30 mars 2012

Affaire Mohamed Merah : d'énormes failles techniques à tous les niveaux…


Mohammed Merah est né le 10 octobre 1988 à Toulouse et mort le 22 mars 2012 dans la même ville à la suite d'un assaut du RAID
Alors que l’affaire de Toulouse a connu son épilogue avec la mort de l’auteur des trois tueries de Montauban et Toulouse, le comportement de la police et de la Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DCRI) est sur la sellette.

Une opération "menée sans schéma tactique précis", voilà comment Christian Prouteau, fondateur du Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale (GIGN), juge l'action du Raid, sans parler de la question essentielle qui était celle du suivi et de la localisation de Mohamed Merah dès son premier meurtre et même avant…

 

Comment se fait-il que la meilleure unité de la police ne réussisse pas à arrêter vivant un homme tout seul dans un petit appartement, s’est interrogé Christian Prouteau, reprenant par là une idée tweetée par le socialiste Jean-Jacques Urvoas qui s'est ensuite rétracté devant la polémique grandissante et sans doute sur pression amicale de ses amis politiques.

Deux personnalités dirigeantes : le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, et le procureur de Paris, François Molins, ont eux aussi publiquement suggéré que quelque chose clochait dans le comportement de la DCRI. Cette fameuse DCRI qui est dirigée par Bernard Squarcini, un homme directement redevable à Nicolas Sarkozy et Claude Guéant, mis en examen (soupçonné d’avoir espionné des journalistes) et néanmoins maintenu en place…

Quant à Yves Bonnet, ex-patron de la DST, il précise dans une interview à La Dépêche du Midi : " Ce qui, personnellement, me paraît poser question, c’est que le garçon avait manifestement des relations avec la DCRI comme on l’a appris à travers les déclarations de Bernard Squarcini lui-même. C’est-à-dire qu’il avait un correspondant au Renseignement intérieur. Alors appelez ça « correspondant », appelez ça « officier traitant »… je ne sais pas jusqu’où allaient ces relations, voire cette « collaboration » avec le service, mais on peut effectivement s’interroger sur ce point."

Il y a en effet une interrogation majeure : comment se fait-il que l’auteur de ces crimes - dont le public va apprendre mercredi 21 mars qu’il s’appelle Mohamed Merah, 23 ans, n’ait pas été localisé et soumis au minimum à une surveillance 24 heures/24 avant le troisième attentat, celui de l’école juive de Toulouse le lundi 19 mars ?

Le 11 mars, un militaire parachutiste est abattu à Toulouse devant témoins par un homme agissant de manière calme et déterminée, qui s’éloigne au volant d’un scooter. Un tel homicide est suffisamment exceptionnel pour dépasser la simple rubrique des « faits divers », et on s’attendrait en pareil cas à des investigations policières d’emblée plus poussées, plus rapides et plus dynamiques que de routine.

Mais surtout, le 15 mars, un nouvel attentat a lieu, dans des circonstances en tous points analogues, contre d’autres militaires parachutistes, toujours dans la même région (Montauban, à 60 kilomètres de Toulouse). Deux militaires sont tués à bout portant, un troisième grièvement blessé.

Les autorités déclarent en quelques heures que l’auteur de l’attentat de Toulouse et celui de Montauban sont une seule et même personne, au vu du faisceau d’éléments concordants (nature de l’arme utilisée, nature des cibles, nature du mode opératoire notamment). Elles ajoutent qu’elles ont établi deux « courtes listes » de suspects gravitant dans deux « mouvances » qu’elles considèrent comme potentiellement impliquées dans les attaques, une mouvance dite « néo-nazie suprémaciste blanche » d’une part, une mouvance dite « salafiste/djihadiste » d’autre part.

Or, il semble impossible que Mohamed Merah, au vu des informations officielles relatives à son passé, n’ait pas figuré sur la deuxième courte liste, et ce bien avant l’attaque de l’école juive du lundi 19 mars (quatre morts, dont trois enfants).

Cela semble impossible parce qu’aux dires mêmes de la police, Mohamed Merah faisait partie des très rares jeunes occidentaux à avoir séjourné au cours des dernières années dans la zone frontalière Afghanistan/Pakistan, décrite par la DCRI comme le foyer d’entrainement de futurs terroristes djihadistes.

