombre des étalements de paiement, des remises gracieuses et la tension s’accroît du fait des difficultés sociales et de la forte affluence alors que les emplois manquent dans les services.

Enfin, dans leur famille, leurs amis, les fonctionnaires subissent les effets de la crise (les conjoints, enfants et amis ne sont pas tous fonctionnaires...).

La France serait le pays européen qui a les impôts les plus élevés = Faux

Toutes les données statistiques officielles le démontrent, la France n'est pas le pays européen qui a les « prélèvements obligatoires » les plus élevés. Selon Eurostat, en 2009 (dernière année disponible), le taux de «prélèvements obligatoires» par rapport au PIB s'élevait en France à 41,6%, derrière la Suède (46,9%), le Danemark (48,1%), la Belgique (43,5%), l’Italie (43,1%), la Finlande (43,1%) et l'Autriche (42,7%).

De fait la France n'est pas «première». Mais encore faudrait-il comparer les contreparties : les prélèvements financent les services publics, la protection sociale, les aides publiques... Là où les prélèvements «publics» sont élevés, les contreparties sont importantes. Là où ils sont faibles, les contreparties sont faibles et il faut alors subir des prélèvements privés (assurances, fonds de pension) pour bénéficier de la même couverture que dans les pays à «prélèvements publics élevés».

Seuls les impôts progressifs mettent en théorie davantage à contribution les plus aisés. Pour la France, il s'agit de l'impôt sur le revenu et de l'impôt de solidarité sur la fortune. Or, en France, l'impôt sur le revenu est le plus faible d'Europe. Même si l'on prend le total de l'impôt sur le revenu et de la contribution sociale généralisée, le niveau de l'imposition des revenus français représente 7,3% du PIB en France contre 26,5% au Danemark, 13,5% en Suède, 10,4% au Royaume-Uni ou encore 9,3% en Allemagne (données : 2009).

En outre, le taux le plus élevé du barème de l'impôt sur le revenu est également plus élevé dans de nombreux pays : il est de 41% en France contre 45% en Allemagne et 50% en Grande Bretagne par exemple... Enfin, le taux moyen d'imposition des plus riches en matière d'impôt sur le revenu est relativement faible en France (grâce à plus de 500 niches fiscales) : il se situe, selon le Conseil des prélèvements obligatoires, entre 15 et 20% pour le 1% de la population la plus aisée...

Selon la Cour des comptes, les niches fiscales coûtaient 70,7 milliards d’euros en 2009. Mais d’après le dernier rapport réalisé sous le magistère de Philippe Séguin, on apprenait qu’un tour de passe-passe avait été réalisé par le gouvernement pour amoindrir leur importance. Celles-ci ne représenteraient pas 70,7 milliards € ainsi que le mentionnent les documents officiels mais 146 milliards € ! Une somme colossale, puisque largement supérieure au produit de l'impôt sur le revenu payé par les particuliers, qui était de 51,8 milliards € en 2008 !
Avant la crise, Nicolas Sarkozy et son premier Ministre François Fillon estimaient déjà qu'il fallait réduire les impôts progressifs et la place de l'action publique et de la protection sociale au risque d'alimenter la dynamique des inégalités.

Aujourd’hui, leur orientation n'a guère variée. Ce sont toujours les mêmes idées fausses. On préfère continuer à bricoler sur le plan fiscal et occulter ainsi la nécessité d’une grande réforme fiscale prévoyant notamment la taxation de tous les revenus sans distinction d'origine et la suppression de la plupart des déductions, abattements, exonérations, niches fiscales pour mieux lutter contre les déficits abyssaux...


Photo Creative Commons par Yahoo Images



Cet article publié sur AgoraVox a été repris par Yahoo France Actualités et vous pourrez prochainement le lire sur : http://fr.news.yahoo.com/imp%C3%B4ts-pr%C3%A9l%C3%A8vements-id%C3%A9es-erron%C3%A9es-nicolas-sarkozy-090035793.html



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9 commentaires:

Anonyme a dit…

Compte tenu de l'état de la France après 10 ans de droite dont 4 ans de Sarkozy ce président et ses affidés sont ils des hommes d'État?

devphil30 a dit…

Et pour le remboursement des intérêts de la dette , les Français travaillent combien de temps pour engraisser les banquiers par le remboursement des intérêts ?

La banque qui prête de l’argent à la France établie une créance sur l’état Français , il s’agit juste d’une écriture comptable qui rapporte beaucoup à cette banque.

