16 juin 2006

Bon anniversaire 29 mai 2005

Le 29 mai 2005, le NON l’emportait lors du référendum sur le traité européen constitutionnel (TCE) malgré le OUI des deux grands partis politiques et certains relais de l'UMP et du PS dans les "médias bien-pensants".

Pour ce premier anniversaire, une électrice s’insurge contre les interprétations du "Non", donnés par les partisans du Oui, qui seraient simplement un Non de peur sociale, un Non en faveur d'un repli souverainiste, un Non à l'Europe ou un Non des "petits" face au "Oui" des dirigeants d'entreprise, cadres, etc...


(témoignage de Cécile Lamotte d’Incamps, extraits…)



Je suis française et européenne : partie à 18 ans pour un pays de l'Union où j'ai travaillé une vingtaine d'années dans le domaine international. Je parle 4 langues, dont la nôtre.

Je veux l'Europe mais pas comme ça. Je veux qu'elle ait un sens, un objectif, une identité clairement définie qui fasse envie et que les pays membres sachent pourquoi et à quoi ils adhèrent. Qu'ils en soient fiers ! Qu'elle soit une lumière d'espoir, une troisième voie, comme la France l'a été dans le passé.

Ce n'est pas parce qu'on écrit une constitution et qu'on l'envoie à des millions de foyers qu'on est démocrate. Encore faut-il qu'elle soit compréhensible, suffisamment courte pour donner à tout le monde le temps de la lire, y compris et à commencer par les ouvriers et petits employés, comme on dit si mal. Eux dont les difficultés, le rythme de vie leur font tester à tout moment les limites des incantations, promesses et lois émises en haut lieu.

Ce n'est pas parce qu'on écrit une constitution qu'elle garantit la démocratie. Encore faut-il qu'elle respecte la séparation des pouvoirs et prévoie le contrôle de ces derniers. Or, l'irresponsabilité devant le peuple de ceux qui font les lois européennes ne va pas dans ce sens.

La constitution annonce le plein emploi, nous ont seriné les chantres du "Oui". Qui peut croire de pareilles promesses ? Où est-il question de plein emploi dans le traité ? Tout au plus, les pays vont essayer de développer l'emploi et les outils prévus seront les rapports qui paraissent par définition avec des retards conséquents et dont on sait bien qu'ils atterrissent dans les tiroirs et auront utilisé l'argent du contribuable.

Combien de temps encore la classe dirigeante nous jettera-t-elle de la poudre aux yeux et s'illusionnera-t-elle au point d'être surpris d'un refus de continuer avec cette méthode ?

Faut-il qu'elle se soit coupée du peuple qui l'a élue - qui lui a donné délégation d'agir - et qu'elle ait inversé les rôles en se comportant comme les patrons de ce peuple dit pourtant souverain dans les vraies démocraties ?

Faut-il que la classe dirigeante, elle, ait peur de son propre avenir au point de confisquer son pouvoir au peuple, elle, dont la majorité des membres, incapables de se reconvertir professionnellement, se cramponnent à leur "emploi" sachant qu'ils ne pourraient vivre dans des conditions "normales", sans les nombreux avantages, pré-bandes et la reconnaissance sociale "dus à leur rang". Sans parler de l'endogamie de ce microcosme qui a conduit à la surdité profonde que l'on sait.

Les euro-technocrates qui nous régentent croient sans doute que leurs dernières actions, fonctions ou déclarations effacent par magie les précédentes de nos mémoires.

Tel Monsieur Prodi, qui, pour porter les critères de Maastricht au pinacle et tirer ensuite dessus à boulets rouges en termes peu choisis, n'a vraiment aucun respect pour l'institution qui lui procure son revenu mensuel.

Monsieur Raffarin, alors Premier ministre de la France, justifiait son diktat du "oui" par le fait qu'il ne fallait "pas rater la chance d'avoir une Europe à la française" ? Est-ce là son idée de l'Europe ?

De son côté, la BCE va continuer à faire cavalier seul, déconnectée de tout pouvoir, de tout contrôle, avec un président déjà partisan du Franc fort qui nous a valu quelques déboires et vit doublement aux frais du contribuable européen.

Que dire de Javier Solana ministre des Affaires étrangères de l'Europe avant l'heure ? Où sont ses collègues des Finances, des Transports ?

Pendant cette campagne, trop courte au regard de la complexité du sujet, il n'a pas été question de ce qui se trame dans les coulisses de l'Europe, par exemple l'existence et les avancées de l'AGSC, évoquée une seule fois par une radio nationale il y a longtemps déjà. Selon le journaliste-enquêteur, aucune des personnes interrogées, y compris des ministres en exercice ou passés, n'en connaissaient l'existence ! Or, il s'agit de la privatisation des services publics qui font partie du domaine régalien des états.

"N'ayez pas peur !". Il est tentant de retourner à Jacques Chirac sa mémorable injonction aux jeunes lors de son débat sur TF 1. Au fond, ne s'adressait-il pas davantage à lui-même qu'à son public d'un soir, lui qui a fait sauter tant de ses fusibles qu'il met les deux derniers, notoirement reconnus comme antinomiques, aux manettes au risque de tout faire imploser avant peu, y compris lui-même ? Un tel comportement de « Après moi, le déluge » ressemble à s'y méprendre à la description pointue que fait André Glücksmann du nihiliste à la lumière de la littérature russe (in "Dostoïevski à Manhattan").

