22 septembre 2007

Pesticides : la Martinique victime de la politique de l'autruche...

Le cancérologue Dominique Belpomme prédit un «désastre économique et sanitaire» à la Martinique et préconise une réforme profonde des pratiques agricoles car l'île a été polluée par plus de 100 pesticides depuis de nombreuses années.

Les écologistes antillais en sont convaincus : les ravages de l'ouragan Dean dans les bananeraies offrent une occasion historique de faire le ménage et de rompre avec les méthodes qui, depuis des décennies, utilisent à hautes doses des pesticides toxiques pour l'homme.

Dominique Belpomme avait lancé «l'Appel de Paris», le 7 mai 2004, avec d’autres scientifiques internationaux de renom, médecins, représentants des associations de protection de l’environnement et de malades, sur les dangers sanitaires de la pollution chimique. Après ce colloque «Cancer, Environnement et Société», à l'UNESCO, il a pu constater en Martinique que «l'incidence des cancers de la prostate est parmi les plus élevées du monde, après celle des États-Unis». Il souligne une fréquence élevée de cancers du sein, une augmentation du nombre de cas de malformations congénitales et de pertes de fécondité.

Deux produits sont particulièrement visés : le chlordécone, un insecticide interdit depuis quinze ans, et le paraquat, un herbicide toujours utilisé. Mais «c'est l'arbre qui cache la forêt, pense le scientifique, car les légumes, le lait de vache, les espèces marines, l’eau douce sont contaminés et les sols rendus infertiles.

Mais pour la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, les propos du professeur Belpomme ont besoin encore «d'être confirmés par des études scientifiques de haute qualité»…


Merci à notre ami Martiniquais, Charlec Charlery, d'apporter les précisions personnelles suivantes :


De tout temps, aux Antilles Françaises, et particulièrement en Martinique où je suis né, voici 69 ans, les plantations de bananes, de cannes à sucre, socle de l’économie de notre région ont été aux mains de riches propriétaires terriens, et également, plus récemment, de fonds spéculatifs… Le travail était dur…

Et pourtant, le bonheur était présent, la mer et ses richesses, le soleil, les fruits juteux, l’eau pure qui descendait en abondance, cascadant le long des pentes des volcans, le rire des enfants qui pêchaient les ouassous, grosses crevettes d’eau douce dans les rivières ou les bassins naturels, l’entretien du jardinet familial, le sourire des voisins, l’entraide faisait couler la vie, calme et douce. Chacun avait sa cabane, ses poules, sa vache à longues cornes, son porc même parfois…

Mais innocents, nous ne savions pas… nous ne savions pas que pour plus de productivité, plus de profits, les bananeraies, les plantations de canne à sucre, les terres fertiles, étaient empoisonnés par l’usage abusif de pesticides, et en particulier du chlordécone…

Ce produit, signalé comme dangereux depuis 1972, n’a été interdit sur le sol de la métropole qu’en 1990, … et en 1993 pour les Antilles. Dans les faits, malgré l’interdiction, des stocks ont été utilisés jusqu’en 2002.

C’est en 1998 que la DIREN a donné l’alerte, ses analyses ayant démontré que les cours d’eau étaient très contaminés. Des études complémentaires furent donc lancées en 2005…

Les conclusions sont formelles : Les légumes racines communément consommées par les possesseurs de jardins (dachine, ignane, carotte, patate douces, gingembre…) tous ceux qui touchent le sol (concombre, melon, potiron, certaines variétés basses de bananes, ananas…) contiennent d’importantes quantité de pesticide. On en trouve également dans les poissons d’eau douce, les écrevisses, le lait, les œufs, la viande de poulet et même dans les poissons de mer, les langoustes…

Cette substance potentiellement toxique est susceptible de causer des effets neurologiques, hépatotoxiques chez l’homme, et a été classée comme potentiellement cancérigène. Des effets de perturbation endocrine se traduisant par des troubles de la spermatogenèse ont aussi été rapportés.

