5 octobre 2015

Inondations dans le Sud-Est : le réchauffement climatique a bon dos...

Une inondation est une submersion temporaire, naturelle ou artificielle, d'un espace avec de l'eau liquide
Les fortes pluies qui se sont abattues dans le Sud-Est de la France dans la nuit du 3 au 4 octobre dernier, faisant des dégâts énormes et de nombreuses victimes, sont-elles potentiellement liées au changement climatique en cours ?
 
Les élus municipaux, départementaux, régionaux et les parlementaires qui cumulent souvent ces différentes fonctions se précipitent depuis dimanche matin sur tous les micros qui se tendent pour accuser le ciel de tous les maux. Mais si ce type d’épisode cévenol fait autant de ravages, c’est aussi parce que d’autres facteurs importants se conjuguent à une météo exécrable...


La situation actuelle, explique Météo-France, est notamment due à un vaste système de basses pressions positionné sur l’Atlantique qui autorise la remontée de l’air chaud chargé d’humidité en provenance de la Méditerranée, dont la température de surface a été en septembre, « plus chaude que la moyenne sur toute sa partie nord-ouest ».
 
Mais « aucune preuve solide ne vient actuellement étayer l’hypothèse du réchauffement climatique »  dans les inondations qui ont frappé les Alpes-Maritimes, estime plusieurs spécialistes du climat. D’ailleurs, le nombre de jours ayant connu de très fortes précipitations n’a pas subi d’évolution au cours du demi-siècle écoulé.
 
Aidés par les journalistes sur le terrain ne retenant que le sensationnel,  les chaînes de télévision reprennent en boucle les images des « voitures encastrées les unes sur les autres » (TF1), « encastrées les unes dans les autres » (France 2), des maisons dévastées et sous-sols inondés provoqués par la brusque montée des eaux. La parole est surtout donnée aux habitants qui ont souvent une mémoire sélective du temps qu’il a fait. TF1 se contente de recueillir les témoignages des voisins « bouleversés ». « Ils ont du mal à exprimer leur émotion », révèle France 2 en recueillant leurs larmes. 
 

La loi Defferre sur la décentralisation du 2 mars 1982 et la politique urbanistique  des élus locaux sont largement responsables du drame actuel

 
La loi sur la décentralisation, initiée par Gaston Defferre en 1982, a partagé le pouvoir entre l'État et les collectivités territoriales ou locales. Par ce processus, l'État a délégué un certain nombre de ses compétences aux collectivités, qui se sont dotées de leurs propres organes de décision et de ressources propres. Les collectivités territoriales ont acquis ainsi depuis cette époque davantage d'autonomie, notamment dans la délivrance des permis de construire, la délimitation des zones à urbaniser, le plan d'occupation des sols, etc.
 
La plupart des élus locaux ont alors mené des politiques foncières délirantes en faisant disparaître chaque année de nombreuses terres agricoles ou zones vertes. Entre 2006 et 2014, l’artificialisation des sols par le bétonnage ou le goudronnage a supprimé 500 000 hectares dont 2/3 de terres vouées à l’agriculture, réduisant quasiment à néant leur capacité d’absorption des eaux de pluies.

Aujourd'hui, les élus des Alpes maritimes notamment ont donc d’écrasantes responsabilités dans un département en proie à la folie immobilière et où la densité atteint 300 habitants au km² (et parfois bien plus contre une moyenne de 114 pour toute la France métropolitaine).
 
Ces élus ont facilité l’artificialisation de territoires entiers au nom de leurs valeurs foncières et oublient aujourd'hui dans leurs commentaires éplorés aux médias, que le taux d’artificialisation est trois fois supérieur dans les zones littorales de la région Paca que dans le reste de la France. Toutes les statistiques du ministère de l’Ecologie et du ministère de l’Agriculture le confirment.
 
Tracé de nouvelles routes, construction de parkings, dispersion des zones d’habitats, création de nombreux lotissements inondables, mise en place d’un urbanisme commercial ou canalisation excessive des petits fleuves côtiers ont ainsi décuplés la force destructrice des pluies violentes ou d'orages exceptionnels. Cela a renforcé les dégâts dans les zones les plus basses où aucun permis de construire ne devrait avoir été accordé, pour les habitations individuelles comme pour les implantations industrielles ou pour les grandes surfaces.
 
Pourtant, les drames passés ont été nombreux. En octobre 1988 à Nîmes, les inondations font 11 victimes. En septembre 1992, à Vaison-la-Romaine, 46 personnes sont emportées par le débordement de l'Ouvèze. En novembre 1999, on dénombre 34 morts dans le Sud-Est. En septembre 2000, 3 personnes décèdent à Marseille et 3 à Montpellier après de violents orages. En septembre 2002, 24 personnes sont tuées dans le Sud-Est notamment dans le Gard. En décembre 2003, 7 personnes décèdent dans la région d'Arles, Marseille, Orange et Arlebosc en Ardèche. En juin 2010, des pluies torrentielles font 23 morts et 2 disparus dans le Var. En novembre 2014, plusieurs épisodes orageux ravagent une bande allant des Pyrénées orientales au Var et font 17 morts.
 
La décentralisation et les pouvoirs absolus accordés aux maires ont ainsi permis de faire des choix urbanistiques contestables, trop souvent liés à la pression des milieux immobiliers qui règnent depuis des lustres sur la région Paca.

