25 juillet 2018

L’étonnant silence médiatique autour de l'accord de libre-échange UE-Japon...

Drapeau du japonUn an après que l’Union européenne (EU) et le Japon soient parvenus à un accord de principe sur un accord de libre-échange, les dirigeants européens et japonais ont signé le 17 juillet dernier un accord présenté comme historique.
 
Mais à l'image des autres accords internationaux, c’est une nouvelle fuite en avant qui ne tire aucune leçon des risques que font courir de tels accords pour les droits des citoyens, la santé, l’alimentation, l’agriculture, l’environnement et d'une façon générale la démocratie en Europe… 




Le JEFTA (Japan-EU Free Trade Agreement) est l'accord le plus important jamais négocié par l'UE. Il porte sur une zone de libre-échange couvrant près du tiers du produit intérieur brut (PIB) mondial et plus de 600 millions d'habitants. Il affectera 40% du commerce mondial (jusqu’à 70% dans les secteurs de haute technologie). Les exportations agricoles de l’UE pourraient augmenter jusqu’à 180%. Les industries japonaises de l’informatique, de l’électronique et de l’automobile devraient toutes bénéficier également de cet accord. 

Opacité des négociations, commerce de bois illégal, chasse à la baleine, etc., la filière néerlandaise de Greenpeace avait déjà fait fuiter récemment 205 pages de documents confidentiels qui permettaient de se faire une idée du contenu de cet accord. 

Abolir les droits de douane et les entraves à la libre circulation des marchandises à l’échelle globale sans vraiment se soucier de la crise écologique, le processus peut également être mis en cause d’un point de vue démocratique. Alors que la population se détourne de ses représentants, ces derniers continuent de faire fi des craintes exprimées par les citoyens et balaient de la main les oppositions déjà exprimées dans la rue contre de tels accords.

" Cette forme de libre-échange forcené et négocié sans débat démocratique fait le lit des populismes en Europe et nous avons besoin plus que jamais d’une Europe démocratique et d’une politique commerciale qui n’écrase pas du pied les droits des citoyens et la protection de la planète " s’insurge notamment Karine Jacquemart, directrice générale de l'ONG Foodwatch France, association qui défend les consommateurs face aux lobbies agroalimentaires.   

Une régression des normes sociales et environnementales 

À l’heure où la plupart des experts évoquent la relocalisation de l’économie afin de lutter contre le changement climatique (parmi d’autres problématiques), il est étonnant de constater que les dirigeants européens s'obstinent à vouloir abolir les entraves à la libre circulation des marchandises.

La mise en concurrence totale de producteurs et industriels de pays différents et éloignés est d’autant plus discutable qu'elle risque d’accroître la pression sur les modèles économiques les plus vertueux qui tentent de tirer vers le haut les normes sociales et environnementales et sans forcément faire du profit à court terme. 
Le JEFTA, en raison de son contenu, fait passer les intérêts économiques devant ceux de la population et met les questions environnementales au second plan. Le contenu de l’accord fait craindre un nivellement par le bas des normes environnementales dans un contexte économique déjà peu propice à la protection de la nature. Si l’idée de pouvoir échanger globalement des biens et des services sans limite semble honorable sur le papier, les réalités physiques du monde sont telles qu'il y a un besoin urgent de relocaliser et assainir certaines productions.
Il a été notamment estimé que le nouveau traité permettrait au Japon de s’asseoir sur les réglementations en vigueur en matière de trafic de bois. Des médias allemands ont également révélé l’absence presque totale de référence au principe de précaution, craignant ainsi que l’importation d’un produit ne puisse être interdite que si un danger est prouvé scientifiquement. Outre-Rhin, la polémique à propos du JEFTA est d’ailleurs repartie de plus belle depuis le succès d'une pétition signée par un demi-million de personnes et qui met en garde contre les privatisations massives qui pourraient être la conséquence du nouveau traité, notamment dans le domaine de l’eau.

Le droit en vigueur n'étant pas le même dans l’UE et au Japon, les conditions dans lesquelles les marchandises pourront traverser les frontières auront un impact sur les droits environnementaux et sociaux. Mais en dépit de ces craintes légitimes, la signature officielle de ce traité est intervenue en pleine période estivale pour que le sujet reste quasi-inaperçu...   
 

Photo Créative Commons



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