En face, devant le verdict des urnes, François Hollande ressort le même discours, déçu, mauvais joueur et accusateur du petit garçon gâté à qui on avait cassé son joujou du 21 avril 2002. Belle injure au libre arbitre des électeurs de gauche ou autre que de rendre Laurent Fabius, certes manœuvrier notoire qui se cherche, responsable à lui tout seul de leur "Non".

Les médias ont admiré à juste titre la chute pacifique du Mur de Berlin, la révolution de velours, la révolution orange. Le "Non" du président de la République française à la guerre en Irak a été jugé audible, recevable, admiré. Inversement, le "Non" du peuple sème réprobation et trouble. "(Liberté), Egalité, (Fraternité)" ?

Le "Non" est catalogué en bloc comme étant de gauche. Cette étiquette simplificatrice est confortable : elle évite de se poser des questions dérangeantes sur le "Non" des électeurs du centre et de droite qu'on renvoie au néant. Malgré qu'on en ait, ces questions et ces électeurs cependant subsistent.

Ce "Non" veut dire : "arrêtons-nous, réfléchissons et repartons de l'avant sur de nouvelles bases dé-mo-cra-tiques et respectueuses des populations". Non, l'Europe n'est pas au bord du gouffre : elle en a vu bien d'autres et va amorcer une remontée. A son rythme. Qui n'est pas celui du zapping.

Quoi qu'il en soit, tant de mépris pour cette révolution française du 29 mai, déterminée et pour une fois pacifique, est saisissant. Or, nous avons tout simplement pris au pied de la lettre les nombreuses exhortations –justifiées- à aller voter, à exprimer mécontentement ou désapprobation par cette chance qui nous est donnée de mettre notre bulletin dans l'urne.

"Ca va craquer, on va droit dans le mur". Qui n'a pas entendu cette phrase depuis un ou deux ans partout dans le pays ? Le craquement a eu lieu. Cependant pas sous la forme attendue. Pire, il est le fruit d'une réflexion nourrie à l'épreuve de la vie quotidienne de la plupart des citoyens. Horreur, il a provoqué par sa calme fermeté plus de "stupeur et tremblements" dans le microcosme, décidément en retard de quelques trains, que si on avait ressorti la guillotine et dressé des barricades. Je suis fière du peuple dont je fais partie et m'en réjouis. Cela ne veut pas non plus dire que ce "Non" ait été une décision facile.

Après avoir tant pleuré sur l'Euro trop fort plombant nos exportations (et mentionné si peu l'allègement de la facture pétrolière), on veut nous faire pleurnicher sur le prétendu affaiblissement de l'Euro, alors qu'il est enfin revenu à un niveau plus normal. Nos politiques et autres commentateurs, nouveaux "pleureurs à nacelle" à l'instar des romantiques du XIXème, ne seraient-ils pas alors les instigateurs de la morosité ambiante dont ils stigmatisent la France ?

Je m'insurge et enrage, foi de citoyenne, descendante de ci-devants et de révolutionnaires patentés, qui a son idéal républicain chevillé au cœur. 







2 commentaires:

Anonyme a dit…

J’ai l’impression que l’Europe a 2 visages pour les Français d’aujourd’hui :

- celui d’un marché libéral, compétitif et menaçant, où les pays ne sont plus si importants que cela

- celui d’un navire amiral qui pourrait nous sauver dans la tempête si nous nous serrions tous les coudes

Bref, un visage à la fois repoussant et attirant.

On vit donc un Non au référendum et pourtant un intérêt pour le projet resté intact.

Autant l’Europe pouvait apporter la paix et la reconstruction à un certain moment, autant elle ne semble apporter aucun intérêt clair pour Monsieur tout le monde, perdu dans la province française.

Comment sortir de cette situation où ce ne n’est pas la somme des intérêts individuels qui amène les Français à vouloir l’Europe?

Car ce n’est pas l’Europe qui va garantir les acquis sociaux français ni leur en trouver de nouveaux. Or n’est-ce pas ce qu’une grande partie des français semble attendre?

Et pourtant ce n’est a priori pas cette voie sur laquelle l’Europe peut et doit s’engager pour se faire une place de continent compétitif et innovateur.

Oui il faut redonner de l’entrain à tous les pros Européens en clarifiant les objectifs du projet européen.

Régis a dit…

Finalement, la vraie question doit être celle-ci : quand on est pour la construction de l’Europe et pour sortir de l’impasse actuelle, que peut-on faire ?

- Ecrire à son député ?

- Faire un blog ?

- Essayer de corriger les erreurs anti-européennes lues sur les blogs des autres ?

- Militer dans un parti politique ?

- N’avoir plus que ses yeux pour pleurer ?

- Rédiger un projet de constitution simple et motivant et l’envoyer à M. Barroso ?

- pff !, je suis à court d’idées