Le chlordécone présente toutes les caractéristiques d’un polluant organique persistant : il est bioaccumulable (il a été identifiée dans les denrées végétales et animales) et rémanent (il subsiste encore dans les sols plus de quinze ans après son utilisation), constate le rapport de 2005.

Or, ces atteintes semblent confirmées par les résultats des récents travaux du professeur Dominique Belpomme qui nous parle du taux de cancer de la prostate « en augmentation foudroyante» aux Antilles »...

Des études complémentaires sont actuellement en cours (suivi de 1200 femmes enceintes et de 200 bébés jusqu’à 18 mois ; facteurs du risque du cancer de la prostate)…

Fin 2005, les autorités ont décidé :

- d’interdire l’exploitation des jardins dans les zones les plus contaminées et de sanctionner par de lourdes amendes les contrevenants.

- de traiter, à la source les eaux de consommation (filtre à charbon actif…) ce qui a fait considérablement augmenter son prix pour le consommateur.

- de recourir pour certains produits à l’importation. Le corollaire de cette mesure étant là aussi une augmentation des prix.

Quand on connaît le taux de chômage qui sévit aux Antilles, quand on sait qu’en Martinique, si les 48 627 foyers fiscaux qui payent des impôts sur le revenu, ont un revenu annuel moyen net imposable de 25 581 euros, les 151 036 qui n’en payent pas, ont un revenu annuel moyen net imposable de 4 476 euros, soit 373 euros par mois, on a vite compris que ces coûts supplémentaires sont insupportables pour les trois quarts de la population et en particulier pour ceux qui ne peuvent plus consommer leur production personnelle.

Et qui dira nos peurs, nos combats… Et qui parlera de cette angoisse qui nous saisit quand nous regardons nos enfants, nos petits-enfants…

De quoi sera fait demain ? « La pollution est multiple, diffuse, énorme » dit le professeur Belpomme et nul ne sait quand ces pesticides présents dans nos terres, nos eaux seront dégradés…

Nous ne voulons pas que pour fuir cette terre empoisonnée, pour simplement pouvoir vivre, nos enfants ne nous quittent, partent en France ou s’expatrient…

Pour eux, nous exigeons l’information, la vérité, la réparation, la justice.

Et surtout, nous n’accepterons plus de lire dans les rapports officiels : "La situation présente est donc particulièrement délicate à gérer et nécessite un accompagnement soigneux en terme d’information et de communication".


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11 commentaires:

éric a dit…

Une question me taraude : ces pesticides sont interdits depuis 1990 en France.

La Martinique et la Guadeloupe ne seraient donc pas françaises ?

17 ans d’utilisation intensive supplémentaire suffisent à expliquer ces ravages !

Frédéric a dit…

L’irréversibilité des bêtises faites au nom de la science et du progrès est effectivement révoltante.

Je pense également à toutes les personnes qui trouvent que la nourriture bio est chère mais ne râlent jamais contre le prix de leur téléphone portable et mangent de la viande à tous les repas, voire prennent l’avion dès qu’ils partent en vacances, etc.

jésus a dit…

Je ne comprends pas bien pourquoi parler si spécifiquement des Antilles alors que les produits concernés ont été aussi utilisés largement en métropole.

Ne serait-ce pas parce que leurs effets sont plus visibles sur un écosystème plus réduit, et plus dilués dans une épidémiologie plus vaste ?

J’ai bien peur que nous ne soyons destinés à en apprendre un jour un peu plus sur les pesticides et la santé, partout ...

Le chat a dit…

On n’a pas fini d’avoir des scandales et des scandales avec ces insecticides, pesticides ou autres fongicides qui finiront par faire un génocide à petit feu de l’espèce humaine, qui finira stérile et imbibée de substances toxiques puis finira par s’éteindre.

Autant que possible, mangez bio !

Albert a dit…

Salut Le chat,

Effectivement, c'est toute l'espèce humaine qui est mise ainsi en danger par le productivisme à outrance de notre société.