Les dérèglements climatiques que le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) ont annoncé depuis longtemps vont aggraver naturellement la situation. Et sans être entendus par un personnel politique dont l’horizon se limite à leur prochaine élection, les populations vont encore être exposés à des inondations dramatiques avec leurs lots de dégâts et de victimes…
 
 
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9 commentaires:

Olivier Stone a dit…

Qu'il continuent a mettre du bitume partout pour enlever le moindre morceau de verdure et ne pas oublier de continuer à construire dans des zones inondables comme ils ont l'habitude de faire pour le pognon et il y en aura encore des catastrophes ! ce n'est que le début...

Le p’tit Charles a dit…

A s’implanter n’importe où le résultat ne peut être que catastrophique comme d’habitude...Ce n’est pas la première fois ni la dernière...Pas la peine de tomber dans le misérabilisme habituel en devenant des « Charlots »...Les prochains morts sont déjà sur la liste...

La bêtise humaine dans toute sa splendeur...

Colère48 a dit…

La corruption ; les passe-droits, le népotisme, le clientélisme, les « maffieux », les politiques véreux etc.

Oui le climat n’est pas seul responsable dans cette région

Fergus a dit…

Bonjour, Albert

« Les élus des Alpes maritimes notamment ont donc d’écrasantes responsabilités dans un département en proie à la folie immobilière »

Tout se résume en effet à cette phrase.

Et encore n’aborde-t-on pas la nature des relations incestueuses qui unissent élus et promoteurs sur cette côte défigurée...

Comme le maire de La Faute-sur-Mer en Charente lors de Xynthia, les élus du Sud-Est portent en effet une écrasante responsabilité dans l’ampleur des catastrophes qui s’abattent sur cette région.

Le plus choquant étant que certains d’entre eux osent mettre en cause la loi ALUR comme s’ils s’étaient subitement lancés dans un bétonnage social alors qu’ils construisent de manière irresponsable depuis des décennies pour attirer principalement des résidents propriétaires. C’est grotesque et scandaleux !

M de Sourcessure a dit…

@Fergus

« les élus du Sud-Est portent en effet une écrasante responsabilité dans l’ampleur des catastrophes »




l’administration de l’état déconcentré aussi !

keiser a dit…

Salut,

Effectivement , le réchauffement climatique à bon dos .

J’habitais à Nîmes ( 1988 ) , quand les inondations ont ravagés la ville avec à peu près 400 mm d’eau ( m²) en quelques heures .
Je crois que c’est un peu plus que sur la côte .

Cette montée subite de eaux , n’étais pas un fait inconnu dans la région .
Des cadereaux (où oued au Maghreb) , étaient prévus à cet effet pour canaliser ces brusques inondations .
Évidemment , l’urbanisme en avait décidé autrement , en oubliant que les vieux savaient ce qu’ils faisaient .
Résultat : 9 morts et une ville sinistrée avec des millions de dégâts .

Alors quand je vois que la leçon n’a pas été assimilée , il y a des coups de pieds qui se perdent .

soi-même a dit…

Le dos est tellement large que si j’étais un con, c’est la faute à Hollande , non au Bon Dieu .

En réalité, ce qui c’est passée n’est rien d’autre que le trop plein de cet égoïsme exacerbé qui irrigue notre monde actuel..

Astus a dit…

Comme à La Faute sur Mer la responsabilité des élus du SE, qui sont surtout de droite, est évidente par narcissisme et clientélisme comme l’écrit bien Fergus et quelques autres personnes. Ces maires qui se croient tout puissants ont modifié à l’envie le Plan d’Occupation des Sols, attribué de façon criminelle des permis de construire sur des zones inondables et installés des campings au bord de l’eau pour faire plaisir aux touristes. On voit le résultat dramatique. Mais les images du désarroi des gens mises en boucle à la télé ne suffiront pas à régler les problèmes d’autant que d’autres responsabilités sont aussi engagées.


On sait en effet depuis longtemps que cette région du SE connaît des risques importants : incendies et inondations, mais aussi sismiques. Or quelle sont l’information et la prévention pour ces différents niveaux ? Où sont les exercices de sécurité face à ces dangers potentiels ? Pourquoi les architectes ignorent-ils dans ces endroits les constructions sur pilotis et/ou antisismiques ? Face à ces risques quelle est l’implication des pouvoirs publics et des citoyens (lesquels ne seraient peut-être pas allés chercher leur voiture dans les sous-sols s’ils avaient été mieux informés) ? Quels sont les moyens d’alerte rapide en cas de danger mis en place et associés à des consignes claires à respecter ?



Si le risque zéro n’existe pas on pourrait avec un peu d’intelligence et de clairvoyance limiter les dégâts et avoir une politique d’occupation des sols au niveau national, avec des incitations claires permettant d’éviter de fortes concentrations d’habitat le long des rivages à un moment où les prédictions scientifiques, et la simple observation, laissent penser que le niveau des mers s’élève.




Français, encore un effort : devenez moins cons et ne soyez pas des veaux !

TSS a dit…

Il y a 15 jours je suis monté jusqu’au barrage de Malpasset et me suis promené le

long du Reyran canalisé dans sa partie finale ,il est dans un état déplorable !!

Je suis pêcheur et j’ai constaté que pratiquement plus aucun nettoyage ni faucardement n’est actuellement effectué ;Dans la plupart des rivières ce n’est

qu’enchevêtrement de nénuphars et d’algues qui ralentissent l'écoulement et augmentent les dépôts de vase favorisant les débordements... !