28 août 2013

Syrie : le miroir irako-afghan


Carte de la Syrie
Les grandes manœuvres des armées américaines ne laissent guère de doute sur une prochaine intervention dans la guerre civile en Syrie. 

Pourtant, la sécurité des principaux pays occidentaux, celle de la France en particulier, n'est nullement menacée et la précipitation de François Hollande à vouloir engager nos forces militaires est largement incompréhensible…


La décision d'intervenir en Syrie semble en fait avoir été prise depuis plusieurs mois par les Etats-Unis et les médias occidentaux jouent malheureusement comme en 2003 un rôle d'accompagnement.

Les Américains se donnent aujourd'hui encore moins de mal que Colin Powell et sa fiole d'anthrax à l'ONU en 2003... C'est dire le brouillard qui entoure ces prétendues preuves d'usage d'armes chimiques par le régime de Bachar el-Assad. 

Quant au jeu de rôle entre Américains et Anglais, il a été minutieusement établi. Les Américains mènent les préparatifs militaires les plus importants tandis que le Royaume-Uni occupe le terrain diplomatique en proposant une nouvelle résolution à l’ONU dont on sait par avance qu'elle sera rejetée.

Et que fait la France ? Elle court derrière les États-Unis sans analyser de manière indépendante et raisonnée la situation. Avec les éléments connus à l'heure actuelle, la participation des forces françaises, aux côtés des Etats-Unis, apparaît totalement illégitime.

Pourquoi vouloir porter au pouvoir en Syrie les mêmes forces qui ont été combattues au Mali ? Est-ce un renvoi d'ascenseur à certaines pétromonarchies du Golfe favorables à une intervention en Syrie ? Comment espère-t-on pacifier la Syrie alors que les Américains n'ont même pas réussi à le faire en Irak ou en Afghanistan avec des centaines de milliers d'hommes ?

Et si l’attaque médiatique à l’encontre de la Syrie était directement liée à la compétition mondiale pour l’énergie et au fait que les rebelles, armés depuis des mois par les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne, n’arrivent pas à prendre le dessus sur Bachar el-Assad ? 

Le gaz naturel syrien


Quand Israël a entrepris l’extraction de pétrole et de gaz offshore à partir de 2009, il était déjà clair que le bassin Méditerranéen allait devenir un enjeu très important et que soit la Syrie serait attaquée, soit toute la région pourrait bénéficier de la paix, puisque le 21ème siècle est supposé être celui de l’énergie propre.

Selon le Washington Institute for Near East Policy (WINEP), le think tank de l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee, un lobby pro-israélien américain dont le but est de maintenir intacte l'alliance stratégique qui lie, depuis 1948, l'État hébreu aux Etats-Unis), le bassin méditerranéen renferme les plus grandes réserves de gaz et c’est en Syrie qu’il y aurait les plus importantes…

Ce même institut a aussi émis l’hypothèse que la bataille entre la Turquie et Chypre allait s’intensifier du fait de l’incapacité Turque à assumer la perte du projet Nabucco (le projet de gazoduc Nabucco-ouest devait relier la Turquie à l'Autriche, en passant par la Bulgarie, la Roumanie et la Hongrie).

La révélation du secret du gaz syrien fait prendre conscience de l’énormité de l’enjeu. Qui contrôle la Syrie pourrait contrôler le Proche-Orient. Et à partir de la Syrie, la porte de l’Asie ainsi que celle de la Chine, via la Route de la soie. Ce pays ou cette coalition de pays serait alors en capacité de dominer le monde, car ce siècle est le siècle du gaz.

C’est pour cette raison que les signataires de l’accord de Damas, permettant au gaz iranien de passer à travers l’Irak et d’accéder à la Méditerranée via la Syrie, ouvrant ainsi un nouvel espace géopolitique, avaient déclaré « La Syrie est la clé de la nouvelle ère ».

À un moment où la zone euro menace de s’effondrer, où une crise économique aiguë a conduit les États-Unis à s’endetter à hauteur de 14 940 milliards de dollars, et où leur influence s’amenuise face aux puissances émergentes du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), il devient clair que la clé de la réussite économique et de la domination politique réside principalement dans le contrôle de l’énergie du XXIe siècle : le gaz. 

Et c’est parce qu’elle se trouve au cœur de la plus colossale réserve de gaz naturel de la planète que la Syrie est prise pour cible…



Photo Creative Commons par Yahoo Images


 

1 commentaire:

Jean-Paul a dit…

Le vote du parlement anglais contre l’entrée en guerre du Royaume-Uni en Syrie a, fort heureusement, rappelé à tous les excités des interventions militaires qu’en démocratie, les représentants du peuple doivent donner leur aval aux grandes décisions politiques.

En France, on évoque tout au plus la possibilité d’un débat sans vote sur cette question. Cela n’est pas nouveau. Le Parlement n’avait, par exemple, pas été consulté sur l’entrée en guerre au Kosovo. Dérive d’un système qui s’éloigne de la démocratie ? Certes, mais aussi développement d’un jeu politique qui laisse la décision publique s’élaborer dans le secret, dans les affirmations sans contestation, dans le pouvoir de cénacles plus ou moins obscurs.

**


Dimanche 1er septembre 2013

Obama a finalement décidé de solliciter l’avis du congrès américain quant à une intervention en Syrie.

En France, le ministre de l’intérieur a expliqué que, d’après la Constitution, ce n’est pas nécessaire avant quatre mois. C’est effectivement le texte actuel qui résulte d’une des nombreuses modifications de la Constitution, modifications destinées, paraît-il, à renforcer le rôle du Parlement.

Certains ont suggéré de remplacer le mot « Président » par « Empereur ». Mais ce serait inadapté pour quelqu’un qui doit attendre la volonté des États-Unis.