Les policiers français ont recensé, sur une dizaine d’années, le voyage dans cette partie du monde de 23 Français seulement, dont une partie sont d’ailleurs morts sur place. La DCRI a en outre confirmé qu’elle connaissait l’itinéraire de Mohamed Merah, qu’elle avait interrogé - sans conséquences judiciaires, aucun délit ne lui étant reproché - pas plus tard qu’en novembre 2011.

Les « anciens » d’Afghanistan/Pakistan fichés par la police étant 23 en tout pour la France entière, et ce sur une dizaine d’années, combien y-en-a-t-il en 2012 pour figurer sur une « courte liste » en région Midi-Pyrénées ? À la grande rigueur un ou deux mais dans tous les cas, Mohamed Merah.

Et il est alors inconcevable que dans le cadre d’un plan de recherches prioritaire - au minimum à partir du 15 mars, après l’attentat de Montauban qui indiquait qu’on était confronté à une série - Mohamed Merah n’ait pas fait l’objet d’une surveillance de tous les instants, laquelle aurait permis de l’empêcher de commettre le troisième attentat.

Et ce, d’autant plus que les informations officielles publiées sur les aller et venus de Mohamed Merah, au cours de la dernière période, font état d’une personne ne vivant pas clandestinement, mais disposant d’un domicile légal (celui où il a été assiégé puis tué), et se présentant même au tribunal (pour un délit ordinaire de conduite sans permis) pas plus tard qu’il y a un mois.

Pour des affaires infiniment moins graves, comme la tragi-comique histoire de la « bande de Tarnac » (où des jeunes gens ont été soupçonnés d’avoir voulu provoquer des pannes - pas des déraillements - sur le réseau ferroviaire), des moyens humains et techniques exceptionnels sont mis en œuvre. Même chose, assez souvent, pour les auteurs de canulars ou injures sur internet, qui se retrouvent avec les gendarmes à leur porte en l’espace de quelques heures seulement.

Mais là, Mohamed Merah a pu disposer d’une entière liberté de mouvements, y compris après le déclenchement de l’alerte générale le 15 mars, et ce jusqu’à commettre la tuerie de l’école juive. Ce n’est que par l’enquête de terrain (témoignage d’un concessionnaire moto, épluchage d’adresses IP, etc.) que celui-ci sera a posteriori cerné à son domicile !

Le ministre de l’Intérieur Claude Guéant, mal à l’aise, a joué, une fois n’est pas coutume, au grand défenseur des libertés fondamentales, en nous sortant un couplet sur « la France, Etat de droit », qui ne poursuit pas des gens pour leurs seules idées.

Et dans la foulée, n’étant pas à une contradiction près, Nicolas Sarkozy annonçait au contraire son intention d’enrichir le code pénal d’un nouveau délit : la simple consultation de sites internet « faisant l’apologie du terrorisme ». Comme quoi, face à ce qui apparaît pour le moins comme un gros ratage de la lutte anti-terroriste, le président sortant croit pouvoir encore rebondir avec de nouveaux projets de loi à un mois de l’élection présidentielle…

 


 

Photo Creative Commons par Yahoo Images


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2 commentaires:

Sabine a dit…

Un ministrable PS se dégonfle après s’être fait un peu chahuter, quel courage d’opinion !

Il y a pourtant beaucoup à dire sur la méthode utilisée notamment de ne pas avoir utilisé des moyens pour endormir (au sens propre) le suspect.

Anonyme a dit…

Un autre point surprenant :
Les vidéos ont été trouvées chez la (petite amie, femme ou ex-femme) de Mohamed Merah et sur ces indications ... (!) a-t- il été déclaré pendant le siège de son appartement.

Hors, avez vous lu quelque part que cette épouse, divorcée depuis la veille... ( sisi.. c’est ce qu’on nous dit aussi) donc, que cette femme ait été transférée à Paris pour être interrogée ?

C’est pourtant chez elle qu’on nous à déclaré avoir trouvé les vidéos !!
Et depuis Black out sur cette nana !! ....... Rien. Nibe !
Etonnant... non ?