20 septembre 2020

Hommage à Marcel Trillat

Journaliste de télévision
Marcel Trillat nous a quitté le 18 septembre dernier à 80 ans. Il était une voix et un regard, l’une des personnalités de la télévision qui a marqué les années 70.

Résistance, c’est le mot qui résume sa vie de journaliste consacrée aux luttes sociales, aux précaires, aux oubliés, aux prolos à travers ses reportages et ses documentaires...

 

Il y avait chez cet homme une solennité et une détermination dans le verbe et dans l’attitude. Sa voix, même en "off", venait donner à l’image de ses reportages et de ses documentaires une marque toute particulière d’authenticité et d’engagement.

Marcel Trillat n’était pas du genre à se faire dicter ses textes, tout dans son énonciation, son visage, son regard, trahissait une conviction, un engagement intellectuel vivace dans ce qu’il restituait.

Retour sur son parcours

En 1965, il intègre l’équipe de « Cinq colonnes à la une », le grand magazine de l’ORTF. Un hasard incroyable. L’équipe de l’émission était venue faire un reportage dans la ferme familiale, c’est là qu’il fait connaissance avec Pierre Desgraupes, l’un des patrons du magazine. Il passe le voir à Paris et il est engagé comme stagiaire. Il a 25 ans, et beaucoup plus de convictions que de compétences. 

Il participe également à des entreprises collectives militantes comme UNICITE ou le CREPAC (Centre de recherche sur l'éducation permanente et l'action culturelle) qu'il transformera en société de production avec Roger Louis.

En 1967, son reportage sur le 1er Mai à Saint-Nazaire est réalisé avec Hubert Knapp. Au bout de deux mois de grève, les 3 200 dockers des chantiers de l’Atlantique ont emporté la victoire. Muguet, casquettes, accordéon. Un chef d’œuvre de 24 minutes qui sera interdit par la direction et le gouvernement. Il montre qu’un an avant Mai 68, la France bouillonnait déjà.

En 1968, ses principes éthiques et convictions franches lui ont valu des déboires : licenciement en 1968

Après Mai 68, fini Cinq colonnes à la une, les journalistes contestataires sont massivement licenciés et bien sûr, Marcel est dans la charrette.

En 1976 dans le cadre d'une formule rajeunie de L'Humanité Dimanche, il y ouvre avec Marcel Bluwal une rubrique de reportages, « Une vie ». Il a publié depuis lors plusieurs articles dans L'Humanité.

En 1979-1980, il participe, avec le journaliste Jacques Dupont, à la radio libre Lorraine cœur d'acier mise en place par la CGT au moment des luttes syndicales du bassin sidérurgique de Longwy.

En 1980, il est mis à l’index par la CGT.

En 1981, il entre à Antenne 2 et gravit les échelons de la rédaction.

En 1986, il est « mis au placard » de France 2 par la droite.

En 1989, il devient directeur adjoint de l’information en 1989.

En 1991, il est mis au placard de France 2 par la gauche.

En 2001, il est administrateur, élu CGT, de France Télévisions jusqu’à son départ à la retraite

En 2006, à son départ en retraite en 2006, Il réalise des documentaires.

En 2009, Marcel Trillat est un soutien de longue date du PCF, ainsi que du Front de gauche aux élections européennes de 2009.

En 2011, il soutient publiquement Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche à l'élection présidentielle.

En 2015, il est parmi les signataires de l'Appel des 58 : « Nous manifesterons pendant l'état d'urgence ».

En 2019, il appelle à voter pour la liste du Parti communiste français menée par Ian Brossat pour les élections européennes.

On est aujourd’hui passé à BFM TV, France 2 et consort (la liste est longue) dont les journalistes ânonnent comme des moulins à paroles les platitudes préformatées par leurs clubs de bienpensance. Certes ils portent la cravate et le costume, ont le cheveu lisse et le sourire immaculé mais ne font illusion qu’aux esprits faibles...

Marcel Trillat, lui, ne cherchait pas à séduire ou à plaire mais simplement à porter la parole et l’image avec la force de ses convictions pour parler du monde "tel qu’il est" sans fard ni tromperie.

Que son parcours et son engagement puissent inspirer tous ceux qui se réclament du journalisme authentique !

 

Filmographie :

Une petite fille de sept ans, coréalisé avec Paul Renty (ORTF, 1966)

Ce jour-là, coréalisé avec Paul Seban et Jacques Krier (Dynadia, 1967)

1er mai à Saint-Nazaire (ORTF, 1967)

Etranges Etrangers (CREPAC/Scopcolor, 1970)

Travailleurs Fantômes (Envoyé Spécial, France 2, 1994-1995)

Les Enfants de la dalle (Envoyé Spécial, France 2, 1988)

300 jours de colère, Les Prolos (VLR productions, France 2, 2002)

Femmes précaires (VLR productions, 2005)


Photo Creative Commons 


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1 commentaire:

Philippe a dit…

Le fait d'être mis au placard par la droite et par la gauche prouve si besoin était la qualité remarquable de ce journaliste. Hélas aujourd'hui, de tels journalistes n'existent plus malheureusement...