Nous sommes à l’époque de la monnaie scripturale , le prêt par la banque n’est pas garanti par des fonds propres ce qui lui permet de prêter et de s’enrichir sur le dos des Français.

http://www.wikiberal.org/wiki/Monnaie#Monnaie_scripturale

JL1 a dit…

Bonjour Albert Ricchi,

Tous ceux qui s’intéressent à ces choses devraient lire votre article.

De fait, le sarkozysme c’est l’adaptation de la France au joug néolibéral.

Rappelons que "Le néolibéralisme" est au libéralisme ce que le stalisnisme était au marxisme : la mise en musique des principes."

Le libéralisme n’est pas contre l’Etat, il est contre l’Etat social. Autrement dit, le libéralisme est congénitalement de droite, comme l’écologie est congénitalement de gauche : la préservation de la chose commune.

Si la démocratie doit perdurer, le véritable clivage politique de l’avenir sera écologie vs libéralisme. Tout le reste est obscurantisme.

TOUSENSEMBLE retraité FRONT DE GAUCHE EX DP sante social a dit…

CE PRESIDENT FANTOCHE AUX ORDRES DES BANKSTERS... (AGCS ET OMC°)DES

MARCHANDS D ARMES

...DES LOBBYS FINANCIERS OU PHARMACEUTIQUES....EST LUI MEME....UNE ERREUR

Fergus a dit…

Bonjour, Albert.

Merci de remettre les pendules à l’heure. Sarkozy, Fillon et leurs complices n’ont de cesse d’enfumer les Français en leur assénant sans vergogne, mais avec beaucoup de force, des bobards sur l’état du pays. En fait, ce ne sont pas des idées erronées que véhiculent ces manipulateurs dans l’opinion, mais de graves mensonges dont on peut s’étonner qu’ils ne soient pas dénoncés avec virulence par les médias. Mais la majorité de ceux-ci sont aux ordres. Ceci explique aisément cela...

K a dit…

Sarkozy ne se trompe pas, mais il ment. Il a suffisamment d’experts économiques autour de lui pour connaître la réalité qui ne correspond pas à son idéologie. Mais plutot que d’adapter son idéologie, il présente une version tronquée des faits.

René a dit…

Merci Albert pour cet article.

La chute de NS est proche mais attention si en ce moment la plupart des pourris dégagent, ils sont remplacés par du personnel Goldman Sachs...

goc a dit…

Il est clair que ce plan de "rigueur" pose plus d’interrogation qu’il ne résout de problèmes.

D’abord un plan qui met l’accent sur pratiquement que des prélèvements sans jamais parler d’investissement, est un plan condamné a court terme et surtout condamné à être remplacé très vite par un autre plan bien plus rigoureux, pour la simple raison qu’il ne fera que créer de la récession (en abaissant le pouvoir d’achat des consommateurs), alors que le budget table sur une expansion.

Et du coup, on peut se demander pourquoi n’y a t-il aucun plan d’investissement. Serions-nous dans un tel état de délabrement industriel qu’on ne voit aucune solution ?

Ensuite, pourquoi avoir désynchronisé les relèvements des aides sociales avec le cout de la vie ?. et pourquoi les avoir relié au résultat de notre économie ?

Serait-ce que nos gouvernants savent qu’on va rentrer dans une récession inévitable et durable ?

Enfin, et cela rejoint le premier point, il apparait de plus en plus évident que le gouvernement actuel nous ment sur l’état réel de notre pays. Il nous ment d’une part pour des raisons électoralistes, mais surtout par ce qu’il est le premier responsable de cette situation.

Or, et c’est là que ce point est grave, si on regarde ce qui s’est passé en Grèce, on sait maintenant que la crise grecque est issue surtout d’un mensonge honteux que les gouvernants ont pratiqué envers leurs concitoyens.

Alors qu’en est-il de notre pays ?
sommes-nous bien dans une situation, certes difficile, mais gérable, ou bien sommes-nous au bord d’un gouffre identique à celui de la Grèce ?

Et franchement, je crains que ce soit la seconde hypothèse qui soit la bonne !

Anonyme a dit…

Quand vous défendez la progressivité de l'impôt comme la gauche, vous restez en réalité (comme la gauche) dans un schéma assez tendanciel voire assez arriéré où l'impôt est nécessairement positif et où les dépenses et recettes sont globalisées. Si toutes les prestations publiques directes étaient facturées et si tous les transferts étaient comptabilisés comme impôt négatif (impôt intégralement redistribué), vous en déduiriez alors que le système le plus redistributif est un système à forts transferts unifiés en une grande allocation universelle quasi intégralement financée par une grande CSG. En effet un impôt très progressif rapporte beaucoup trop peu d'argent pour financer des transferts importants.