5 juin 2016

Juin 1936-2016 : 80ème anniversaire des congés payés

Timbre

A l’heure où le gouvernement est en train de remettre en cause le droit du travail acquis par un siècle de luttes sociales, il est bon de se rappeler qu’en juin 1936, avait lieu un évènement historique avec la loi instituant le droit aux vacances. 

Les souvenirs de cette période marquée par l’euphorie des congés payés restent forts. Photos, films, chansons, récits ont évoqué le succès des canotiers, les départs massifs en tandems, les gares bondées, les trains pleins à craquer, les baigneurs maladroits découvrant la mer pour la première fois…



Le 3 mai 1936, le Front populaire remporte les élections législatives. L’espérance suscitée chez les ouvriers est immense dans une France où le chômage et la misère s’étendent. Des mouvements de grève, avec des occupations d’usine, gagnent la France et font des congés payés une revendication de premier ordre.  

Dès le 5 juin, le nouveau président du Conseil, Léon Blum, annonce le dépôt immédiat d’un projet de loi sur le sujet affirmant que « tous les travailleurs sont concernés, que les ouvriers connaîtront dans leur labeur journalier d’une trêve d’au moins deux semaines et qu’ils pourront se consacrer librement au repos et aux satisfactions de la vie familiale et sociale et ce quels que soient leur sexe et leur âge, la nature du travail et la branche d’activité. ». Déposé le 9 juin, le projet est voté le 11 juin 1936 par la Chambre des députés à l’unanimité. Le sénat suivra avec seulement deux voix hostiles. 

Alors que le spectre de la guerre plane en Europe, en juillet-août 1936, 560 000 personnes prennent d’assaut les gares parisiennes grâce au billet populaire de congés annuels à tarif réduit de Léo Lagrange, sous-secrétaire d’Etat aux sports et à l’organisation des loisirs. " Certes, tous ne partent pas. Ceux qui restent vont pique-niquer quotidiennement dans les bois entourant Paris ", souligne Danielle Tartakowsky, professeur d’histoire à l’université Paris-VIII. 

Tous les témoignages insistent sur cette sensation nouvelle car le temps appartient désormais aussi aux ouvriers. Jusqu’à cette date, les usines fermaient quinze jours en août, quand les propriétaires et les contremaîtres partaient sur la Côte normande ou sur la Côte d’Azur. Les deux semaines de salaires perdues imposaient aux familles de se serrer encore plus la ceinture. 

En France, les congés payés avaient fait pourtant leur apparition avec un décret impérial du 9 novembre 1853 concernant les fonctionnaires (deux semaines). Au début du XXème siècle, les salariés du métro parisien, du gaz, de l’électricité, les employés de bureau et du commerce obtiennent une à trois semaines de repos. Les «  grisettes » de la confection et les ouvriers du livre les rejoignent dans les années 1920. Et encore, seul 1% des ouvriers a alors droit à des « vacances rémunérées ». 

L’expérience initiée au sein du journal « L’information » (quotidien politique économique et financier parisien) a été déterminante. Son directeur technique, J.J. Durand, syndiqué de longue date, obtenait de l’administration du journal, dès 1922, l’octroi de vacances payées au personnel. Léon Blum écrivait alors des articles pour « L’Information » et découvrit cette initiative qui l’intéressa vivement. Ce fut sans doute l'un des germes de cette révolution culturelle que fut la création des congés payés. 

En Europe, l’Allemagne impériale a instauré les congés payés dès 1905, suivie en 1910 par l’Autriche-Hongrie et les pays scandinaves. Le relais est pris lors de la décennie suivante par l’Europe de l’Est (Tchécoslovaquie, Pologne, Roumanie) et du Sud (Espagne, Portugal, Grèce et même l’Italie fasciste). 

En 1948, les Nations unies adoptent la Déclaration universelle des droits de l’homme qui reconnaît que « toute personne a droit au repos et aux loisirs et notamment à une limitation raisonnable de la durée du travail et à des congés payés périodiques ». L’augmentation des départs en vacances est due à la hausse du niveau de vie global, aux politiques de construction d’infrastructures de loisirs et d’aide directe aux familles, notamment grâce au rôle prépondérant joué par les comités d’entreprise. La 3ème semaine de congés sera généralisée en France en 1956, la 4ème en 1969 et la 5ème en 1982.

Aujourd’hui, le contraste est saisissant avec cette période de juin 1936 car un retournement historique est en train de s’opérer sous l’impulsion du gouvernement « socialiste » de François Hollande. Avec la loi Travail, dite loi El khomri, on assiste en effet à la volonté d’inverser la hiérarchie des valeurs et des normes qui voulait que la loi impose une protection identique à tous les salariés, les accords signés dans les entreprises ne pouvant qu’améliorer éventuellement la loi. 

Désormais, avec cette la loi , les accords d’entreprise pourront déroger à la loi en dégradant la situation des salariés et en remettant en cause le principe d'égalité. Entre autres joyeusetés concernant les congés, le nombre annuel de jours de repos pourra être revu, certains jours précis dans l'année reportés aux calendes grecques, les dates de départ modifiables moins d'une semaine avant le départ prévu, etc...


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