Manger bio, oui, mais hélas, ce n'est pas encore à la portée de toutes les bourses...

A +

maxime a dit…

On en apprendra un peu plus le jour où les filières de fabrication auront été amorties, et le stocks écoulés...pourquoi pas dans les pays pauvres !

En attendant: motus et bouches cousues, et les "institutions" bétonnent. Il n’y a qu’à écouter la réaction de la ministre de la "santé" suite à l’info du Pr. Belpomme : «Les inquiétudes du Pr Belpomme, que je partage, ont besoin d’être confirmées par des études scientifiques de haute qualité».

Conclusion : en attendant de mettre en marche des "études de haute qualité", on aura gagné 3 ou 4 ans, le temps que les "investisseurs" aient regagné leur fric.
Ensuite, comme pour l’amiante, la Sécu se débrouillera comme elle pourra...

Michel a dit…

Article qui reprend bien une info assez largement diffusée dans les médias.

Mais n’est-on pas là en présence d’une inversion de phase d’une pompe à fric, version "je pollue, tu dépollues, et on partage"
Ici: "je pollue, puis je dépollue, je fais du profit dans un sens, puis dans l’autre".

Qui va dépolluer ? Plus exactement, qui va payer, qui va faire du chiffre d’affaire ? On prend les mêmes et on recommence, parce que l’on n’imagine tout de même pas que ce sont les industries agroalimentaires qui vont payer, ni que ce sont les victimes qui vont s’enrichir, hein ?

Albert a dit…

Pour info, il apparaît que la nocivité du chlordécone est avérée depuis les années 70 et que le produit a été interdit aux USA dès 1976 !

Mais que les procédés de fabrications ont été rachetés par des industriels français pour continuer de le commercialiser...avec la bénédiction des pouvoirs publics et toutes les agences de veilles sanitaires de l’hexagone !

Richard a dit…

On n’a pas d’étude, malheureusement, sur les pays grands producteurs de bananes, comme le Costa-Rica, domaine réservé de l’United Fruit Company, où l’épandage par avion des produits toxiques, se fait pendant le travail des ouvriers, qui sont sensés porter un masque...

Roland a dit…

L’agriculture biologique peut nourrir la population mondiale comme l’agriculture chimique… sans les dangereuses nuisances dues aux multinationales de l’agrochimie.

Conférence internationale sur l’agriculture biologique et la sécurité alimentaire (3/5 Mai 2007) organisée par la FAO à Rome. Cet organisme peut difficilement être accusé d’être à la solde du lobby écolo-gaucho-anti-progrès.

Vous pouvez taper sur votre moteur de recherche: agriculture biologique fao. Vous aurez toutes les précisions.

Ce mode d’agriculture est même le seul à pouvoir nourrir l’humanité dans le futur, car il maintient et même reconstitue les sols épuisés par les techniques productivistes. (Voir, par exemple, la baisse catastrophique du taux de matière organique du sol de la Beauce).

Béatrice a dit…

Oui, manger bio, c’est très bien... si l’on a le budget. Et, quoi qu’on en dise, ce n’est pas à la portée de toutes les bourses, loin de là. L’utilisation abusive de pesticides et d’engrais est dangereuse, mais c’est grâce au développement des engrais chimiques au XIXe siècle que les famines et les disettes ont disparu du monde occidental et de bon nombre de pays en développement.

Il ne faudrait pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Avec une culture exclusivement BIO, quelles superficie de terres devraient être dévouées à la culture de subsistance rien qu’en France pour nourrir 60/65 millions de personnes ?

Il faut trouver un juste milieu entre le tout engrais/pesticide et le 100% bio.

Quant aux OGM estampillés Monsanto ou autre non merci. Leur dangerosité est double. Tant sur le plan de leur nature même et des risques sur l’environnement, que sur leur condition d’utilisation (brevet et contrats d’utilisation iniques).